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Procès Tshilumba : des témoins en pleurs décrivent le meurtre de Clémence Beaulieu-Patry

Le procès pour meurtre de Randy Tshilumba a commencé de manière bouleversante vendredi, avec les témoignages de clients du supermarché Maxi qui ont assisté au meurtre de Clémence Beaulieu-Patry, une jeune vendeuse poignardée à 14 reprises, le 10 avril 2016 à Montréal. L'accusé de 21 ans l'aurait tuée après qu'elle eut refusé ses avances.

Un texte de Geneviève Garon

« J'ai entendu son dernier souffle », se souvient Pascale Nadège Joseph, la voix tremblante, les larmes roulant sur ses joues, alors qu'elle raconte nerveusement au jury les derniers instants de Clémence Beaulieu-Patry, 20 ans.

Le soir du meurtre, Mme Joseph s'était rendue dans un Maxi du quartier St-Michel pour faire des courses avec son mari et sa fillette de 4 ans. En arrivant près de la section des vêtements, elle a vu deux jeunes qui semblaient « se chamailler ». L'homme a enserré la jeune femme par-derrière et a sorti une arme longue. « J'ai cru que c'était une machette, je me suis dit ''voyons, ça ne se peut pas, on est au Maxi!'' », a raconté Pascale Nadège Joseph.

La femme se débattait et l'homme aurait fait un geste avec le couteau « du bas vers le haut ». C'est là que la jeune victime aurait poussé un soupir et l'homme l'aurait « déposée » sur le sol, selon le témoin.

« Reste avec nous autres, on est là, on est là... »

Les cris de panique de Mme Joseph ont alerté son mari, Jean Willhem Lahens, qui se trouvait dans une autre allée du magasin. Celui-ci a témoigné avoir crié « Hey le malade, qu'est-ce que tu fais? » en direction du tueur, qui serait parti en courant. M. Lahens l'a poursuivi en direction de la sortie en criant de verrouiller les portes et d'appeler la police. Le tueur aurait réussi à prendre la fuite à l'extérieur, juste avant que les portes ne se ferment.

Le témoin a craqué en racontant la suite. En pleurs, il s'est remémoré s'être agenouillé près de Clémence Beaulieu-Patry, lui avoir pris la main en lui répétant : « Reste avec nous autres, on est là, on est là... » Le sang s'écoulait de ses nombreuses plaies, et il a tenté de l'arrêter, sans succès, jusqu'à l'arrivée d'une ambulance.

Armé d'un couteau de chasse

La procureure aux poursuites criminelles et pénales, Catherine Perreault, a présenté sa version des événements aux sept hommes et cinq femmes qui composent le jury.

Randy Tshilumba et Clémence Beaulieu-Patry ont fréquenté l'école secondaire Louis Riel ensemble jusqu'en secondaire 4, mais ils se connaissaient à peine.

Trois ans plus tard, M. Tshilumba serait allé voir la victime sur son lieu de travail, au Maxi, pour lui faire des avances, qu'elle aurait refusées.

Une semaine plus tard, le 10 avril 2016, Clémence Beaulieu-Patry devait finir son quart de travail vers 20 h, mais elle a accepté de rester pour aider sa gérante. « Juste une heure de plus, mais pour Clémence une heure de trop », a relaté Me Perreault.

Ce soir-là, l'accusé serait revenu au supermarché avec un couteau de chasse dans les poches et des vêtements de rechange dans son sac à dos. Il aurait poignardé la vendeuse à 14 reprises au dos, au cou et à la poitrine.

Il se serait ensuite réfugié dans les toilettes pour femmes d'un Tim Hortons à proximité, où il serait resté caché pendant plusieurs heures. Il aurait envoyé des textos à des amis pour qu'ils viennent le chercher, avant de finalement repartir en transports en commun vers le Cégep André-Laurendeau.

Toute la journée, il aurait fait des recherches sur Internet « meurtre au supermarché », « comment se débarrasser d'une arme » ou « meurtre parfait ». L'arme du crime et ses vêtements seront trouvés plus tard dans son casier.

La poursuite entend démontrer que c'était un meurtre prémédité.

Des clients ont tenté de la sauver

Une jeune infirmière faisait son épicerie au Maxi, le soir de l'attaque. En entendant des cris, Claudelle Calvé s'est précipitée vers la victime inconsciente et a aussitôt vu une grande quantité de sang sur le sol.

Elle a raconté aux jurés avoir constaté plusieurs lacérations sur son corps, aux poignets, au cou et à la poitrine, « toutes très majeures ».

Deux personnes ont mis de la pression sur les poignets pour arrêter le sang et l'infirmière a fait un massage cardiaque jusqu'à l'arrivée des secours.

Pami ceux qui lui ont prêté main-forte, se trouvait un travailleur de la construction, Philippe Desrosiers. Après avoir entendu des « cris à glacer le sang », il a composé le 911. Il a dit avoir vu un homme à la peau noire s'enfuir en enroulant un tissu autour de ce qui semblait être un couteau.

« Je disais à la victime : ''reste avec nous, reste avec nous.'' La victime, soit qu'elle essayait de parler, soit qu'elle s'étouffait. Il y avait beaucoup de sang », a-t-il témoigné.

Malgré les soins qui ont été prodigués, M. Desrosiers a affirmé avoir rapidement compris que la jeune femme ne s'en sortirait pas.

Les meilleures amies de la victime témoignent

Deux amies de secondaire de Clémence Beaulieu-Patry ont témoigné qu'elles connaissaient seulement Randy Tshilumba de vue et que la victime n'avait aucune relation avec lui.

Myriam Ben Saïd, 21 ans, a raconté que deux semaines avant le meurtre, M. Tshilumba s'est présenté à la boutique de chaussures où elle travaillait et qu'elle ne l'a pas reconnu tout de suite. Il semblait très nerveux, tremblait, « bégayait plus que d'habitude » et transpirait beaucoup, avant de quitter les lieux rapidement.

En contre-interrogatoire, l'un des avocats de l'accusé, Philippe Larochelle, a beaucoup insisté sur le comportement du jeune homme ce jour-là. Semblait-il « perturbé », « bizarre »? « Peut-être » a répondu la jeune femme.

Randy Tshilumba, chemise bleu pâle boutonnée jusqu'au cou, est impassible dans le box des accusés pendant que les témoins défilent.

Les parents de Clémence Beaulieu-Patry sont assis dans la première rangée de la salle d'audience, visiblement bouleversés par les témoignages. Le procès doit durer cinq semaines.

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