Retour

Premier débat des chefs : mode d’emploi, préparation et défis

Stephen Harper, Thomas Mulcair, Justin Trudeau et Elizabeth May s'affronteront à 20 h, ce soir, dans le premier débat des chefs de la campagne fédérale, organisé par le magazine Maclean's. Avec leur entourage, ils ont préparé des attaques, anticipé des répliques et travaillé leur gestuelle. Convaincre, rassurer, se distinguer, incarner le changement : chacun a ses propres défis et aura quatre thèmes pour les relever. Tour d'horizon.

Une analyse de Manon Globensky

Ce débat durera deux heures et se déroulera en anglais, quoiqu'il est diffusé depuis les studios d'Omni-TV à Toronto, une télé multiethnique, et sera donc disponible en italien, en punjabi, en mandarin et en cantonais. Il sera présenté sur CPAC à la télévision câblée en plus d'être webdiffusé sur la chaîne YouTube de Maclean's, OMNITV.ca et CPAC.ca.

Les organisateurs veulent un débat nouveau genre, où chaque bloc sera séparé par l'analyse de commentateurs politiques sur place. Un peu comme Don Cherry entre les périodes d'un match de hockey.

Les quatre thèmes de discussion sont l'économie, l'énergie et l'environnement, les institutions démocratiques et les affaires étrangères, et la sécurité. Chaque chef aura un échange de deux minutes avec le modérateur, puis un autre chef lui donnera la réplique pour une minute et les autres se joindront au débat. Et on répète cette séquence quatre fois par thème.

Le modérateur, Paul Wells, a révélé que c'est Justin Trudeau qui commencera sur l'économie et que Stephen Harper lui donnera la réplique le premier.

Comment les chefs se préparent-ils?

Tous les stratèges qui ont préparé des chefs pour un débat disent que la préparation doit être sur mesure, que personne n'apprend ces choses de la même façon.

Mais non seulement les chefs de partis doivent-ils être en possession des faits, ils doivent aussi pouvoir répondre aux attaques des autres et en lancer quelques-unes de leur cru. Tout cela en ayant l'air le plus naturel possible.

C'est pour cette raison qu'ils se sont tous prêtés à l'exercice des faux débats, où des membres de leur entourage jouent le rôle des adversaires et les poussent dans leurs derniers retranchements. Ces performances sont ensuite analysées par des experts de l'image pour corriger les tics et indiquer dans la mesure du possible au client quand regarder la caméra et quand regarder l'adversaire.

Pensez au « You had a choice, sir » de Brian Mulroney envers John Turner à propos des nominations partisanes, ça n'a fonctionné que parce qu'il regardait son adversaire en le montrant du doigt.

Apparemment, feu Jack Layton, du NPD, avait l'habitude de hocher la tête quand ses faux adversaires lui répondaient. On lui a expliqué que c'était comme s'il approuvait leurs accusations et il a cessé de le faire avant le vrai débat.

Quel est le défi pour les quatre chefs en présence?

Un des artisans de la victoire convaincante de Kathleen Wynne en Ontario, l'an dernier, David Herle, dit que celui qui remporte le débat n'est pas celui qui a eu toutes les bonnes réponses, mais celui qui a le plus su inspirer confiance.

Sur cette base, le défi pour le chef du Parti conservateur et premier ministre sortant Stephen Harper sera de bien expliquer ses politiques et la raison pour laquelle il demande aux Canadiens un nouveau mandat, tout en gardant la partisanerie à un minimum.

Déjà, les attaques contre ses adversaires et deux premières ministres provinciales ont été remarquées, serait-ce une distraction pour ne pas parler d'autre chose?

Pour le chef du NPD Thomas Mulcair, l'important est de retrouver cette aisance qui caractérise ses interventions à la période des questions à la Chambre des communes. Mais le débat ne sera pas qu'une période de questions, il devra aussi apporter des réponses qui feront que l'auditoire comprendra un peu mieux ce qu'est le NPD.

M. Mulcair veut aussi prouver qu'il incarne la seule alternative au gouvernement actuel.

Justin Trudeau, le chef du Parti libéral, doit lui aussi rassurer, mais rassurer à propos de sa maîtrise des enjeux. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément, disait Boileau.

Et comme les libéraux ont choisi, à l'instar des néo-démocrates, le mot « changement », Justin Trudeau doit réussir à démontrer pourquoi, par exemple, c'est son approche de l'économie qui est la bonne et non celle des autres.

Et Elizabeth May, du Parti vert, qui, le jour du déclenchement des élections, disait qu'elle voulait que les électeurs regardent son parti pour plus que sa position classique de défense de l'environnement, aura justement cette chance.

Plus d'articles

Commentaires