Le nouveau maître du réseau québécois de l'éducation, Sébastien Proulx, efface le tableau de la classe désertée par son prédécesseur pour présenter son propre plan de cours. Après deux tentatives de réforme avortées, le nouveau ministre ambitionne de faire de l'éducation un projet de société.

Le ministre Proulx estime que la réforme de la gouvernance scolaire proposée par l'un de ses prédécesseurs, François Blais, diviserait les troupes et serait contre-productive pour l'atteinte de son objectif ultime : faire progresser le taux de diplomation des élèves.

Les éléments qui font consensus seront toutefois repris alors que le reste sera relégué aux oubliettes. Les élections scolaires seront ainsi maintenues et les parents commissaires obtiendront vraisemblablement le droit de vote au conseil des commissaires.

Formation et valorisation des enseignants

Formation, valorisation et encadrement des professeurs, création d'un ordre professionnel pour le corps enseignant, financement des services aux élèves aux besoins particuliers, maternelles 4 ans pour tous, le ministre de l'Éducation inscrit toutes les idées jugées pertinentes à l'atteinte de son objectif au tableau de son ministère.

Le ministre soumettra toutes ces idées à la consultation afin de vérifier la possibilité de les mettre en œuvre, mais il veut également maximiser les ressources qui sont déjà en place.

Il souhaite ainsi arrimer les services de garde au milieu de l'éducation. « Il faut qu'ils soient des lieux de préparation à la scolarisation », estime le ministre Proulx. Il précise que les services de garde devraient faire du dépistage des enfants qui présentent des symptômes de troubles d'apprentissage.

Le ministre estime qu'il faut également valoriser les enseignants et leur travail de même que leur donner les outils pour atteindre les mandats qui leur sont confiés.

M. Proulx souligne qu'il y a beaucoup plus d'élèves avec des troubles d'apprentissage ou de comportement que dans le passé. Il estime que le gouvernement doit revoir la formation des enseignants pour les outiller pour faire face à cette clientèle.

Il souhaite également leur redonner une plus grande autonomie en ce qui a trait à l'enseignement. Il souhaite faire de même avec les écoles en leur attribuant une plus grande souplesse sur le plan budgétaire afin de leur permettre de décider des ressources dont ils souhaitent se doter.

Le Québec en mode rattrapage

Le ministre estime que le Québec présente un retard en éducation par rapport aux autres provinces comparables. « L'objectif c'est de travailler à la réussite de façon à ce qu'on fasse le rattrapage face aux autres législations, aux autres nations qui, elles, ont investi temps, énergie et argent dans un plan pour la réussite et la diplomation », ajoute-t-il.

Il cite l'exemple de l'Ontario qui affiche un taux de diplomation de 85 % à l'âge de scolarisation alors que le Québec présente un taux de 77 % à l'âge de 20 ans.

Une société qui investit en éducation et qui fait de l'éducation son projet de société sera toujours une société plus prospère que celle qui ne le fait pas, qui elle s'affaiblit.

Après le projet de fusion de commissions scolaires avancé par le premier ministre de l'Éducation du gouvernement libéral de Philippe Couillard, Yves Bolduc, et la réforme de la gouvernance scolaire de son prédécesseur, François Blais, Sébastien Proulx, de son propre aveu, dispose de deux ans pour faire sa marque au ministère.

Le succès de Sébastien Proulx permettrait également au gouvernement de faire oublier les deux premières années de son mandat au cours desquelles quatre ministres se sont succédé à la tête du deuxième portefeuille du gouvernement avec des résultats plutôt mitigés.

Les syndicats de l'enseignement peu impressionnés

Le plan stratégique annoncé par le ministre Proulx est mal accueilli par le milieu syndical. Dans un communiqué publié vendredi matin, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) ne mâche pas ses mots, évoquant une « mauvaise surprise » qui distille « un fort sentiment d'improvisation ». 

« Si le ministre Proulx veut revoir la profession enseignante, un des cinq axes de son "plan", il doit en premier lieu le faire avec les enseignantes et enseignants, et en tout respect de leur opinion et de leur expertise », affirme sa présidente, Josée Scalabrini. « C'est ce respect qui est une condition essentielle pour valoriser la profession enseignante, et certainement pas un ordre professionnel imposé ».

