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Procès Ghomeshi : autre témoignage, autre rebondissement

À Toronto, c'est sans surprise que la défense de Jian Ghomeshi a tenté de détruire lundi la crédibilité de la troisième et dernière plaignante au procès de son client.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

L'ex-animateur vedette de CBC est accusé d'avoir agressé sexuellement trois femmes et d'avoir vaincu la résistance de l'une d'elles par l'étouffement. Les faits reprochés se seraient produits en 2002 et en 2003.

La journée a commencé par un nouveau rebondissement lorsque la défense a expliqué qu'elle avait été avertie à la dernière minute des changements que la troisième plaignante avait apportés à sa déposition initiale à la police en décembre 2014. Me Marie Henein avait même dit au juge qu'elle était « agacée » par cette façon de faire.

Rappelons que la deuxième plaignante, Lucy DeCoutere, qui est la seule que l'on puisse nommer dans ce procès, a elle aussi changé sa version des faits la semaine dernière juste avant de témoigner à la barre des témoins jeudi.

Me Henein a donc demandé à voir la Couronne et le juge à huis clos lors d'une audience en circuit fermé pour aborder la démarche des Procureurs. Avant de se retirer, la défense mentionne par ailleurs que la troisième plaignante a changé sa déposition, après avoir suivi dans les médias le début du procès contre l'avis du magistrat.

La défense a même insinué que la femme était au tribunal mardi dernier, mais elle n'a pas précisé si elle se trouvait dans le prétoire ou dans le palais de justice. Au Canada, les témoins ne sont pas autorisés à assister au témoignage des autres témoins qui sont impliqués dans le même procès.

Nouvel aveu compromettant

C'est au cours du contre-interrogatoire que Me Henein a indiqué l'endroit où la femme avait modifié sa déposition au sujet d'une relation sexuelle consentante qu'elle avait eue avec l'accusé quelques jours après l'agression dont elle dit avoir été victime. La plaignante a admis qu'elle avait omis de le dire à la police.

La femme de 45 ans se défend par ailleurs d'avoir modifié sa déposition à la dernière minute après avoir suivi le témoignage de la première plaignante dans les médias. « J'étais dans ma cuisine, lorsque j'ai entendu par inadvertance le mot courriel dans le reportage au sujet des plaidoiries. »

Dans ce reportage, la première plaignante avait avoué qu'elle avait envoyé un courriel à Jian Ghomeshi, un an après sa présumée agression à son domicile en janvier 2003 et un second courriel ainsi qu'une photo six mois plus tard.

L'agression présumée au festival

La plaignante affirme donc qu'elle a rencontré Jian Ghomeshi dans un parc lors d'un festival de danse en plein air à Toronto en juillet 2003. La danseuse originaire de Winnipeg avoue qu'elle le connaît depuis son adolescence parce qu'elle suit sa carrière dans les médias. « Il est venu mettre ses coudes sur mes épaules, derrière moi, dit-elle, au moment où je parlais à des adolescentes qui l'ont aussitôt reconnu. »

La femme explique qu'ils se sont ensuite revus quelques jours plus tard après une autre représentation et qu'ils ont été au restaurant. Elle précise qu'ils ont ensuite été se promener dans le même parc et qu'ils se sont embrassés sur un banc public. Elle ajoute qu'elle a alors senti ses dents contre son cou et qu'il lui a ensuite mis les mains autour de sa nuque avant de lui mettre la main sur la bouche.

La présumée victime reconnaît à la barre qu'elle a ensuite revu Jian Ghomeshi une autre fois au restaurant, puis dans un bar, ensuite chez elle, et dans une fête avec des amis à Toronto. Elle affirme qu'elle pensait que ce qu'elle avait vécu était un acte isolé et qu'elle le trouvait charmant, jusqu'au jour où il a dit du mal de sa colocataire. « Ce soir-là, j'ai mis fin à notre relation dans sa voiture en le traitant de malade. »

Les allusions à une possible collusion

Dans un autre rebondissement, la défense a montré, courriels à l'appui, que la plaignante avait rencontré Lucy DeCoutere avant et après avoir donné sa déposition à la police. En tout, les deux femmes s'échangeront 5000 courriels d'octobre 2014 à septembre 2015. Les messages sont loin d'être flatteurs et Me Henein s'est plue à en lire quelques-uns à la cour.

On peut y lire notamment que la plaignante appelle l'accusé « Princesse d'Arabie », qu'elle souhaite qu'il « prenne du poids », qu'il « perde ses cheveux » et qu'il « fasse pipi au lit ». D'autres messages moins puérils montrent que la troisième plaignante a dit souhaiter lui faire payer ce qu'il lui avait fait subir dans le parc ce soir-là. « Il est le temps de l'écrouer ce salaud », écrit-elle notamment à Lucy DeCoutere.

Dans un autre courriel, la comédienne de « Trailor Park Boys » suggère à la troisième plaignante de contacter son avocat et son agent de relations publiques. Les messages entre les deux femmes mettent notamment en lumière le fait qu'elles s'échangeaient des informations chaque fois que l'une ou l'autre rencontrait les Procureurs pour se tenir informées.

Un dernier témoin à charge

Après avoir brièvement réinterrogé la plaignante, la Couronne a demandé l'ajournement des audiences à mercredi au plus tôt, parce qu'elle compte appeler à la barre un quatrième témoin. On ignore l'identité et le sexe de cette personne ou encore la nature de sa relation avec l'accusé ou les trois plaignantes.

Le Procureur Callaghan précise toutefois que cette personne ne peut venir à Toronto, parce qu'elle habite à Halifax et que les avions sont cloués au sol à cause d'une tempête de neige en Nouvelle-Écosse.

La défense s'est toutefois opposée à la comparution de ce dernier témoin, en questionnant l'admissibilité de son témoignage. Le magistrat a donc donné à l'avocate de M. Ghomeshi la possibilité de présenter ses arguments mardi en attendant l'arrivée de ce témoin mystère en Ontario.

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