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PTI : pas plus d’argent dans les infrastructures montréalaises, mais davantage de travaux réalisés

La Ville de Montréal prévoit dépenser 6,383 milliards de dollars dans les infrastructures au cours des trois prochaines années, selon le programme triennal d'immobilisations (PTI) 2018-2020 présenté mercredi par la Ville de Montréal. À 3 millions près, il s'agit sensiblement du même montant que ce que prévoyait l'administration précédente.

Un texte de Jérôme Labbé

Les investissements dans les infrastructures de l’eau n’augmenteront que de 6 millions en trois ans. Alors que le PTI 2017-2019 prévoyait y consacrer 1,676 milliard, cette somme passe à 1,682 milliard dans le PTI 2018-2020.

Dans son budget de 2018, la Ville de Montréal prévoit pourtant récolter 31 millions de dollars de plus qu’en 2017 grâce à une hausse de 1,1 % de la taxe de l’eau, qui a fait passer la charge fiscale des Montréalais au-delà de l’inflation et qui a suscité la grogne de l’opposition officielle, du milieu des affaires et des villes défusionnées.

L’administration Plante-Dorais fait toutefois valoir que la réalisation des travaux augmente d’année en année. Elle explique par exemple qu’en 2017, des travaux de 337 millions de dollars ont été réalisés, alors que le PTI 2017-2019 avait prévu 483 millions pour cette année-là. Cette fois, la Ville place la barre plus haut et estime que des travaux d’au moins 450 millions seront réalisés sur des prévisions d’investissements de 537 millions.

« L'important du message qu'on livre cette année, c'est qu'il faut augmenter la cadence des travaux », a expliqué le président du comité exécutif, Benoit Dorais. « Dans les dernières années, il y a un bond en avant qui a été fait; on va poursuivre ça et on va vouloir même dépasser ça. »

Le PTI présenté mercredi indique par ailleurs que 104 millions de dollars seront consacrés à la modernisation de quatre usines de production d’eau potable de la ville, qui prendront le relais des deux usines – celle de Lachine et de Dorval – qui fermeront d’ici les 10 prochaines années, tel qu’annoncé mardi.

La réserve du Fonds de l'eau à sec

La hausse de la taxe de l’eau servira plus précisément à augmenter la réserve du Fonds de l’eau, qui a énormément diminué sous l’administration Coderre. En 2013, la réserve du Fonds de l’eau atteignait 244 millions de dollars; en 2017, elle s’élevait à seulement 52 millions.

La réserve du Fonds de l’eau sert à payer comptant les investissements en infrastructures de l’eau et à éviter à la Ville d’emprunter et d’augmenter sa dette. Toutefois, il est possible de payer comptant ces investissements autrement qu’avec un fonds dédié, convient la Ville. L’administration Coderre faisait par exemple des paiements au comptant à partir d’un fonds général et non d’un fonds dédié. Ce faisant, elle finançait le Fonds de l'eau à même l’ensemble des taxes montréalaises et les économies générés par le Plan quinquennal de la main-d'œuvre (PQMO) ou par les travaux du Service de la performance organisationnelle.

L'opposition officielle reproche notamment à l'administration Plante-Dorais d'avoir manqué d'ambition, faisant valoir que le PTI 2017-2019 prévoyait davantage en investissements pour les infrastructures de l'eau en 2018, soit 588 millions de dollars plutôt que 537.

« Pourquoi avoir augmenté la taxe de l'eau en 2018 s'ils vont réduire les objectifs?, a lancé Lionel Perez, chef par intérim d'Ensemble Montréal, lors d'un point de presse tenu en début d'après-midi. Cette question-là, ils doivent y répondre. C'est incohérent! »

M. Perez s’inquiète également de l’augmentation de la dette de la Ville, qui selon les prévision actuelles, s'élèvera à 102 % de ses revenus annuels en 2018.

« Il n'y a aucune marge de manoeuvre de leur part pour toutes leurs promesses électorales. Où elle est, la ligne rose? », a-t-il laissé tomber, rappelant que Valérie Plante avait promis une première pelletée de terre pour 2021. Or, « on sait très bien que ça ne prend pas trois ans pour développer un projet de cette envergure-là », a indiqué M. Perez, ce qui lui fait dire que la ligne rose, « c'est de la poudre aux yeux ».

Ensemble Montréal, qui a fait valoir dans les dernières semaines que le budget 2018 de la Ville de Montréal était illégal puisque le PTI n’avait pas été déposé avant le 31 décembre, a par ailleurs répété qu'il aurait été préférable de présenter conjointement les deux exercices.

De l'argent pour les routes

De manière plus générale, les deux tiers des investissements prévus de 2018 à 2020 – 65 % – seront faits dans les infrastructures routières et souterraines, soit 4,117 milliards de dollars.

Du lot, 416,9 millions de dollars seront consacrés au Programme complémentaire de planage-revêtement (PCPR), qui vise à améliorer rapidement la qualité du réseau routier. Ce programme – « présentement en révision », peut-on lire dans le PTI – a été largement dénoncé par Projet Montréal lorsqu'il était dans l'opposition, une contradiction que n'a pas manqué de soulever Lionel Perez lors de l'assemblée extraordinaire du conseil municipal, en après-midi.

Benoit Dorais, qui faisait autrefois partie de ceux qui jugeaient le PCPR comme « uniquement cosmétique », a répliqué qu'il n'avait pas le choix de poursuivre pour l'instant le programme, plusieurs contrats ayant déjà été attribués.

Le PTI confirme en outre que 95 millions de dollars seront affectés d'ici trois ans aux travaux de réhabilitation de la rue Sainte-Catherine Ouest, un projet dont l'aménagement est toutefois en révision, comme le rapportait Radio-Canada lundi.

La réfection du boulevard Pie-IX en prévision de l'arrivée du système rapide par bus (SRB) est quant à elle évaluée à 72,5 millions de dollars, tandis que celle de la rue Saint-Hubert est chiffrée à 61 millons.

De même, 13 millions ont été réservés pour la phase de planification du projet de raccordement du boulevard Cavendish. Les travaux de construction, prévus pour 2021, n'apparaissent pas encore au PTI.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine et de Julie Marceau

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