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Première mésentente Trump-Poutine, aux relents de guerre froide

Dans la foulée de la consolidation de la présence américaine en Europe orientale, le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné le renforcement de la force de frappe nucléaire de son pays au cours de l'année à venir, afin de la rendre apte à percer tout bouclier antimissile. Cette décision a fait fortement réagir le président désigné des États-Unis, Donald Trump, qui a invité l'armée américaine à faire de même.

Les États-Unis et la Russie semblent ainsi s'engager dans une nouvelle phase de militarisation qui rappelle la course à l'armement de la guerre froide.

« Il faut renforcer le potentiel militaire des forces nucléaires stratégiques, avant tout à l'aide de systèmes de missiles capables de garantir le franchissement des systèmes de défense antimissile existants ou à venir », a déclaré le président russe, lors d'une réunion avec l'ensemble des responsables des armées russes.

La Russie avait déjà annoncé, en juin 2015, le déploiement de plus de 40 nouveaux missiles balistiques intercontinentaux au sein des forces nucléaires. Le président Poutine souhaitait ainsi doter son arsenal d’une force de frappe capable de « percer les systèmes de défense antiaérienne les plus sophistiqués » afin de répondre au projet américain d’installation d’armes lourdes en Europe de l’Est.

Le Kremlin s’inquiète particulièrement du déploiement par les États-Unis d’éléments permettant d’ériger un bouclier antimissile en Roumanie et en Pologne. Le président Poutine avance que le Pentagone tente ainsi de contrer la capacité de dissuasion nucléaire de la Russie.

Une « zone d'influence » convoitée

L'annexion de la Crimée par la Russie et les craintes des pays baltes face aux intentions de son imposant voisin laissent néanmoins croire que les motifs des États-Unis sont bien différents.

Il faut faire attention à n'importe quel changement dans l'équilibre des forces [...] dans le monde et surtout aux frontières russes. Et corriger à temps nos plans pour éliminer les menaces potentielles contre notre pays.

Vladimir Poutine, président de la Russie

Le dernier plan stratégique militaire russe a été élaboré en décembre 2014 et il n’évoque en aucun cas une éventuelle « attaque préventive » impliquant des ogives nucléaires. Moscou se réserve toutefois le droit de recourir à son arsenal nucléaire en cas d’agression contre son territoire, celui de ses alliés ou en cas de « menace sur l’existence même de l’État ».

Le président Poutine a accusé l’OTAN, en juin dernier, de vouloir entraîner son pays dans une course aux armements « frénétique » en rompant « l’équilibre militaire » en vigueur en Europe depuis la chute de l’URSS.

Trump renchérit

En guise de réponse à Vladimir Poutine, le président désigné Donald Trump a appelé jeudi les États-Unis « à renforcer considérablement et à développer leur capacité nucléaire » pour que le reste du monde « reprenne ses esprits » sur cette question.

M. Trump a fait ce commentaire sur Twitter, sans en dire davantage sur les politiques qu'il prévoit mettre en place ou sur les problèmes qu'il perçoit dans le monde sur cet enjeu.

L'équipe de transition de M. Trump précise sur son site web qu'il « reconnaît la menace catastrophique que posent les armes nucléaires et les cyberattaques », soulignant qu'il veut moderniser l'arsenal pour « s'assurer qu'il continue d'être une dissuasion efficace ».

La rivale démocrate de M. Trump, Hillary Clinton, a souvent répété que le candidat républicain était trop instable et trop imprévisible pour détenir les codes nucléaires.

Dix autres anciens opérateurs nucléaires avaient aussi écrit dans une lettre que M. Trump n'avait pas le tempérament, le jugement ou les habiletés diplomatiques pour éviter une guerre nucléaire.

Donald Trump passe la journée de jeudi dans le sud de la Floride, où il rencontre ses conseillers et passe en entrevue de potentiels membres de son cabinet.Il a annoncé plus tôt dans la journée que son ancienne directrice de campagne Kellyanne Conway travaillera à la Maison-Blanche, où elle sera sa conseillère présidentielle.

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