Le plus important syndicat d'enseignants du Québec souhaite plutôt que le ministre organise « un grand rendez-vous pour faire l'état des lieux en éducation », afin « que l'on réfléchisse collectivement avec rigueur et sérieux » avant de s'engager plus à fond dans des projets comme des classes de maternelle pour les enfants de 4 ans et l'école obligatoire jusqu'à 18 ans.

« Va falloir que le ministre prenne son mal en patience pour les cinq prochaines années », a pour sa part commenté le président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), Sylvain Mallette, en rappelant que ses membres viennent tout juste de signer une nouvelle convention collective après de longues et difficiles négociations.

« On a négocié ce qu'on avait à négocier pour les cinq prochaines années, et on ne viendra pas, en faisant semblant d'invoquer une réforme, jouer dans le contrat de travail », a-t-il affirmé dans une entrevue à ICI RDI. « La solution, elle est ailleurs que dans le contrat de travail, dans la mesure où on est nous-mêmes capables d'apporter des solutions. Encore faut-il qu'il veuille nous écouter. »

Selon M. Mallette, Québec devra commencer par clarifier les ressources financières qui viendront appuyer les objectifs énoncés. « On ne peut pas réformer à nouveau sans parler de ce dont a besoin l'école publique, donc des ressources dont elle a besoin », laisse-t-il tomber.

« On nous avait promis il y a 15 ans la réforme en disant : "ça va aider les élèves en difficulté, on va dégager des sommes, on va dégager des ressources", ce qui n'est pas arrivé. Au contraire, ça a permis aux gouvernements qui se sont succédé d'imposer des compressions. »

Matière à réflexion

Le chef syndical concède que la formation des maîtres doit être revue, mais appelle le ministre à faire preuve de prudence dans son approche. Selon lui, il importe de s'assurer que les professeurs maîtrisent un contenu et non seulement des approches pédagogiques.

« Ce qu'on a fait au Québec depuis 15 ans, c'est qu'on forme d'abord des spécialistes de certaines approches pédagogiques, et on a revendiqué auprès de lui [le ministre] et de ses prédécesseurs une réforme », dit-il.

« Maintenant, il ne peut pas se servir de cette réforme-là pour dire aux profs : "maintenant qu'il n'y a plus d'orthopédagogues ou qu'il y a moins de ressources professionnelles, on va vous former pour compenser ces manques-là. Ça ne peut pas fonctionner de cette façon-là », observe-t-il. 

À l'heure actuelle, déplore-t-il, « un professeur qui détient un baccalauréat en mathématiques doit se rendre en Ontario faire un certificat de 30 crédits pour pouvoir revenir enseigner au Québec parce que les facultés universitaires ont fermé ce qu'on appelait les certificats de 30 crédits en pédagogie ».

Sylvain Mallette souligne au passage que si le ministre veut s'inspirer de l'Ontario, il doit se rappeler que cette province ne finance pas les écoles privées, contrairement à ce qui se fait au Québec. « Si le ministre veut s'inspirer de l'Ontario, il pourrait aller jusque-là », souligne-t-il.

Le président de la FAE rejette par ailleurs l'idée de créer un ordre professionnel des enseignants. « Ce n'est pas une solution. En 2002, l'Office des professions a rendu un avis dans lequel elle reconnaissait que la profession était plus encadrée que ne le sont des professions qui le sont actuellement par des ordres », note-t-il.

Il ne se montre guère impressionné non plus par l'idée de modifier la façon dont sont formées les classes. « L'ancienneté n'a rien à voir, c'est la composition des classes [qui est en cause, NDLR] : on est devant des classes où la moitié des élèves ont des plans d'intervention adaptés, et il n'y a pas de ressources, pas de soutien », dénonce-t-il.

« Moi je veux dire au ministre : il n'en veut pas de chicane dans le réseau des écoles publiques, il veut que ça fonctionne, il veut écouter les profs, bien qu'il choisisse ses batailles, parce que nous, on va l'aider à choisir ses batailles », prévient-il.

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