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Pour le CH, ce sera « l’année du plan B »

Chaque tournoi de golf du Canadien produit une histoire qui commence à germer devant le chalet du prestigieux club Laval-sur-le-Lac et qui finit par marquer l'allure de la saison.

Celui de 2014 était le « tournoi des quatre non-capitaines » désormais chargés d’assurer le leadership de l’équipe. L’édition de 2015 avait été marquée par le spectaculaire demi-tour de la direction qui, finalement, en était venue à la conclusion qu’un capitaine devait être élu par les joueurs et qu’Alex Galchenyuk allait jouer au centre.

Celui de l’an dernier marquait la fin de l’ère P.K. Subban et l’arrivée de Shea Weber. Le tournoi de 2012 était censé être celui du grand changement de garde (l’arrivée de Marc Bergevin et le retour de Michel Therrien), mais il avait finalement été marqué au fer par l’imminence d’un lock-out, et aucun joueur actif ne s’y était présenté.

Cette année? On a eu droit au « tournoi du plan B ». Et soyez assurés que ce thème reviendra sans cesse, jusqu’à la fin des séries éliminatoires.

Avec énormément de franchise, Marc Bergevin a avoué avoir été surpris quand Andrei Markov et Alex Radulov ont décidé de mettre les voiles durant l’été. On le comprend : ce n’est pas tous les jours qu’une équipe de la LNH voit son défenseur numéro deux et son meilleur fabricant de jeux plier bagage après s’être prévalus de leur autonomie.

« J’ai été surpris parce que nous avons soumis à Alex la même offre [31,25 millions de dollars sur 5 ans] qu’il a ensuite acceptée à Dallas. Et nous avions présenté cette offre avant que Dallas se présente sur le marché », a expliqué le DG du Canadien.

Quant à Markov, il exigeait un contrat de deux ans, un pas que la direction du CH refusait obstinément de franchir pour un arrière de 38 ans. Constatant l’impasse, Bergevin s’est tourné vers les Sharks de San José le 22 juin pour faire l’acquisition de… leur cinquième défenseur, David Schlemko.

Markov a ensuite changé d’idée et s’est dit prêt à signer une entente d’une seule année. Mais on devine, d'après les propos de Bergevin, que le Russe, après avoir encaissé 5,75 millions lors des 10 saisons précédentes, exigeait désormais un salaire se situant entre ceux de Shea Weber et de Jeff Petry. Quelque part autour de 6,5 millions. Le Tricolore a alors décidé de passer GO, et Markov est parti jouer dans la KHL.

***

Ces deux soustractions changent considérablement la donne. Le plan A était impeccable.

La formation de l’an dernier (tout de même détentrice de 103 points au classement) aurait été nettement renforcée par l’arrivée de Jonathan Drouin à l’attaque et de Karl Alzner à la ligne bleue. Ces deux ajouts auraient corrigé les faiblesses les plus criantes de l’équipe : le manque de profondeur et de talent à l’attaque ainsi que l’absence d’un second défenseur gaucher capable d’évoluer au sein du top 4.

Le plan B du Canadien offre un tout autre portrait. En 2017-2018, Alex Radulov s’appellera Jonathan Drouin. À quelques points près, la production du dynamique attaquant québécois remplacera celle du flamboyant Russe. Et on priera pour qu'Ales Hemsky renaisse.

Quant à Andrei Markov, nul ne sait comment il s’appellera. Alzner? Schlemko? Mark Streit? Brandon Davidson? Joe Morrow? Jakub Jerabek? Faites vos jeux! Le camp ressemblera à une sorte de « Défenseur Académie ».

Cet été, un ex-attaquant du CH se disait d’avis que la perte de Markov et de ses habiletés de passeur allait sérieusement nuire à l’attaque de l’équipe. Lundi, Alex Galchenyuk semblait pencher du même côté.

« Je vais m’ennuyer des passes de Marky », a admis Galchenyuk, qui décochait souvent son fameux tir à la volée avec la complicité du vétéran.

« Il y aura beaucoup de compétition au camp pour les postes disponibles à l’arrière. Nous avons beaucoup de défenseurs capables de faire circuler la rondelle. Sont-ils capables de le faire aussi bien que Markov? On verra. Mais nous pensons que nous misons sur un plus grand nombre de défenseurs pouvant bien faire circuler le disque par rapport à l’an passé. C’est dans cette optique que nous avons pris nos décisions », explique Claude Julien.

Bref, l’état-major ne croit pas être parvenu à remplacer Markov, mais il estime avoir déniché des arrières pouvant en donner plus qu’Alexei Emelin et Nathan Beaulieu. Ça reste à voir.

« Je crois sincèrement que nous nous sommes améliorés à la position de défenseur, a plusieurs fois souligné Bergevin lors de son point de presse. Nous avons amené des joueurs qui comptent un peu plus d’expérience et qui font un peu mieux circuler la rondelle. »

Tout le monde a le droit d’être optimiste.

Si la théorie des dirigeants s’avère, l’organisation aura vécu en 2017 une sorte d’été magique et on parlera toute la saison de la réalisation d’un des plus astucieux plans B de l’histoire.

Mais il y a beaucoup de sceptiques dans la salle. En retournant à la voiture, je suis tombé sur un confrère anglophone qui se prenait la tête à deux mains. « Ce sera une équipe de m… », prédisait-il.

Laissons-les au moins disputer leurs huit matchs préparatoires. Chose certaine, ce camp d’entraînement sera l’un des plus intéressants et des plus imprévisibles depuis très longtemps.

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