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Polytechnique : 28 ans plus tard, le souvenir de la tragédie est intact

Le 6 décembre 1989, Marc Lépine abattait 14 jeunes femmes et blessait 14 autres personnes à l'école Polytechnique de Montréal lors de l'un des pires massacres de l'histoire du pays. Alors que les proches des victimes et des citoyens marqués par le drame se rassemblent pour se souvenir des disparues, le contrôle des armes à feu au Canada, lui, continue de s'assouplir, constatent les militants.

Pour souligner ce tragique événement, une gerbe de roses blanches a été déposée tôt, mardi matin, devant la plaque commémorative érigée à l'École polytechnique, sur le mont Royal. L'Université de Montréal a invité par ailleurs son personnel, les étudiants et le grand public à venir s'y recueillir tout au long de la journée.

En fin d'après-midi, un autre rassemblement aura lieu sur le belvédère du mont Royal à 17 h, où 14 faisceaux lumineux seront allumés à l'appel du nom de chacune des 14 femmes qui sont tombées sous les balles de Marc Lépine ce jour-là. La création lumineuse réalisée par Moment Factory illuminera le ciel de la ville jusqu'à 22 h.

Une minute de silence suivra lors de cette cérémonie commémorative qui aura lieu en présence de Sophie Grégoire Trudeau, de la vice-première ministre et ministre de l'Économie, Dominique Anglade, de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, ainsi que des survivantes et des proches des victimes de la tragédie.

L'Assemblée nationale se souvient

Une motion, présentée conjointement par le premier ministre, le chef de l’opposition officielle, le chef du deuxième groupe d’opposition, de la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, la députée de Vachon et le député de Gaspé, a été déposée à l’Assemblée nationale pour honorer la mémoire des 14 victimes de Polytechnique.

La motion se lit comme suit :

« Que l’Assemblée nationale souligne la tenue aujourd’hui, le 6 décembre, de la journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Qu’elle profite de l’occasion pour se recueillir en hommage aux 14 jeunes femmes qui ont été assassinées le 6 décembre 1989 à l’école Polytechnique de Montréal. Qu’elle réitère le caractère inacceptable de la violence faite aux femmes et qu’elle salue le travail de ceux et celles qui mettent en œuvre des initiatives pour prévenir cette violence sous toutes ses formes et pour soutenir les victimes. Et qu’enfin, les membres de l’Assemblée nationale observent une minute de silence en mémoire des victimes. »

Les chefs de parti et la députée de Vachon ont ensuite pris la parole pour rendre hommage aux jeunes femmes assassinées en 1989.

Prenant le temps de prononcer le nom de chacune des victimes, le premier ministre Philippe Couillard a livré un plaidoyer pour la poursuite de la lutte contre la violence faite aux femmes. « 28 ans plus tard, leur nom est toujours synonyme de deuil et d’injustice pour leurs proches et pour tout le Québec », a-t-il déclaré.

« Nous nous devons tous et toutes d’être engagés pleinement dans la prévention et la lutte contre la violence faite aux femmes. Mais nous savons aussi que malgré tout le chemin parcouru ces dernières années, il y aura toujours du travail à accomplir pour enrayer cette violence. Nous devrons toujours être vigilants. L’enrayement de ce fléau ne sera possible que si nous nous mettons tous et toutes au travail. »

« À partir de ce moment, nous avons pris la mesure de la distance séparant l’atteinte de l’égalité entre les hommes et les femmes et la réalité », a pour sa part déclaré le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée. « Depuis, nous avons tenté de comprendre. De guérir. Par notre devoir de mémoire, notre devoir de garder vivant le souvenir des 14 femmes de Polytechnique. Par notre devoir de soutien, de solidarité, de compassion aux survivantes, à leur famille et leurs proches, on s’est uni pour donner un sens à une tragédie qui n’en avait pas. Nous avons dit : "Plus jamais!" »

« La violence est un fléau et trop souvent ce sont des femmes et même des filles qui en sont les premières victimes », a poursuivi le chef du deuxième groupe d’opposition, François Legault. « On ne dira jamais assez que la violence faite aux femmes et aux enfants – la plupart du temps par des hommes – représente la pire des lâchetés et la pire forme de petitesse qui soit. »

La députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Manon Massé, a ensuite pris la parole. « Certains se posent la question : " Mais pourquoi faut-il s’y reprendre chaque année?" Une des raisons fondamentales, c’est que chaque année des femmes et des enfants meurent de la main d’un homme pour les seules raisons qu’elles sont des femmes […] »

Mme Massé a rappelé que le mouvement PolySeSouvient a été pris à parti par les opposants au registre québécois des armes à feu. Une manifestation proarmes devait même se tenir sur la Place du 6-décembre, mais elle a été déplacée devant le tollé soulevé par cette provocation.

