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Portrait d'une femme de paroles contre les préjugés

Après un détour par la France, la Gabonaise Gisèle Ndong Biyogo est arrivée au Québec, en 1997, avec son « défaut de fabrication » - une expression qui lui vient de son père, en bandoulière. Portrait d'une femme de paroles, doublée d'une humoriste qui ne s'en laisse pas conter.

Un reportage de Akli Aït Abdallah

À cinq ans, son père la faisait monter sur la table pour faire rire les invités. Au cœur de son enfance gabonaise, Gisèle Ndong Biyogo amusait déjà la galerie.

« Gisèle, tu parles beaucoup! Il faudrait qu'on fasse de ton défaut de fabrication une qualité. Tu devrais devenir avocate », disait son père.

Ainsi soit-il. Les années passent. Gisèle Ndong entre à l'Université Omar-Bongo, à Libreville. Après avoir tâté du droit, elle se ravise et part pour la France, où elle étudie en communication.

Elle y rencontre celui qui deviendra son mari et, ensemble, ils traversent l'océan Atlantique pour s'installer à Québec, lui à l'Université Laval, elle dans le confort de la fonction publique.

« À un moment donné, dans la quarantaine, je me suis rendu compte que je m'étais perdue. Je me contentais d'aller au travail, de percevoir un salaire », relate-t-elle.

Elle se souvient qu'elle a toujours écrit des histoires. Et ce qu'elle faisait dans ses temps libres, c'était conter des histoires, se raconter et se présenter aux autres. « On me posait tellement de questions que je me suis dit : "C'est un devoir pour moi d'essayer d'y répondre, pour tordre le cou aux préjugés" », explique-t-elle.

Fini les horaires de 9 h à 17 h et les réunions interminables. C'est décidé. La volubile quadragénaire, romancière à ses heures, veut faire de la scène et raconter ses histoires, aux enfants comme aux adultes.

Son inspiration : l'Afrique et le Québec

C'est dans ses origines africaines, mais aussi dans son quotidien québécois, que la conteuse va puiser son inspiration.

« Quand je décide de m'impliquer comme artiste, je me dis qu'il faut que je montre la diversité. Il faut que je montre aux autres qu'être différent, ça peut être bien. Mais je dois leur montrer aussi que nous avons l'humanité en commun, que ce qui nous différencie, ce sont des détails », affirme Gisèle Ndong.

Dans ses spectacles, elle revendique haut et fort son appartenance au Québec, et donc un droit de caricature sur tout ce qu'elle voit et entend. Ce n'est pas parce que l'on vient d'ailleurs qu'il faut se taire et se faire petit. Les fesses des femmes bantoues, la commission Charbonneau, la corruption, le racisme, les religions, les immigrants...Tout y passe.

« Nous sommes dans une société tellement aseptisée, où le politiquement correct est de rigueur, que s'il y a un humoriste blanc qui essaye de dire qu'un Noir bat sa femme, la Ligue des Noirs et tous les avocats, tous les Julius Grey de ce monde vont se lever pour dire "Ce n'est pas correct! Tu n'as pas le droit de dire ça!" », dit-elle. Mais moi, en tant que membre des minorités, ça passe un peu mieux. Quand il n'y a pas le désir de faire mal, on peut rire de tout le monde, et on doit rire de tout le monde. »

Gisèle Ndong Biyogo se produira les 19 et 24 juillet prochains à Montréal, sur une des scènes extérieures du Festival Nuits d'Afrique.

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