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Pourquoi les experts se sont-ils trompés sur Trump?

À peu près tous les sondeurs et analystes se sont fourvoyés en prédisant l'élection de la candidate démocrate Hillary Clinton à la présidence américaine. Que s'est-il passé?

Un texte de Danielle Beaudoin

Encore récemment, les instituts de sondage américains disaient qu'Hillary Clinton avait entre 70 et 99 % de chances de gagner l'élection présidentielle.

Des centaines de sondages publiés au cours des dernières semaines la donnaient gagnante. Les sondeurs y croyaient; les experts et les médias aussi. Comment ont-ils pu se tromper à ce point?

Les sondeurs ne se sont pas trompés autant qu'on le croit, selon Christian Bourque, vice-président directeur et associé chez la firme de sondage Léger Marketing, en entrevue sur ICI RDI. Il précise que les sondages avaient noté un faible écart, réduit à la marge d'erreur (3 points) entre les deux candidats dans certains États-clés comme la Virginie, la Caroline du Nord ou le Michigan.

Il souligne aussi qu'il faut être plus prudent dans l'analyse des sondages. Il rappelle que ces sondages traitent des données recueillies quelques jours auparavant, et qu'il est difficile de prédire l'avenir à partir des résultats du passé. « Donc, il y a toujours là un certain écart », ajoute-t-il. 

Le taux de participation, le « cauchemar des sondeurs »

« Quand on a commencé le dépouillement du vote par anticipation, et c'est un peu le cauchemar des sondeurs, on voyait que le vote des Noirs, par exemple, était en baisse dans certains États-clés », explique Christian Bourque.

Il explique que le taux de participation des électeurs a un effet direct sur la « qualité prédictive » des sondages. Il souligne qu'il est impossible pour les sondeurs de prévoir si les gens vont aller voter ou non. « Pour nous, toutes choses étant égales par ailleurs, indique M. Bourque, si tout le monde a la même volonté d'aller s'exprimer aux urnes, voici quel devrait être le résultat. »

La mobilisation de l'électorat de Trump

Les sondeurs ont sous-estimé la mobilisation d'une partie de l'électorat favorable à Trump, croit Julien Tourreille, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Vincent Boucher, chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand, a lui aussi été surpris des résultats de cette élection. « On n'a pas vu venir la victoire républicaine dans des États comme la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan, où l'avance démocrate semblait assez bonne. On donnait les démocrates gagnants dans ces États, le mur de feu démocrate depuis les présidentielles de 92 surtout, précise-t-il. Assez surprenant! »

M. Boucher note que la classe ouvrière blanche de la Rust Belt (berceau des industries lourdes dans le nord-est du pays) a donné son vote au candidat républicain.

« La classe ouvrière blanche s'est sentie dépossédée ces dernières décennies, dit-il, en raison des changements économiques qui ont eu lieu sur la scène internationale, des délocalisations qui ont frappé ces États dans les secteurs de l'acier, de l'automobile et des mines. Et son discours protectionniste a beaucoup plu à ces gens-là. »

Une campagne atypique

Si les experts ont eu tant de difficulté à prédire l'issue de ce scrutin, c'est notamment parce que cette campagne a été tout à fait inédite.

Déjà lors des primaires, de nombreux analystes prédisaient que Donald Trump serait vite éjecté de la course. « On avait une théorie qui disait que ce sont les partis qui décident du candidat à l'élection présidentielle. Le fameux The party decides a été un peu tourné en dérision avec l'élection de Trump à la tête du Parti républicain », explique Vincent Boucher.

Il précise que les experts se basent beaucoup sur les sondages et sur les projections du Collège électoral, elles-mêmes inspirées des sondages. « C'est la matière première qu'on a pour évaluer les campagnes », souligne-t-il. 

Les spécialistes s'appuient aussi beaucoup sur l'histoire des campagnes présidentielles américaines.

Vincent Boucher observe que l'un des seuls modèles à avoir prédit la victoire de Trump est celui du Los Angeles Times. « C'est peut-être vers ça qu'il faut se tourner pour comprendre ce qui n'a pas été bien fait d'un côté, et ce qui a été bien fait de l'autre », dit-il. 

Il cite aussi le modèle de prédiction de vote créé par Allan Lichtman, de l'American University de Washington. Depuis 1984, le professeur d'histoire ne s'est jamais trompé. Sans oublier le bouillant réalisateur Michael Moore, qui a prédit lui aussi l'élection de Donald Trump.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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