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Projet Énergie Est : une autre tête roule à l’Office national de l’énergie

EXCLUSIF - La controverse entourant la rencontre entre des membres de l'Office national de l'énergie (ONE) et l'ex-premier ministre du Québec Jean Charest force l'organisme de réglementation à réaffecter le directeur Jean-Denis Charlebois, qui était responsable du processus d'évaluation du projet Énergie Est.

Un texte de Sylvie Fournier d'Enquête

M. Charlebois a participé en janvier 2015 à une tournée de réunions avec Jean Charest, qui était alors conseiller pour TransCanada, ainsi qu'avec d'autres organismes qui sont partie prenante au projet, dont la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l'Union des municipalités et Équiterre. L'Office a dû suspendre l'examen du projet Énergie Est à la suite de ces révélations.

Les trois commissaires qui présidaient les audiences, ainsi que le président de l'organisme, Peter Watson, se sont récusés de toute participation au processus pour en préserver l'impartialité. Deux membres du personnel ont pris part aux rencontres.

Une décision de l'ONE rendue le 9 septembre indique qu'ils n'ont « aucun pouvoir décisionnel » sur le projet Énergie Est et « qu'il est douteux que leur exclusion soit nécessaire ou appropriée ». L'Office a néanmoins décidé de réaffecter son directeur, Jean-Denis Charlebois.

Le vice-président aux communications, Tom Neufeld, est l'autre membre du personnel touché par cette décision.

Nier, puis s'excuser 

L'ONE a commencé par nier avoir discuté du projet de TransCanada lors d'une rencontre avec Jean Charest, mais a dû s'excuser lorsque les notes de cette rencontre, obtenues à la suite de demandes d'accès à l'information, sont devenues publiques. Les notes manuscrites ont été prises entre autres par Jean-Denis Charlebois. Elles révèlent que des discussions ont porté sur les résistances du public envers le projet Énergie Est, en particulier au Québec.

Les notes évoquent des stratégies possibles de communication pour mieux faire comprendre le rôle de l'Office national de l'énergie, méconnu au Québec. Mais on y aborde aussi les bénéfices éventuels pour le Québec du projet de TransCanada, en soulignant l'exemple de la catastrophe de Lac-Mégantic pour montrer l'aspect plus sécuritaire des pipelines.

Selon l'ONE, M. Charest aurait omis de dire aux participants de cette rencontre qu'il travaillait pour TransCanada.

Lors de la rencontre avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et son président, Michel Leblanc, on décrit les sables bitumineux comme étant « le diable » (the devil) dans l'esprit de bien des gens. On peut lire une référence au rejet par le président américain du projet Keystone XL de TransCanada. « Si Barack Obama n'en veut pas, pourquoi le Québec en voudrait-il? », peut-on lire. Il est beaucoup question de la confiance des Québécois envers l'organisme fédéral de réglementation.

La rencontre avec l'Union des municipalités semble avoir porté uniquement sur les procédures de l'ONE et sur la difficulté de participer au processus d'audiences avec des ressources limitées. Il n'y a aucune note sur la rencontre avec Équiterre.

Le gouvernement fédéral n'a pas encore annoncé quand reprendra le processus d'examen du projet Énergie Est de TransCanada.

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