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Plus de 100 blessés lors d'un premier « jour de rage » en Cisjordanie occupée

Une centaine de Palestiniens ont été blessés en Cisjordanie occupée lors d'affrontements avec des soldats israéliens, jeudi, au lendemain de la décision controversée du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël.

Des accrochages ont notamment été signalés à Hébron, à Bethléem, à Qalqiya, à Jénine et près de Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne. À presque tous ces endroits, les Palestiniens ont lancé des pierres vers des soldats israéliens, qui répliquaient par des tirs de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes. Quatre Palestiniens ont aussi été blessés par des balles réelles.

Selon le dernier bilan du Croissant-Rouge palestinien, 104 personnes ont été blessées au total dans ces affrontements, qui surviennent au premier de trois « jours de rage » déclenchés par des dirigeants palestiniens pour manifester leur colère devant la décision sans précédent du président Trump. Les écoles et la majorité des commerces ont été fermés pour l’occasion.

Des milliers de Palestiniens dans les rues

Dépêchée à Jérusalem, notre correspondante au Moyen-Orient, Marie-Eve Bédard, rapporte que parmi les milliers de Palestiniens qui sont descendus dans les rues, nombreux sont ceux qui soutiennent que les États-Unis ne peuvent plus prétendre agir comme médiateur honnête dans ce conflit, puisqu'ils se sont clairement rangés dans le camp israélien avec la décision du président Trump.

Cette position est notamment celle du président palestinien Mahmoud Abbas, qui a annoncé son intention de mobiliser l'opinion internationale contre la décision américaine, qu'il qualifie de « crime inacceptable ».

Toujours selon notre correspondante, de nombreux Palestiniens ont cependant l'impression que leurs dirigeants sont mal équipés pour répondre à la décision américaine, et un certain découragement est palpable. Leur volonté de manifester leur désaccord dans les rues demeure tout de même intacte.

Marie-Eve Bédard rapporte par ailleurs que les Israéliens ont déployé un important dispositif de sécurité dans Jérusalem-Est, où les manifestations sont demeurées paisibles pour l'essentiel.

Selon elle, les Israéliens ont choisi de ne pas manifester ouvertement leur joie dans la foulée de la décision annoncée par Donald Trump. Nombreux sont ceux qui ont choisi de ne pas quitter leur domicile, peut-être par appréhension, et la circulation est moins importante qu'à l'habitude.

Dans la bande de Gaza, ceinturée par le mur de sécurité construit par l’État hébreu, des manifestants ont incendié des effigies du président américain et du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Quatre Palestiniens ont aussi été blessés après s’être approchés d’une section du mur pour manifester avec des dizaines d’autres Gazaouis.

Selon l'armée israélienne, deux roquettes ont aussi été tirées depuis la bande de Gaza, mais sans parvenir à franchir le mur de sécurité. Elle confirme aussi avoir riposté à ces tirs en ciblant, avec un avion et un char d'assaut, deux postes de militants dans la bande de Gaza.

Le leader du Hamas appelle à une intifada

Dans un discours prononcé jeudi, le leader du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a affirmé que la décision américaine constituait une agression contre le peuple palestinien. Il a appelé ses partisans à être prêts à obéir à tous les ordres qui leur seront donnés. Il a en outre appelé à une intifada durable afin de faire regretter au président Trump sa décision.

L’armée israélienne a annoncé qu’elle allait déployer des bataillons supplémentaires en Cisjordanie, ce qui représente des centaines de soldats. On ne sait pas pour l’heure s’ils seront déployés dès vendredi, journée de grande prière pour les musulmans du monde.

Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de l’État auquel ils aspirent, tandis qu’Israël – qui a conquis Jérusalem-Est lors de la guerre des Six Jours, en 1967, avant de l’annexer – considère Jérusalem dans son entier comme sa capitale « éternelle et indivisible ».

Avec sa décision, le président Trump a rompu avec le reste de la communauté internationale, qui considère que le statut final de cette ville, considérée comme sainte par les trois grandes religions monothéistes du monde, doit se régler par des négociations.

En Jordanie, des centaines de manifestants se sont rassemblés près de l’ambassade des États-Unis à Amman. Ils ont brûlé des photos du président Trump et un drapeau américain, mais ont été empêchés de s’approcher de l’ambassade par les forces de l’ordre.

Au Pakistan, des centaines de personnes ont manifesté dans plusieurs grandes villes du pays, dont la capitale, Islamabad, mais aussi à Karachi et à Peshawar.

De l'action prévue vendredi

Vendredi, les regards se tourneront surtout vers l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, lieu saint autour duquel des troubles éclatent souvent dans les périodes de tensions.

Des manifestations sont également prévues ailleurs dans le monde musulman, notamment à Istanbul et en Malaisie, au lendemain de celles qui ont eu lieu du Pakistan à la Turquie en passant par la Tunisie et la Jordanie où plusieurs centaines de manifestants ont scandé « Mort à Israël ».

Une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU aura aussi lieu vendredi.

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