Retour

Plusieurs chocs à absorber pour les Américains

Les Américains ont besoin de cette fin de semaine. Besoin de quelques jours pour prendre du recul. Le pays vient d'encaisser plusieurs chocs avec cette élection. Des chocs trop nombreux pour être tous digérés en même temps.

Yanik Dumont Baron

  Une analyse de Yanik Dumont Baron

C'est devenu évident en passant devant une petite boutique souvenir près de la Maison-Blanche. Les t-shirts, les tasses et les macarons aux couleurs d'Hillary Clinton sont en vente, bien sûr. À moitié prix. Le même rabais offert pour les articles aux couleurs de Donald Trump. Le message est clair : passons à autre chose.

L'un de ses symboles les plus visibles, ce sont les manifestations qui marquent les nuits qui ont suivi la soirée électorale. « Not my president » est devenu un cri de ralliement pour ceux qui craignent l'érosion de valeurs comme la tolérance, l'inclusivité.

« Comment commencer une conversation avec quelqu'un de si différent? » me demandait une connaissance d'Arizona. C'est l'un des chocs causés par la victoire de Trump. Ceux qui ont rejeté le républicain ont rejeté le sexisme, la haine de l'autre. Ils voient leur défaite comme la preuve qu'une bonne partie des Américains ne placent pas ces valeurs à la même hauteur.

Les démocrates et les progressistes sont aussi sous le choc. Non seulement ont-ils perdu une élection qu'ils croyaient à leur portée, mais ils perdent aussi un président qu'ils adorent. Ils doivent également composer avec cette crainte de voir des pans entiers de l'héritage de Barack Obama disparaître en fumée.

Incertitudes

Ces 20 millions d'Américains à qui la réforme Obamacare a finalement permis de se procurer une assurance-santé ne savent pas ce qui les attend. Ces hispanophones emmenés aux États-Unis illégalement par leurs parents non plus. Même chose pour ces couples homosexuels mariés depuis peu.

Les élus républicains ont sûrement aussi besoin de temps pour encaisser le choc de leur victoire. Pour plusieurs, l'élection de Donald Trump était inespérée. Jusqu'au dernier moment, ils ont gardé leurs distances par rapport au politicien controversé. Ceux qui se sont ralliés semblent l'avoir fait au nom du parti, en dépit de leur porte-étendard.

Ces républicains doivent s'ajuster. À commencer par Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants. Lui qui était allé jusqu'à refuser de faire campagne aux côtés de Donald Trump, dégoûté par la façon dont Donald Trump parle des femmes.

Le conservatisme fiscal de Paul Ryan ne cadre pas avec plusieurs promesses du président désigné. Comment réduire les impôts et dépenser davantage pour les forces armées et les soins aux aînés? Un mariage arrangé qu'il faudra apprendre à faire fonctionner.

Apparente montée du racisme

Un collègue me faisait remarquer que ce n'était pas tout le pays qui était sonné par l'élection de Donald Trump à la présidence. Ses partisans sont heureux, satisfaits, expliquait-il. Il a raison. Mais même les gagnants n'ont probablement pas encore absorbé les nombreux chocs provoqués par sa victoire. Trop tôt.

Comment expliquer autrement cette apparente flambée de racisme et d'intolérance envers des concitoyens? La musulmane à qui on lance « Trump » au visage, l'Afro-Américain qui a retrouvé les mots « nègres » et « Trump » écrits sur sa voiture? Ce Latino-Américain à qui on a crié de rentrer chez lui?

Donald Trump lui-même a besoin de temps pour absorber le choc de sa victoire. Ses visites à la Maison-Blanche et au Congrès jeudi l'ont probablement sonné un peu. C'est une chose que de faire campagne sur Twitter et de trouver des surnoms originaux à ses adversaires. C'en est une autre de diriger une nation complexe, passionnée et divisée.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

Plus d'articles

Vidéo du jour


Qu'est-ce qui se passe quand tu fais une détox de cellulaire?