Après Paris, c'est au tour de Bruxelles d'être prise pour cible par les terroristes. Mise à part l'attaque contre le Musée juif, qui a fait quatre morts en mai 2014, la Belgique avait échappé aux attentats sanglants qui ont endeuillé plusieurs capitales européennes. Alors pourquoi s'en prendre à elle maintenant?

Un texte de Ximena Sampson

Pour plusieurs analystes, ces attentats étaient quasiment inévitables.

Depuis les attaques de Paris, en novembre dernier, on savait que la commune bruxelloise de Molenbeek était un repaire d'islamistes radicaux. Plusieurs des auteurs des attaques et leurs complices ont vécu à Molenbeek, tout comme le principal suspect, Salah Abdeslam, qui y a été arrêté vendredi dernier, après quatre mois de traque.

Le ministre belge de l'Intérieur, Jan Jambon, avait d'ailleurs déclaré lundi à la radio qu'il craignait des représailles après cette arrestation. « Arrêter une des cellules peut en activer d'autres », a-t-il déclaré, rappelant qu'une menace est « vraisemblable et imminente ».

L'enquête a permis de découvrir de nombreuses armes lourdes et un réseau étendu autour d'Abdeslam, à Bruxelles.

Les auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo et celui de l'attaque dans un supermarché fréquenté par la communauté juive, à Paris, se sont approvisionnés en armes dans cette commune. Le principal suspect dans l'attentat contre le Musée juif, Medhdi Nemmouche, avait également séjourné à Molenbeek.

Les assassins du commandant Massoud, en Afghanistan, en 2001, étaient passés par la commune, tout comme l'un des organisateurs des attentats de Madrid de 2004 et l'assaillant qui a tenté de commettre un attentat dans un train reliant Paris et Amsterdam en août 2015.

Berceau de djihadistes

La Belgique est d'ailleurs un des pays européens qui comptent le plus de combattants partis faire le djihad en Syrie. On estime que le tiers d'entre eux seraient originaires de Molenbeek, où le taux de chômage chez les jeunes atteint 40 %. Plusieurs de ces djihadistes seraient depuis revenus en Belgique.

L'attentat de mardi a été revendiqué par le groupe armé État islamique (EI). Amaq, l'agence de communication de l'EI, a précisé que la Belgique avait été ciblée en raison de sa participation à la coalition internationale qui combat en Syrie et en Irak.

Il faut dire que les terroristes profitent d'une certaine faiblesse des forces de sécurité belges, mise en lumière par les récents événements. « La Belgique n'a pas la réputation de la France dans l'efficacité du renseignement », souligne l'analyste François Brousseau, « ne serait-ce qu'en ce qui concerne les effectifs policiers ».

Au lendemain des attentats du 13 novembre, les médias français ont d'ailleurs fortement critiqué les autorités belges, les accusant carrément d'incompétence. Mais c'est surtout une question de moyens, croit François Brousseau. « Le pays est moins populeux, c'est vrai, mais même en gardant les proportions les Français sont mieux pourvus. »

Environ 600 personnes travaillent pour les services de sécurité, notamment au sein de l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace. L'OCAM a toutefois été fortement attaqué pour ses décisions concernant le niveau d'alerte, qui ne respecteraient pas toujours les critères établis.

La capitale de l'Europe

Par ailleurs, il y a évidemment la portée symbolique. Bruxelles est la capitale de l'Union européenne et le siège de plusieurs institutions internationales.

« Les deux [endroits] frappés ce matin, l'aéroport international, qui est une porte ouverte sur le monde, et le quartier européen, qui est un centre de la démocratie et de la paix, ce sont des symboles très puissants de la liberté et de la paix en Europe », soulignait Guillaume Perron-Piché, un Québécois résidant à Bruxelles, au micro d'Alain Gravel.

« Bruxelles est une grande ville européenne, mais c'est aussi le nœud des réseaux islamistes de dernière génération, ceux qui ont commis les attentats du 13 novembre à Paris », croit François Brousseau. « Ce n'est pas Paris, ni Londres, mais elle n'est pas loin derrière et c'est une des grandes villes que ces gens-là viseraient naturellement par sa population, son emplacement géographique et sa symbolique. »

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