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Présence record d’Autochtones dans les pénitenciers canadiens

Les statistiques ont atteint un nouveau sommet. C'est maintenant plus du quart des détenus qui sont Autochtones dans les centres de détention fédéraux. Leur proportion n'a cessé de croître au cours des vingt dernières années.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

L'enquêteur correctionnel du Canada Howard Sapers affirme ne jamais avoir vu un chiffre aussi important au cours de ses dizaines d'années de vie professionnelle dans le milieu carcéral. Dans les pénitenciers canadiens, il y a maintenant 25,4 % des détenus qui sont Autochtones, alors qu'ils représentent moins de 5 % de la population totale du pays.

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Les statistiques sont encore plus alarmantes pour les femmes autochtones. Elles composent 36 % de la population féminine des pénitenciers.

Selon l'enquêteur correctionnel, les raisons qui expliquent cette forte représentation en milieu carcéral sont nombreuses. Howard Sapers affirme que les peines minimales obligatoires, dont la portée a été augmentée au cours des dernières années, n'y sont pas étrangères. Le gouvernement Harper a multiplié les peines minimales obligatoires pour plusieurs infractions liées notamment aux drogues, aux armes et aux sévices sexuels. « Nous avions prédit que cela aurait un impact disproportionné », affirme Howard Sapers.

Ottawa veut renverser la tendance

Dans sa lettre de mandat, la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, a justement reçu pour mission de se pencher sur les changements apportés par le précédent gouvernement sur la détermination des peines. La ministre n'a pas répondu à nos questions pour réagir à cette nouvelle statistique, mais son bureau nous a fait parvenir une déclaration par courriel.

Pour l'opposition officielle, ce n'est pas en annulant les peines minimales que l'on s'assurera d'une plus faible présence autochtone dans les pénitenciers. « Pour des crimes graves, de minimiser les peines, ce ne serait pas une solution acceptable. Je pense que ce qu'on doit faire c'est plutôt travailler à faire en sorte que nos environnements soient sains, que les gens ne prennent pas le mauvais chemin et posent des gestes positifs et non pas négatifs dans la population », explique Alain Rayes, porte-parole adjoint du Parti conservateur en matière de Sécurité publique. 

S'attaquer au problème en amont

L'enquêteur correctionnel Howard Sapers reconnaît que plusieurs efforts ont été fournis pour améliorer la réadaptation des détenus autochtones. Mais, selon lui, le milieu carcéral et le processus judiciaire ne sont pas les seules choses à évaluer pour diminuer la proportion d'Autochtones dans les pénitenciers. L'enquêteur estime que l'on ne peut pas s'intéresser au problème uniquement « en attendant que quelqu'un soit dans une salle d'audience et reçoive une sentence d'un juge ».

Le travail en amont est aussi ce que priorise Pierre Lainé qui a été consultant auprès des détenus autochtones dans les pénitenciers pendant des années. Pour lui, l'éducation, la lutte contre la pauvreté et l'intégration font partie de la solution. « Quand on arrive au pénitencier, c'est qu'il y a eu plein d'erreurs, plein de chutes de l'individu, mais aussi des gens qui l'entourent qui l'ont emmené là. Alors il faut reculer beaucoup plus loin que la courbe de justice pour voir ce qui peut être fait par les membres des communautés autochtones, par la population en général », explique-t-il. 

Pierre Lainé croit aussi que du travail d'éducation judiciaire peut être fait auprès des communautés autochtones. « Il y a plusieurs Autochtones qui portent sur eux un dossier de justice auquel il pourrait demander pardon et qu'ils ne font pas par méconnaissance », ajoute-t-il. 

Dans la déclaration envoyée par le bureau de la ministre de la Justice, on peut lire que « la ministre est consciente que l'incarcération peut être le reflet de désavantages dans les domaines de l'éducation, de l'emploi, de la santé et de la santé mentale, qui sont de nature à exiger des efforts concertés dans plusieurs secteurs, y compris la justice, afin de lutter contre cette tragédie humaine ».

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