« Je veux qu’on se rappelle que hier et parfois aujourd’hui, quand les discours de haine envers les unes et les autres, quand les discours d’exclusion, quand on entend des choses comme : « Hey! Débarrasse! » à une victime du 6 décembre, je me dis qu’on a encore beaucoup de travail à faire. Et, dieu merci, on va continuer à le faire parce qu’il y a des gens qui sont sur le terrain qui au jour le jour se lèvent pour que plus jamais ça ne se reproduise. »

Rappelant qu’elle étudiait pour ses examens de fin de session en génie mécanique lorsqu’elle a appris la nouvelle de la tuerie, la députée de Vachon Martine Ouellet a déclaré que l’horreur l'avait frappé de plein fouet.

« Nous avons toutes eu l’impression qu’une partie de l’acquis des femmes avait été foudroyée, . Le silence a été lourd pendant de nombreuses années. Comme si de nommer les choses - à savoir que ce sont des femmes et seulement des femmes qui étaient visées - était trop. Trop traumatisant. Trop difficile ou trop révélateur. Révélateur que rien n’est jamais acquis. En 2017, les femmes sont toujours victimes de violence », a-t-elle poursuivi.

À son tour, Mme Ouellet a solennellement fait retentir le nom de chacune des 14 victimes de la tragédie dans l’enceinte du Salon bleu avant que les députés adoptent unanimement la motion. Le silence s’est ensuite imposé, le temps d’une minute de recueillement pour les députés.

Moins de contrôle sur les armes aujourd'hui qu'avant la tragédie

Pendant ce temps, l'amélioration du contrôle des armes à feu stagne au Canada, malgré les efforts de nombreuses associations et de victimes qui demandent à Ottawa de rétablir des mesures de contrôle, dont le registre national des armes à feu aboli par le gouvernement conservateur de Stephen Harper en 2012.

C'est d'ailleurs lors de l'annonce de l'abolition du registre que Nathalie Provost, qui a reçu plusieurs balles en tentant de raisonner Marc Lépine, a pris la décision de s'engager dans la lutte pour l'amélioration du contrôle des armes à feu au pays.

Selon l'organisme PolySeSouvient, dont Mme Provost est co-porte-parole, depuis l'abolition du registre des armes à feu, les lois canadiennes encadrant la possession d'armes à feu sont plus souples qu'avant la tuerie de Polytechnique. Il est en effet toujours possible aujourd'hui au Canada de se procurer des armes semi-automatiques et des munitions du même type que celle utilisée par Marc Lépine.

« Le gouvernement Trudeau avait promis dans sa plateforme électorale de rétablir certains contrôles », rappelle Mme Provost qui constate que rien n'a été fait en se ce sens à Ottawa jusqu'ici.

Affirmant ne pas être opposée aux armes à feu en tant que telles, Nathalie Provost a expliqué sur les ondes de RDI qu'il s'agit d'objets dangereux dont la possession et l'usage doivent être contrôlés.

« J’immatricule ma voiture, ce n’est pas une façon de dire que je suis contre les voitures. C’est la même chose [pour les armes à feu] », fait remarquer Nathalie Provost.

Au nom des victimes passées et à venir

Pour Heidi Rathjen qui a été témoin du meurtre de ses consoeurs étudiantes le 6 décembre 1989, la commémoration du massacre de Polytechnique sera toujours nécessaire et importante.

Pour elle, le combat pour le contrôle des armes doit être poursuivi « en partie en hommage aux 14 victimes, comme au nom de toutes les victimes passées et futures des armes à feu ».

Cofondatrice de PolySeSouvient, Mme Rathjen rappelle que la date anniversaire du drame est l'occasion de réfléchir sur ce sujet. Pour évaluer les avancées et les reculs du contrôle des armes, et voir ce qui peut encore être fait, « pour minimiser les chances que ce genre de tragédie ne se reproduise », dit-elle.

Elle est aussi d'avis que les lois sur le contrôle des armes ont été affaiblies avec les années et que des armes d'assaut semi-automatiques, par exemple, sont toujours légales et disponibles au pays.

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