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Prisons québécoises : les absences au travail des agents correctionnels de plus en plus coûteuses

Agent correctionnel : un métier épuisant et déprimant. Les absences y sont plus fréquentes que la moyenne de la fonction publique et de plus en plus coûteuses, indiquent des chiffres du ministère de la Sécurité publique. Les coûts de l'absentéisme ont bondi de 14,5 % en 5 ans, malgré les efforts du ministère de les contrôler.

Un texte d'Anne-Marie Provost, de Grand Montréal

Des données obtenues par Radio-Canada via la loi d'accès à l'information révèlent que les coûts ont augmenté de 1,2 million de dollars sur cinq ans et ce, malgré un taux d'absentéisme plus bas en 2015 qu'en 2010.

Si les variations dans les absences au travail expliquent une partie de la hausse des coûts, ce n'est pas le seul facteur, explique-t-on au ministère de la Sécurité publique. Le Ministère a préféré répondre à nos questions par courriel, malgré une demande d'entrevue téléphonique.

La porte-parole, Alexandra Paré, précise que les coûts de l'absentéisme sont aussi dûs à des embauches supplémentaires entre le 31 mars 2010 et 2015. L'augmentation du nombre d'effectifs a été de 15 % pendant ces cinq années. On compte maintenant 2 800 agents correctionnels au Québec.

Elle ajoute qu'il y a eu des augmentations salariales accordées aux gardiens des établissements de détention québécois durant la même période.

Un métier plus difficile que d'autres

Deux documents obtenus par une demande d'accès à l'information effectuée par Radio-Canada permettent toutefois de constater que depuis quelques années, le Ministère cherche des moyens pour réduire les absences au travail de ses employés ainsi que les coûts.

Dans le plan d'action 2011-2014 de la Direction générale des services correctionnels (DGSC) sur la santé, la sécurité et le bien-être au travail, le Ministère dresse le constat qu'il s'agit d'un secteur avec un taux d'absentéisme plus élevé que la moyenne de la fonction publique et que le bilan en la matière n'est « guère reluisant ».

Une conclusion que partage le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, Mathieu Lavoie, qui qualifie la problématique d'« assez phénoménale ».

Des coûts « faramineux »

Dans le plan d'action 2011-2014 de la DGSC, le Ministère veut mettre en place une gestion qui vise à « contrôler et à diminuer les coûts reliés aux absences en lésions professionnelles et en maladie » des agents correctionnels, mais également des autres employés et gestionnaires du milieu carcéral.

Le document adopté en mars 2011 précise que « les coûts dus à l'absentéisme liés aux lésions professionnelles sont faramineux. Les coûts de la DGSC seule (2,66 M$) dépassent ceux de l'ensemble du reste de la fonction publique (2,39 M$) ». Le document mentionne que parmi les employés de la DGSC, les agents correctionnels sont particulièrement victimes de lésions.

Le plan avait également des cibles de réduction du taux d'absentéisme sur trois ans.

Le taux des agents correctionnels a diminué de 0,3 % pendant cette période mais depuis, il connait un bond important.

Le ministère de la Sécurité publique ne veut pas, pour l'instant, se prononcer sur l'efficacité de son plan d'action. Un bilan sera réalisé cette année, indique le ministère.

Des travaux sont actuellement en cours pour l'élaboration d'un nouveau plan d'action et le ministère souligne que des actions sont entreprises pour contrer l'absentéisme.

Un projet pilote qui a échoué

Le second document que Radio-Canada a obtenu montre qu'un projet pilote mis sur pied entre 2011 et 2013 et visant à réduire les absences pour maladie des agents correctionnels a été un échec. 

Une prime d'assiduité avait été offerte aux agents pour les inciter à cumuler moins de jours d'absences en maladie, sans succès.

Au ministère de la Sécurité publique, on se contente de dire avoir « constaté que le projet-pilote n'a pas donné les résultats escomptés ».

« Cela démontre que les agents sont réellement épuisés », conclut de son côté le président du syndicat des agents correctionnels, Mathieu Lavoie.

Selon lui, il devrait y avoir plus de reconnaissance et de valorisation envers les gardiens et le Ministère devrait mieux prévenir les accidents de travail.

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