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Quand conduire après un joint? Difficile d’obtenir un conseil officiel clair

Faut-il attendre 3 heures ou 24 heures pour prendre le volant après un joint? Les scientifiques n'ont pas de réponse claire à cette question et les conseils officiels de sécurité publique laissent les consommateurs potentiels dans le flou, et ce, à moins de six mois de la légalisation du cannabis.

Un texte de Laurent Pirot

La question est pourtant cruciale, à l’heure où les lois pour lutter contre la conduite avec des facultés affaiblies par la drogue sont renforcées. Selon le projet de loi fédéral, conduire avec un taux de THC (la substance active du cannabis) supérieur à 2 nanogrammes par millilitre de sang devrait devenir une infraction criminelle.

Mais, difficile pour le simple consommateur de savoir le temps qu'il faut pour éliminer suffisamment de THC afin de repasser sous cette limite.

« La science dit qu’en général 4 à 6 heures après la consommation, quelqu’un est, en moyenne, apte à conduire », avance Jean-Sébastien Fallu, psychologue de l’Université de Montréal spécialisé dans la dépendance et la toxicomanie.

Pas de consensus scientifique

Pas si vite, répondent plusieurs autres scientifiques. Le neuropsychologue de l’Université de l’Alberta Scott Purdon, qui mène des études sur la façon dont les effets du cannabis s’estompent chez les consommateurs, juge que « les estimations de 4 heures et de 6 heures qu’on trouve dans la littérature scientifique ne sont que des opinions ».

« Il n’y a pas encore beaucoup de connaissances scientifiques », estime le Dr Purdon. Il juge que de plus amples études doivent être menées pour mieux comprendre les effets du cannabis sur l’organisme.

« La plupart des consommateurs indiquent que les effets disparaissent après 2 à 4 heures », observe Scott Purdon. « Les gens sentent que quelque chose change. Mais est-ce que le produit a été suffisamment éliminé de l'organisme pour pouvoir conduire en toute sécurité? C’est encore une question sans réponse. »

Jusqu’à 24 heures

Les gouvernements reflètent cette incertitude et offrent des conseils vagues et prudents.

« Les recherches scientifiques ne fournissent pas de balises générales sur [...] combien de temps doit s’écouler entre la consommation de cannabis et le droit de conduire », résume le ministère fédéral de la Justice sur son site Internet.

En Alberta, le conseil officiel est de « prévoir une autre façon de rentrer à la maison ». Un fonctionnaire du ministère des Transports a suggéré qu’il serait prudent d’attendre 24 heures. « Pour être sûr, c’est ce que je conseillerais », a confirmé le ministre Brian Mason.

« Il n’y a pas de bonne réponse sur ce qu’il faut dire aux gens », regrette le sergent Robert Davis, responsable de la lutte contre la conduite avec facultés affaiblies à la police d’Edmonton. Faute de certitude, il refuse de donner des conseils précis et préfère demander aux gens de ne pas conduire s’ils ont consommé du cannabis.

Variété de conseils aux États-Unis

Les États américains qui ont légalisé la consommation de cannabis font face à la même difficulté.

En Californie, les autorités ont un seul conseil à prodiguer en la matière : « On ne conduit pas avec des facultés affaiblies. » Dans le Maine, le site Internet de la sécurité routière assure que « l’incapacité à faire face à l’inattendu persiste des heures après la fin de l’effet » ressenti par les consommateurs.

L’État de Washington est plus précis. Selon sa commission des alcools et du cannabis, pour repasser sous le seuil légal de cet État (5 ng/ml), cela « peut prendre 3  heures pour certaines personnes », mais « il est moins risqué d’attendre au moins 5 heures avant de conduire ».

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