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Qu'advient-il de ces maisons des « horreurs » une fois les meurtres élucidés?

C'était une maison tout à fait normale, entourée d'arbres matures, dans un quartier résidentiel de Toronto. Une maison banale, jusqu'à ce que les enquêteurs y saisissent des bacs à fleurs qui cachaient des restes humains.

Un texte de Mathieu Simard

La propriété de la rue Mallory à Toronto aurait permis au présumé tueur en série Bruce McArthur de faire disparaître ses victimes.

Mais qu'advient-il de ces maisons des « horreurs » une fois les meurtres élucidés?

« Il n'y a aucun doute que les meurtres ou tout événement tragique ont un effet négatif sur la valeur d'une propriété », prévient le président de l'Institut canadien des évaluateurs, Keith Lancastle.

Cependant, la dépréciation varie beaucoup selon le type de maison et son emplacement. Avec les années, l'effet peut aussi s'atténuer.

Les maisons qui sont marquées par la mort reçoivent aussi souvent moins de visites et restent plus longtemps sur le marché.

Certaines communautés culturelles sont plus sensibles à la mort et refusent d'habiter dans une maison où un individu est mort.

« Parfois, seulement un décès dans la maison, même une mort naturelle, ils n'aiment pas ça », explique la courtière immobilière Sylvia Santarelli.

En 18 ans de carrière, elle a vendu quatre maisons où des événements malheureux se sont produits.

Les cas extrêmes

Dans certains cas, les crimes commis ont frappé l'imagination et ont été tellement médiatisés que les maisons ont été démolies. C'est ce qui est arrivé à la ferme du tueur en série Robert Pickton en Colombie-Britannique.

Le même sort a été réservé à la résidence où Paul Bernardo a violé et torturé deux adolescentes à St. Catharines. « Personne n'aurait acheté cette maison », croit Sylvia Santarelli, précisant que les meurtres se déroulent souvent dans les petites villes.

Le devoir des courtiers immobiliers

Les courtiers immobiliers n'ont pas l'obligation légale de divulguer un événement tragique ou des activités criminelles qui ont eu lieu dans une maison à vendre.

Ils sont cependant tenus de le faire en vertu du code d'éthique de l'Association des courtiers immobiliers de l'Ontario (OREA).

« Même s'ils n'ont pas une obligation légale, ils ont une obligation morale », explique Me Raymond Leclair, un spécialiste du droit immobilier. Les courtiers s'exposent à des amendes données par l’OREA qui peuvent atteindre plusieurs milliers de dollars s'ils cachent intentionnellement ce genre d'informations.

La courtière Monika Mérinat est au fait de ces règles de conduite dans le milieu. « Ce qu'on sait, qui est sérieux, qu'on ne révélerait pas pour pousser la vente, pourrait se retourner contre nous; donc on est tous très prudents ». Selon elle, la divulgation permet aussi d’éviter d'éventuelles poursuites de la part de clients.

Dans le cas de la maison de la rue Mallory, les propriétaires y vivent depuis 32 ans et ont exclu l'option du déménagement. Ils songent cependant à organiser des « cérémonies de purification » pour apporter « des énergies positives là où des choses tragiques ou indésirables sont arrivées ».

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