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Première Guerre mondiale : les Canadiens moins bien informés, dit une étude

Alors que le jour du Souvenir sera célébré partout au pays vendredi 11 novembre, une étude indique que les Canadiens ont des connaissances plus approximatives sur la Première Guerre mondiale que les populations d'autres pays ayant pris part au conflit.

Un texte de Thibault Jourdan

Seuls 66 % des Canadiens se rappellent avoir appris l'histoire du premier conflit mondial à l'école, soit bien en dessous de la moyenne de tous les pays analysés, qui s'établit à 72 %. De même, les Canadiens ont tendance à largement surestimer, avec un écart de plus de 110 000, le nombre de soldats morts. En comparaison, les Américains avaient un écart de seulement 4370 en ce qui concernait le nombre de soldats canadiens morts.


Les Canadiens sont cependant loin devant en termes de connaissances sur la bataille de Vimy, avec 61 % d'entre eux ayant entendu parler de cette bataille. La France (17 %) et la Belgique (11 %) de trouvent parmi les derniers.


L'enquête s'intéresse aussi aux actions pour conserver et perpétuer la mémoire, et, selon l'étude, seulement 5 % des Canadiens disent avoir assisté à un événement commémorant le premier conflit mondial au cours des 12 derniers mois. La moyenne de tous les pays est de 8 %.


Toujours est-il que près de la moitié des Canadiens trouvent que le pays n'en fait pas assez pour marquer le centenaire de la Première Guerre mondiale.


Des résultats pas surprenants

« Ces résultats démontrent une situation normale pour 2016, près de 100 ans après la fin de la Première Guerre mondiale », fait remarquer l'historien militaire Stéphane Guevremont.

Il souligne aussi qu'il est normal de voir un faible pourcentage de Canadiens qui disent vouloir se rendre aux commémorations de la bataille de Vimy en avril, du fait de la distance et du coût de déplacement.

Stéphane Guevremont met cependant en garde contre le fait que l'enseignement de l'histoire à l'école puisse être dilué parmi d'autres matières.

« Dans presque toutes les provinces du Canada, on a beaucoup diminué l'enseignement de l'histoire. Aujourd'hui, on fait des cours de géographie-citoyenneté-histoire intégrés à un seul cours. On a encore diminué la capacité des professeurs à enseigner de l'histoire pure », analyse l'historien militaire.

Il insiste, par conséquent, sur le rôle prépondérant qu'ont aujourd'hui les parents : « S'ils n'en parlent pas à la maison, les jeunes ne seront jamais éduqués à respecter l'histoire ou à s'y intéresser. »

En ce qui concerne les meilleures connaissances des Américains par rapport aux Canadiens en matière de victimes du conflit, il soulève que nos voisins du sud ont plus facilement accès à la mémoire, notamment à travers les films d'Hollywood. « Les gens aux États-Unis connaissent presque toutes les grandes batailles américaines parce qu'on en parle souvent et à grande échelle. Au Canada, c'est plus difficile », décrit-il.

Le conservateur du Musée militaire de Calgary, Rory Cory, explique qu'il constate déjà les effets du manque de connaissances : « Les enfants qui viennent ont des niveaux très variés, mais certains ne savent pas ce que sont ni la Première Guerre mondiale ni la Seconde Guerre mondiale. »

« Tout cela affecte l'avenir. Que va-t-on faire des musées? Que va devenir le financement des musées? Comment va-t-on entretenir les monuments? Y aura-t-il encore des gens dans 50 ans qui feront des célébrations aux monuments de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale? Peut-être que tout cela va disparaître, on ne le sait pas », s'interroge pour sa part l'historien Stéphane Guevremont.

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