Retour

Qu’auraient changé des caméras pour le procès de Gerald Stanley?

Le procès de Gerald Stanley à Battleford s'est déroulé à l'abri du regard des caméras, à l'instar de la plupart des procès au Canada. La Couronne et la défense se sont opposées à la demande de diffusion du procès, par crainte, notamment, que le procès ne devienne un spectacle. Un avocat saskatchewanais croit toutefois que la diffusion en direct du procès aurait pu faciliter le discours public sur le verdict.

L’avocat Brian Pfefferle croit que la diffusion du procès aurait permis de réduire la circulation d'affirmations inexactes à la suite de l’annonce du verdict.

« Les caméras dans la salle d'audience peuvent permettre aux personnes qui ne peuvent pas assister aux audiences de voir les preuves, de les entendre elles-mêmes et d'être en mesure d'avoir une vision plus éclairée de la preuve », explique-t-il.

M. Pfefferle admet toutefois que les caméras dans la salle d'audience auraient pu affecter l'équité du procès. Ainsi, la diffusion des plaidoyers des avocats aurait pu influencer de futurs témoins, selon lui.

Le verdict de non-culpabilité du fermier, accusé du meurtre au deuxième degré du jeune Autochtone Colten Boushie, a créé une controverse depuis son annonce, le 9 février dernier.

Les frictions entre les Autochtones et les non-Autochtones de la province ont été mis en lumière, certains ont vu dans ce procès un cas type pour les problèmes de racisme et de justice.

Un groupe de médias, dont CBC News, avaient fait une demande pour diffuser le procès, argumentant qu’il s’agissait d’un cas d’une grande importance sociale et judiciaire.

La demande précisait que trois caméras auraient enregistré des portions spécifiques du procès. Aucun des jurés n’aurait été filmé. Le juge aurait eu à sa portée un bouton lui permettant de cesser la diffusion lorsqu’il le jugeait approprié. La demande était encouragée par la famille de Colten Boushie.

La Couronne et la défense se sont opposées à la demande, qui a été rejetée.

Risque d’un procès « spectacle », selon la défense

« La fonction de la cour est de trouver la vérité et d'enquêter, a écrit l'avocat de Gerald Stanley, Scott Spencer. En diffusant seulement certaines parties du plaidoyer, les médias ne donneront pas un aperçu de la façon dont cette fonction est accomplie. »

M. Spencer avait notamment exprimé sa crainte que le procès devienne un « spectacle ».

De fait, le procès a eu beaucoup de moments émouvants, surtout après la lecture du verdict « non coupable » de Gerald Stanley. Des personnes dans la salle ont alors crié « meurtrier » à l’acquitté. La situation était telle que l'adjoint du shérif a dû évacuer Gerald Stanley de la pièce, suivi des jurés.

Le verdict de Gerald Stanley aurait dû être disponible en temps réel, selon l’avocat ontarien Kristian Bonn, qui a écrit un blogue sur la diffusion d'un procès l'automne dernier, après qu'un juge a décidé d'autoriser des caméras à l'intérieur de la salle d'audience lors du procès pour meurtre de Travis Vader, en Alberta.

M. Bonn n’approuvait pas non plus la diffusion en direct du procès, à l'exception de l'annonce du verdict. « Un accès limité aurait été approprié pour ces types de cas qui attirent l'attention nationale », dit-il.

Le juge et l’avocat de la défense dans le cas Stanley ont soutenu que la salle d'audience était ouverte à tous ceux qui voulaient y assister en personne. Toutefois, cette présence était improbable pour la plupart des gens dus aux emplois et aux obligations familiales, sans parler de la distance géographique, a observé David Hutton, le premier chef, Journalisme et Programmation, de CBC Saskatchewan.

« Ce n'est pas le bon cas pour mettre dans une boîte de pétri à des fins expérimentales », a estimé le juge de la Cour du Banc de la Reine de la Saskatchewan, Martel Popescul, ajoutant que permettre des caméras dans la salle aurait été un pas en dehors de la norme. De fait, les caméras sont rarement admises dans les salles d’audience au Canada.

Avec les informations de Guy Quenneville, CBC News

Plus d'articles