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Pourquoi le volcan au Guatemala est-il si meurtrier comparativement à celui d’Hawaï?

Malgré l'éruption continue du volcan Kilauea d'Hawaï depuis plus d'un mois, l'éruption récente du volcan de Fuego au Guatemala a été beaucoup plus meurtrière, le nombre de victimes dépassant maintenant les 75 morts. Pourquoi leurs éruptions sont-elles si différentes?

D’abord, il faut savoir que des formes différentes des volcans mènent à des éruptions bien distinctes.

Le Kilauea à Hawaï est un volcan-bouclier, tandis que le Fuego au Guatemala est un strato-volcan.

Le premier volcan éjecte de la lave en mouvement qui finit par durcir durant son parcours. Ce volcan plat et large possède une structure en dôme ressemblant à un bouclier couché sur le sol.

Le second représente l’image que l’on se fait habituellement d’un volcan puisqu’il se présente comme une montagne imposante avec un sommet pointu, dont les éruptions se caractérisent par des coulées de lave le long de pentes abruptes.

Par comparaison, le Kilauea atteint 1200 mètres d’altitude, tandis que le Fuego dépasse 3700 mètres.

Pâte de tomate vs ketchup

S’il existe différents types de volcans, il y a aussi différents types de magma, cette roche en fusion qui se trouve profondément à l'intérieur de la Terre que l’on appelle lave une fois qu'elle atteint la surface.

Le magma des volcans-boucliers comme le Kilauea a une viscosité plus faible, ce qui signifie qu'il est plus coulant.

La volcanologue Einat Lev de l'Université Columbia, à New York, utilise une analogie entre le ketchup et la pâte de tomate pour expliquer la différence entre les magmas du Kilauea et du Fuego.

Ainsi, la lave du Kilauea s'étend lentement, tandis que celle du Fuego s'empile en couches, une caractéristique qui, combinée à sa forme, a des conséquences dévastatrices à mesure que la pression du gaz augmente dans le volcan.

Tous les volcans actifs produisent des gaz qui ont la capacité de s'accumuler.

Revenons à l'analogie du ketchup et de la pâte de tomate. Le gaz qui n'arrive pas à traverser le magma épais comme la pâte de tomate a besoin de plus de force pour percer la bulle. Comme le magma est moins visqueux à Kilauea, les gaz produits peuvent plus facilement s'échapper.

Ce qui n’est pas le cas pour le Fuego, dont les gaz sont soumis à une pression énorme qui finit par éclater dans des explosions violentes.

Ainsi, selon la scientifique, c’est la nature des bulles qui détermine l'ampleur de ces explosions.

Le Kilauea produit des explosions phrénomagmatiques qui surviennent lorsque le magma voyage à travers des tunnels sous la nappe phréatique, provoquant l'ébullition instantanée de l'eau. Les roches ou les débris qui entrent en contact avec ses tunnels sont alors éjectés lorsque la pression augmente; le volcan crache alors de la vapeur, de la cendre, des roches et du gaz vers le ciel.

Pour sa part, le Fuego produit des explosions pyroclastiques, beaucoup plus mortelles. Ces explosions sont remplies de morceaux de lave, de cendres et de gaz volcaniques. Elles mènent à des coulées extrêmement rapides sur les pentes du volcan, qui détruisent tout sur leur passage.

Ainsi, les personnes qui respirent les cendres et les gaz qui en émanent sont immédiatement étouffées.

Les personnes qui se trouvent dans un périmètre de moins de cinq kilomètres d'un flux pyroclastique peuvent être brûlées et les bâtiments, détruits.

C'est ce qui s'est produit au Guatemala. L’éruption s’est aussi produite dans une région densément peuplée, avec des villages au pied du volcan.

Ainsi, de nombreux villageois d'El Rodeo se sont rapidement retrouvés submergés par les cendres, des fragments de lave et des gaz, qui ont atteint le village à une vitesse de 700 km/h.

De l’autre côté, la nature des explosions du Kilauea et son emplacement (dans un parc national) ont permis d’éviter les pertes humaines, même si des infrastructures et des maisons ont été détruites.

Dans les deux cas, le territoire sera inutilisable pendant des années.

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