Quelque 30 000 personnes participeront au marathon de Montréal le 20 septembre. La course à pied n'a jamais été aussi populaire, peut-être en raison du bien-être que plusieurs ressentent en courant. Une récente étude montréalaise lève le voile sur « l'euphorie du coureur », un phénomène méconnu.

Un texte de Francine Plourde de l'émission Les années lumière

L'état euphorique que connaissent les coureurs est généralement associé aux endorphines ou endomorphines. Ce sont des composés opioïdes endogènes, c'est-à-dire sécrétés par le corps, lors d'activité physique intense. Elles ressemblent aux opiacés par leur capacité analgésique et procurant une sensation de bien-être.

Mais l'étude du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM), publiée cette semaine dans la revue Cell Metabolism, indique que ce serait surtout la dopamine qui causerait cette euphorie. La dopamine est un important neurotransmetteur libéré par notre cerveau, qui intervient dans de nombreux systèmes de l'organisme. Elle est associée au plaisir et à la récompense, par exemple quand on mange quelque chose de bon, quand on fait l'amour ou que l'on consomme de la drogue.

La dopamine est aussi associée à la dépendance aux drogues et on soupçonne qu'elle joue un rôle dans le cerveau de certains coureurs qui ne peuvent plus se passer de cette activité. Ils doivent courir toujours plus pour ressentir cette euphorie au détriment parfois de leur santé et de leur vie familiale et ils deviennent anxieux ou dépressifs s'ils doivent arrêter à cause d'une blessure.

Qu'est-ce qui déclenche ou arrête la production de cette dopamine?

Les chercheurs ont découvert que c'est la leptine, une hormone sécrétée par les tissus adipeux, qui agit sur la production de dopamine. Cette hormone aide à contrôler la sensation de faim ou de satiété et influence aussi l'activité physique. Donc les signaux hormonaux qui modulent l'alimentation et l'exercice seraient en fait étroitement liés.

« Plus il y a de gras, plus il y a de leptine et moins l'envie de manger se fait sentir. Nous démontrons maintenant que cette hormone joue aussi un rôle crucial dans la motivation à courir, ce qui est d'ailleurs possiblement lié à la recherche de nourriture », explique l'auteure principale Stephanie Fulton, également professeure au Département de nutrition de l'Université de Montréal.

La leptine peut inhiber l'activité physique à travers les neurones de la dopamine dans le cerveau. En l'absence de leptine, la dopamine est produite plus librement et augmente l'euphorie du coureur.

« La [plus grande partie] de notre évolution biologique est basée sur la famine, et l'activité physique était importante pour aller chercher les aliments. Et donc la leptine, [et c'est ce que nous déduisons] avec ces études, ça peut inhiber ces activités-là qui sont importantes pour avoir accès à la nourriture », explique Mme Fulton.

Il faudra poursuivre les recherches pour mieux comprendre l'interaction entre la dopamine et les endorphines. Mais cette étude pourrait être utile pour trouver un traitement de l'anorexie. Les personnes atteintes de cette maladie font de l'exercice de manière compulsive. Elles ont aussi un taux de leptine très bas, ce qui pourrait causer cette hyperactivité.

Les conseils du kinésiologue René Duval

On le constate avec les marathons, la course à pied est très populaire. Peu coûteuse, la course est praticable à peu près n'importe où et à n'importe quel moment de la journée.

Si les bienfaits de ce sport pour le corps et l'humeur sont bien connus, il comporte certains risques, surtout des risques de blessures. Mais les tendinites, fractures de stress, fasciites plantaires et autres bobos sont évitables avec quelques précautions, nous rappelle le kinésiologue René Duval. Ses conseils :

  • ne pas courir plus de 3-4 fois par semaine;
  • suivre un bon programme d'entraînement graduel et varié;
  • porter de bonnes chaussures et faire attention aux températures extrêmes.

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