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Plus de moyens réclamés pour lutter contre la dépendance au fentanyl

La dépendance aux opiacés, et particulièrement au fentanyl, depuis quelques années, est devenue un problème de santé publique qui inquiète les autorités partout au Canada. Des efforts importants sont consentis pour tenter de venir à bout de ce phénomène, mais beaucoup reste à faire, insiste la Dre Marie-Ève Morin, médecin de famille œuvrant en dépendances et en santé mentale.

Un texte de Karim Ouadia

La fondatrice de la clinique Caméléon, qui se donne comme mission d’aider les personnes dépendantes, plaide pour l’augmentation du nombre de travailleurs de rue, des interventions sur le terrain et l’éducation des médecins.

La Dre Morin estime qu’il faut demeurer alerte face à cette vague de surdoses au fentanyl qui gagne Montréal, notamment dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. On a pourtant été assez « visionnaire » à Montréal, dit-elle, en ouvrant trois centres d’injection supervisée. Vancouver en compte deux et Toronto vient d'ouvrir un centre provisoire.

Selon la médecin, cela fait longtemps qu’on observe une augmentation des taux de dépendance aux opiacés. Le fentanyl est le phénomène qui tue le plus, et « plus rapidement ». On estime qu’il est 100 fois plus puissant que la morphine.

Ce médicament sous ordonnance est utilisé comme un puissant antidouleur, notamment pour les patients qui souffrent d'un cancer des os ou qui sont en fin de vie. Mélangé à l’héroïne, il est très dangereux.

Un traitement disponible, mais pas assez accessible

Il y a eu des avancées dans le combat contre le fentanyl, reconnaît la Dre Morin. La naloxone, cet antidote pour les opiacés, est disponible et « de plus en plus d’ambulanciers, de policiers et de pompiers sont sensibilisés et formés » pour l’administrer, rappelle-t-elle.

Toutefois, l’accès au traitement n’est pas encore adéquat, selon la Dre Morin.

« Le fentanyl qui est consommé en ce moment, il l’est beaucoup à l’insu des consommateurs. C’est de la drogue qui est coupée avec le fentanyl », rappelle encore la Dre Morin.

Une formation pouvant être donnée rapidement

Des solutions simples et efficaces, pouvant faire avancer le combat contre cette dépendance parfois mortelle, existent.

« La formation pour pouvoir prescrire de la méthadone, c’est une journée seulement, souligne Dre Morin. De plus en plus de facultés de médecine, comme la faculté de l’Université de Montréal, rendent cette formation obligatoire. » Les étudiants sont sensibilisés, « mais cela ne les oblige pas à prendre la licence pour prescrire de la méthadone », dit-elle.

« Le traitement numéro un pour la dépendance aux opiacés, ce n’est plus la méthadone, c’est la buprénorphine », souligne Marie-Ève Morin, qui précise que son administration « ne requiert aucun permis spécial, mais simplement une formation en ligne ».

Peu de médecins spécialisés

« Ce n’est pas toujours une clientèle qui est prisée », décrit Dre Morin en évoquant la question, multifactorielle selon elle, du manque de médecins pour intervenir auprès des personnes toxicomanes.

Elle tient à dire que lorsqu’on est « dépendant des opiacés, on n’a pas le choix de consommer. C’est une dépendance physique, on ne peut pas arrêter en criant "ciseau" ». C’est très difficile d’arrêter « sans supervision médicale adéquate », insiste-t-elle.

Elle évoque également une vague de prescriptions « peut-être excessives » d’opiacés dans le passé. Et là, dit-elle, « on fait face au revers de la médaille. On a beaucoup de gens dépendants aux opiacés. Ce ne sont pas nécessairement des héroïnomanes. »

Ces personnes peuvent se tourner vers le marché noir. Cela les expose à des drogues, dont on connaît peu de choses, notamment le dosage des produits avec lesquels elles ont été coupées.

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