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Plantations dévastées après le passage de Matthew à Haïti

Haïti se relève péniblement après le passage de l'ouragan Matthew. Notre envoyé spécial Frédéric Nicoloff a visité des villages isolés du département du Sud, où des Haïtiens n'ont reçu aucun secours depuis le passage de l'ouragan, il y a près de deux semaines.

Un texte de notre envoyé spécial Frédéric Nicoloff

La route est étroite, pierreuse, défoncée par endroits. Les véhicules ne peuvent y circuler qu'à vitesse réduite. Certains ponts sont impraticables, il faut passer à gué de larges rivières où les habitants des villages dévastés viennent puiser de l'eau ou se laver en famille.

Il faudra deux heures pour parcourir la distance de 27 kilomètres qui sépare la ville des Cayes de la petite commune rurale de Chantal. Des cultures, il ne reste rien, des milliers d'arbres fruitiers ont été arrachés ou brisés par la puissance de l'ouragan. À peu près toutes les maisons ont été, à des degrés divers, détruites.

Seul l'hôtel de ville semble avoir résisté à l'ouragan. C'est là que le maire Jean-Max Charles nous accueille avec le dernier bilan de la catastrophe.

« Je peux vous dire que 14 000 maisons de notre petite ville, mais aussi et surtout des alentours, ont été détruites. Et 110 de nos concitoyens ont perdu la vie », dit-il.

Depuis une terrasse surélevée, le maire nous montre l'état des champs et des plantations qui entourent la ville de Chantal. Selon lui, presque toutes les cultures fruitières et les plantations au sol ont été ravagées. De plus, des centaines de tonnes de produits agricoles, qui attendaient dans des entrepôts leur livraison vers la capitale, Port-au-Prince, ont également été détruites par la puissance de l'ouragan.

Des chiffres que confirme le Bureau du secrétaire d'État à la production animale et agricole : 90 % des arbres fruitiers ont été décimés dans le département du Sud, et les 10 % qui restent ne garantissent pas une production pour cette année. En outre, 600 000 têtes de bétail ont été tuées uniquement dans ce département.

Des villages reculés où la famine menace

Nous reprenons la route, direction la petite commune de Dupéron, qui se trouve quelques kilomètres plus loin. Il nous faut presque une heure pour atteindre l'endroit sur une piste défoncée où aucun poids lourd ne peut rouler. Ici, une dizaine d'agriculteurs nous accueillent.

Nous sommes les premiers étrangers qu'ils rencontrent. Ils n'ont donc reçu aucun secours depuis le passage de Matthew. Pourtant, des hélicoptères pourraient se poser sur un plateau, nous disent-ils en nous montrant l'endroit.

Un paysan nous raconte qu'il cultivait des mangues, le fruit national du pays, des bananes ainsi que du maïs. Mais tous les arbres ont été arrachés et la rivière en crue a complètement détruit les cultures au sol. Les habitants de Dupéron se nourrissent pour l'instant des fruits pas encore mûrs que les arbres en se brisant ont jetés sur le sol.

Mais le pire, nous disent-ils, c'est le problème de l'eau : « C'est l'eau de la rivière que nous buvons, il n'y a rien d'autre. » Or, des animaux sont morts dans cette rivière, emportés par la force de la crue. Les habitants de Dupéron ont retiré tous les cadavres possibles, mais ils sont conscients du danger que représente pour eux l'eau de cette rivière.

Le maire de la commune de Chantal nous avait fait part de ses craintes : d'ici un mois, il faut s'attendre à ce que les gens les plus vulnérables succombent à cause du manque d'hygiène ou meurent tout simplement de faim.

Un avis que partage la directrice pour Haïti du programme des Nations unies pour le développement, Yvonne Helle. D'ici six mois, a-t-elle déclaré, il y a un risque de famine dans les régions les plus touchées du pays.

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