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Pourquoi si peu de produits de la mer locaux dans nos assiettes?

À l'heure où l'achat local est si valorisé, le Canada exporte la quasi-totalité de ses poissons et fruits de mer. L'épicerie est allée en Nouvelle-Écosse, la province qui pêche et exporte le plus de ressources de la mer, pour comprendre pourquoi on laisse partir toutes ces richesses. Les réponses risquent d'en surprendre plusieurs.

Un texte de Johane Despins, de L’épicerie

Les pêcheries sont le troisième secteur d’exportation du pays, après le blé et le canola. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène, selon le consultant Michael Gardner, basé à Halifax.

« On exporte plus de 80 % de ce que l’on produit autant sur la côte pacifique que la côte atlantique. Le problème, c’est que la demande locale est insuffisante. La ressource est abondante, nous avons des surplus, les prix sont bons à l’étranger. Le Canada est un pays exportateur, alors on exporte dans 70 à 80 pays à travers le monde », dit-il.

La dernière nouveauté dans cette industrie : l’intérêt de l’Asie pour la qualité de nos homards... vivants. À l’aéroport d’Halifax, 52 semaines par année, des avions décollent avec 200 000 livres de homards, comme l’explique Andrew Leadbeater, directeur du fret chez Gateway Facilities.

De décembre à février, il y a une augmentation en raison de Noël et la forte demande d’Asie au Nouvel An chinois. À l’aéroport de Moncton aussi, on transporte ces passagers peu ordinaires.

Un autre produit qui nous échappe : le crabe. « C’est un marché qui est contrôlé par les Américains. Donc, on doit vendre au prix équivalent qu’on peut avoir aux États-Unis pour notre produit, alors c’est sûr qu’au Québec, ce n’est pas donné », explique Bill Sheehan, vice-président de E. Gagnon et fils, à Sainte-Thérèse-de-Gaspé, le plus grand transformateur et exportateur de crabes des neiges congelés au Canada.

Au-delà de la qualité de nos produits, c’est la faiblesse du dollar canadien qui attire les investisseurs étrangers, ce que confirme André-Pierre Rossignol, conseiller à l’exportation chez Gimxport, à Chandler.

« L’accès aux marchés étrangers nous a permis de diversifier nos marchés, de solidifier nos acquis et de prolonger les emplois en région », fait toutefois remarquer M. Rossignol.

Bonne nouvelle pour l’industrie, mais pas pour le consommateur qui peine à trouver ces crustacés, mais aussi du flétan, des pétoncles, des mactres de Stimpson, des oursins ou des couteaux de mer de chez nous, à des prix intéressants. Déjà que les Canadiens ne sont pas de gros consommateurs de poissons et fruits de mer.

Selon Michael Gardner, cette situation s’explique par des facteurs culturels et historiques. « Le problème, c’est qu’à l’époque, c’était difficile de trouver du poisson frais à l’intérieur du pays, à part du poisson salé. Ce qui fait que les gens n’ont pas grandi avec du poisson, mais avec de la viande. Au centre du pays, on mange plus de mets préparés congelés que du poisson frais », dit-il.

De plus, le gouvernement encourage les exportations. Les provinces de l’Atlantique ont obtenu 325 millions de dollars pour stimuler cette industrie. Le transformateur E. Gagnon et fils a reçu des subventions pour moderniser ses installations de surgélation. Mais rien pour stimuler une meilleure distribution au pays.

Tous reconnaissent qu’il y a un travail immense à faire pour changer la donne.

« On ne fait pas assez de marketing, peut-être, au Québec. C’est peut-être de notre faute aussi. Et on dirait que les gens ne sont pas portés, en épicerie, à acheter à l’année longue des poissons et fruits de mer congelés », admet pour sa part Bill Sheehan.

« Tu vas dans n’importe quel supermarché, aux États-Unis, et 12 mois par année, il va y avoir des sections de crabe que tu peux acheter congelé. [Au Canada] ça n’a pas l’histoire du poulet, du porc ou de la viande, le crabe. C’est un produit de luxe si on veut », poursuit-il.

Pour réussir une assiette locale, il faudra retracer l’origine, revendiquer un meilleur étiquetage et payer davantage. La souveraineté alimentaire n’est pas pour demain, tant qu’il n’y aura pas une meilleure distribution partout au Canada plutôt qu’à l’étranger.

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