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Plan sur le climat : Ottawa adopte un « cadre » sans l'appui du Manitoba et de la Saskatchewan

Réunis à Ottawa pour mettre la dernière main sur une stratégie de lutte contre les changements climatiques, les premiers ministres du Canada et des provinces se sont entendus sur des cibles absolues de réduction de gaz à effet de serre (GES) liées à des activités spécifiques. Le premier ministre Justin Trudeau n'a toutefois pas réussi à rallier l'ensemble des provinces sur la question de la taxe sur le carbone.

Dans la foulée le Canada s'est engagé à réduire ses émissions de GES de 30 % d'ici 2030 par rapport à celles de 2005. Concrètement, il s’agit de faire passer le seuil d’émissions de 742 à 523 mégatonnes.

Ottawa souhaitait que 40 % des efforts viennent des provinces et territoires, mais aussi des secteurs pétroliers et gaziers.

Or, la question de la tarification du carbone que veut imposer le gouvernement fédéral est toutefois demeurée un point majeur de désaccord pour certaines provinces durant les négociations. Le Manitoba, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique se sont tour à tour montrés réfractaires à la mesure proposée par le gouvernement Trudeau.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, a donné le ton aux négociations en affirmant qu’il ne signerait pas l’accord puisqu’il était désavantageux pour sa province. Il a maintenu sa position tout au long de la journée.

Brad Wall s’oppose à la tarification sur le carbone proposée par le gouvernement fédéral, arguant que la taxe aura de graves répercussions sur la compétitivité de la Saskatchewan.

M. Wall soutient qu’Ottawa n’a pas mené les évaluations nécessaires permettant de déterminer les conséquences qu’aura la taxe sur le carbone sur les agriculteurs, mais aussi sur les travailleurs canadiens œuvrant dans le secteur minier et dans celui de l’énergie.

Les négociations ont également été compliquées par les dirigeants de la Colombie-Britannique et du Manitoba, Christy Clark et Brian Pallister.

Mme Clark, qui s’était auparavant montrée favorable à l’adoption d’une stratégie canadienne en matière de lutte contre les changements climatiques, a pris tout le monde par surprise, ce matin, en affichant une nouvelle réticence face à la proposition fédérale.

Christy Clark s’oppose à l’idée que le Québec et l’Ontario, qui fonctionnent avec un système de plafonnement et d’échange de carbone, n'aient pas à payer la pleine somme exigée par le plan, soit 50 $ la tonne d’ici 2022. Pour Mme Clark, l'existence de deux systèmes parallèles au sein du pays entraîne un « problème d'équité ».

La première ministre britanno-colombienne croit que sa province, dont l'économie dépend de l'exploitation pétrolière, pourrait être désavantagée par cette façon de faire. Une position que partage également son homologue néo-brunswickois, Brian Pallister.

Si le premier ministre Justin Trudeau est parvenu in extremis à convaincre Christy Clark de se rallier à la stratégie pancanadienne, il a échoué à répéter l'exploit avec Brian Pallister.

Le premier ministre Trudeau a toutefois affirmé qu'il comptait imposer la taxe nationale sur le carbone aux provinces n'ayant pas mis en place une bourse du carbone ou leur propre tarif. Justin Trudeau a tenu à se faire rassurant; selon lui, le plan pancanadien ne devrait pas nuire au développement des provinces.

« Ce plan comprend plusieurs mesures importantes qui nous permettront à la fois de faire croître notre économie et de créer de bons emplois », a-t-il déclaré.

Le premier ministre canadien a rappelé que le plan de tarification sur le carbone avait élaboré en prenant en compte les besoins et les réalités de chaque provinces et territoires, en accordant également une attention particulière aux besoins des Premières Nations.

Nous n’avons pas à choisir entre ce qui est bon pour l’économie et ce qui est bon pour l’environnement.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, vantant son plan pancanadien.

Un plan historique... et symbolique

Le plan, a été présenté plus tôt aujourd’hui par la ministre fédérale de l’environnement, Catherine McKenna, comme une série de mesures concrètes pour lutter contre les changements climatiques et doter le pays d'une économie plus forte et plus « propre ».

Or, la signature de l’accord revêt une nature symbolique. Dans les faits, Ottawa ne dépend pas de l’aval des provinces pour aller de l’avant.

Le gouvernement Trudeau a établi ses priorités en matière de lutte contre les changements climatiques et a réaffirmé qu'il est prêt à fournir une aide financière aux provinces pour qu’elles contribuent à l’atteinte des objectifs.

L'élaboration du plan a été salué par des organisations écologistes dont Équiterre. Steven Guilbault, le cofondateur et directeur de l'organisme parle même de moment « historique ».

« C'est la première fois que nous avons un plan d'action qui nous permet d'atteindre des objectifs au Canada et où participent les territoires et les provinces...du moins la très grande majorité des provinces, ainsi que le gouvernement fédéral. On n'a jamais vu ça au pays », a-t-il expliqué.

Est-ce que ce plan là est parfait? Absolument pas. On aura l'occasion et on travaillera au cours des prochaines années à le bonifier et à l'améliorer.

Steven Guilbault, cofondateur et directeur d'Équiterre.

La branche canadienne de l'organisation Greenpeace a également émis quelques réserves sur le cadre proposé par le gouvernement fédéral, en évoquant notamment l'échéancier qui ne serait pas assez serré.

« Le cadre annoncé aujourd'hui pointe dans la bonne direction, mais il ne permettra pas de nous libérer suffisamment rapidement des combustibles fossiles et d’éviter des niveaux dangereux de réchauffement, surtout si de nouveaux pipelines de sables bitumineux et d’autres infrastructures polluantes sont construits et polluent pendant des décennies », a déclaré Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Canada.

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