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PQ : Jean-François Lisée et le « ni-ni »

Il y a deux choses qui font partie de l'ADN du Parti québécois depuis sa fondation : l'indépendance et la promotion du français. Or, pour la première fois dans son histoire, un chef, Jean-François Lisée, propose de mettre la pédale douce sur les deux en même temps. Des remous sont à prévoir.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi Info

Au Parti québécois (PQ), le seul moment où la question linguistique n’est pas au cœur des débats est lorsqu’on prépare un référendum sur la souveraineté, comme pendant le gouvernement de Jacques Parizeau en 1994-1995. Ce n’est pas le temps de jouer avec les lois linguistiques.

Mais quand la souveraineté se retrouve sur la voie de garage, les péquistes ont invariablement mal à la langue et trouvent un quelconque recul du français qui justifie des amendements à la loi 101 ou même une grande mobilisation nationale comme les États généraux présidés par Gérald Larose au début des années 2000.

Si ce n’est pas l’un, cela a toujours été l’autre. Et, pour bien des militants péquistes, ce que propose aujourd’hui Jean-François Lisée, c’est le « ni-ni » : ni un référendum sur la souveraineté avant 2022, ni d’amendements à la loi 101 qui faisaient partie du programme du PQ depuis des années.

En fait, cette dernière partie de l’équation est plutôt injuste pour le nouveau chef péquiste. Il propose bel et bien des changements dans la loi 101, dont l’imposition des mesures de francisation aux entreprises qui comptent entre 25 et 49 employés et sur la composition linguistique de l’immigration.

Mais M. Lisée impose surtout un changement de culture majeur pour le PQ : il rejette le postulat voulant que plus de loi 101 veuille nécessairement dire plus de français au Québec. Et qu’il soit impérieux de réparer le moindre accroc à la lettre de la version originale de la loi 101.

Feu, les mesures tatillonnes de la loi 14

C’est ainsi que le projet de loi 14 du gouvernement Marois s’attardait à plusieurs mesures plus tatillonnes qu’autre chose, comme le maintien du statut bilingue des villes, dont la population anglophone venait de baisser sous un certain seuil ou le statut des enfants de militaires qui étaient mutés au Québec.

M. Lisée fait plutôt une analyse coûts-bénéfices : s’il n’y a pas de gain réel pour la francisation, pourquoi faire une grande bataille? Une notion qui n’a jamais vraiment eu la cote au PQ.

Il rejette aussi le principe qu’il soit toujours justifié et pertinent d’en faire plus que ce que prévoyait la loi 101. Par exemple, il rejette comme inopportune cette idée populaire au PQ d’interdire aux étudiants francophones ou allophones, issus de l’école française, de fréquenter le cégep anglais.

M. Lisée aura beau dire que « nous proposons les avancées les plus audacieuses pour la langue française depuis la loi 101 », il reste que, sous sa gouverne, il faudra prouver l’utilité politique de légiférer, surtout s’il y a un risque de créer des divisions. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’a pas été la culture du PQ depuis une ou deux décennies.

C’est ce qui fait que, lorsqu’il a présenté ses propositions lors de grandes entrevues dans deux journaux, M. Lisée a été mieux reçu à la Gazette qu’au Devoir, ce qui, en soi, est suspect pour bien des militants péquistes.

Devant un Conseil national, c’est-à-dire les hauts cadres du parti, les propositions de M. Lisée ont causé un peu, mais pas trop de vagues en fin de semaine. Il pourrait toutefois en être tout autrement chez les militants ordinaires du PQ qui se prononceront au cours des prochains mois dans leurs associations respectives.

Après tout, dans un parti où la moyenne d’âge est de plus de 60 ans et où bien des militants commencent à désespérer de voir l’indépendance avant la fin de leurs jours, il sera beaucoup plus difficile de renier la deuxième composante de l’ADN du PQ.

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