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Pour se faire entendre, les organisations militantes s’activent sur tous les fronts

Le Sommet du G7 est une occasion en or pour les groupes de pression établis. Alors que les dirigeants des pays industrialisés sont réunis pour discuter de grands enjeux, les militants tentent de faire passer leurs messages par quelques coups d'éclat. Coup d'œil sur des stratégies élaborées bien à l'avance.

Un texte de Vincent Champagne

Jeudi matin, Donald Trump, Justin Trudeau, Angela Merkel et Theresa May ont fait des tâches ménagères devant l'Assemblée nationale à Québec. Ce n’était, bien sûr, pas les vrais dirigeants, mais plutôt des marionnettes à grosse tête caricaturales qui s'activaient à passer le plumeau et donner le biberon à bébé.

La mise en scène, organisée par Oxfam, visait à dénoncer le travail non rémunéré des femmes à travers le monde. À peu près tous les médias, cherchant à remplir un peu de temps d’antenne avant le début officiel du G7, ont fait des reportages sur le petit théâtre de l’organisation, qui œuvre dans le domaine des droits humains.

Au même moment, devant le parlement d’Ottawa, un immense sac de plastique flottait dans les airs, porté par des militants de Greenpeace. Diffusée en direct sur les réseaux sociaux, la manifestation a été vue des milliers de fois et rapportée par les médias. Par cette action, l’organisation environnementaliste marquait son souhait de voir l’élimination progressive des plastiques à usage unique.

Rien n’a été improvisé dans ces démarches, expliquent les responsables de ces deux ONG.

« Le sommet du G7, c’était une date-clé cette année », explique Loujain Kurdi, porte-parole de Greenpeace pour la campagne océan et plastique, notamment parce que l’un des cinq thèmes de la rencontre porte sur l’environnement et la pollution par le plastique.

Pour sa campagne, Greenpeace a en effet conçu un échéancier stratégique qui s’étale sur plus d’un an, et qui comporte diverses manifestations. « On travaille nos idées bien en avance, on fait des séances de brainstorm à l’interne », explique Mme Kurdi, qui note également le travail de son département de recherche pour fournir des données scientifiques en appui aux idées proposées.

Lorsqu’ils réfléchissent à leurs grandes orientations stratégiques, les employés de Greenpeace n’hésitent pas à recourir à des firmes de sondage pour tâter l’intérêt du public, explique Mme Kurdi. Ils sont aussi attentifs aux propos de leurs donateurs.

« Il y a une part d’attente de la part de nos supporteurs. Lorsqu’ils nous donnent de l’argent, il est de notre responsabilité d’aller le placer dans des enjeux qui leur tiennent à cœur », explique-t-elle.

Des stratégies pour influencer le politique

« Un stunt, c’est pour faire parler d’un enjeu », explique pour sa part Denise Byrnes, directrice générale d’Oxfam-Québec. Mais le reste de l’année, « il faut faire un travail de fond avec les fonctionnaires et les décideurs, pour leur faire comprendre en quoi cet enjeu est important », dit-elle.

Le premier objectif d’Oxfam, dit Mme Byrnes, est d’influencer les politiques publiques. Par exemple, pour promouvoir l’égalité des femmes et des hommes, les gouvernements doivent instaurer des mesures comme l’éducation de base gratuite, une rémunération équivalente et la reconnaissance du travail domestique non rémunéré, énumère la militante.

Tout au long de l’année, les employés d’Oxfam collectent des données des grandes institutions internationales, ils scrutent les rapports, ils en produisent, ils mènent des recherches, et ils rendent le tout intelligible pour les fonctionnaires qui sont en quête de ce type d’information, explique Mme Byrnes.

Les grosses têtes de papier mâché qui représentent les chefs de gouvernement du G7 se déplacent d’année en année là où se tient la réunion annuelle, explique Mme Byrnes. La tête du premier ministre italien n’était pas tout à fait complétée cette semaine, note-t-elle d’ailleurs, puisqu’il vient d’être nommé.

Beaucoup de travail en coulisses

Le militant écologiste Steven Guilbeault est bien placé pour connaître les divers fronts sur lesquels opèrent les organisations militantes.

En 2001, alors qu’il dirigeait Greenpeace Québec, il a escaladé la Tour CN, à Toronto, pour y déployer une immense banderole sur laquelle on pouvait lire « Canada and Bush Climate Killers ». Le coup d’éclat, largement médiatisé, visait à attirer l’attention sur le protocole de Kyoto et les changements climatiques.

M. Guilbeault qualifie ce type d’intervention de « stratégie extérieure », dont le pendant est, forcément, la « stratégie intérieure », des vocables empruntés du jargon militant anglais « inside-outside ».

Dans le cadre du présent G7, Équiterre, l’organisation écologiste que dirige maintenant Steven Guilbeault, a plutôt opté pour une stratégie « intérieure ». « Nous avons eu des rencontres avec le bureau du premier ministre à Ottawa et avec le « sherpa » canadien du G7. Nous avons été en contact avec des groupes dans d’autres pays du G7 qui ont fait le même genre d’exercice auprès de leurs dirigeants, explique-t-il. On ne le fait pas par le biais des médias. C’est plutôt un travail de coulisses. »

Pendant l’événement, Steven Guilbeault se trouve au centre international des médias, à Québec, où il est disponible pour commenter l’évolution des dossiers environnementaux, en compagnie des représentants de trois autres ONG.

Rien ne vaut le contact humain

Les coups fumants, comme l’escalade de la Tour CN, ne sont pas dans l’ADN d’Équiterre, précise M. Guilbeault, puisque l’organisation fait plutôt dans le travail de sensibilisation et d’éducation.

Au fil du temps, l’ONG s’est adaptée aux nouvelles pratiques, note Steven Guilbeault, notamment par une plus large utilisation des réseaux sociaux et des ressources numériques. « Équiterre a un bassin de membres et de sympathisants d’à peu près un quart de millions de personnes. Évidemment, on ne leur parle pas face à face tous les jours à ces gens-là. On utilise beaucoup le numérique pour le faire. »

Les pétitions devaient autrefois être signées sur papier. Elles peuvent dorénavant l’être par Internet. C’est un avantage, mais Équiterre, à l’instar de plusieurs autres ONG, commence à se rendre compte de la puissance quelque peu perdue du contact personnel avec les citoyens.

Lors des dernières élections fédérales, Équiterre a mené un projet-pilote dans la circonscription d’Ahuntsic, au nord de Montréal. Un comité citoyen a été formé pour faire du porte-à-porte afin de convaincre les citoyens de voter « contre les pipelines ».

Aux prochaines élections provinciales québécoises, Équiterre sera actif dans 23 circonscriptions, indique Steven Guilbeault.

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