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Quand des chiropraticiens outrepassent leur champ de compétence

Une enquête de Radio-Canada/CBC révèle que des dizaines de chiropraticiens au Manitoba offrent des conseils qui sortent de leur champ de compétence, malgré le fait que ce soit contraire aux normes établies par l'Association des chiropraticiens du Manitoba, leur organisme régulateur.

Un texte de Christianne Hacault

Le Dr Henri Marcoux, chiropraticien à Winnipeg, ne se gêne pas pour dire aux gens de ne pas se faire vacciner.

« Pourquoi s’injecter une substance toxique qui contient du mercure et d’autres poisons? », a-t-il demandé dans une lettre ouverte publiée le mois dernier dans l’hebdomadaire La Liberté, en réponse à un article dans lequel le vice-président des services médicaux de l’Office régional de la santé du Sud, le Dr Denis Fortier, conseillait aux Manitobains de se faire vacciner contre la grippe.

« Ma position contre les vaccins en général, mais la grippe particulièrement, c’est une perte de temps complète, a-t-il réaffirmé en entrevue avec Radio-Canada. Je rendrais ça illégal. »

Henri Marcoux est loin d’être le seul chiropraticien à offrir des conseils qui vont à l’encontre des politiques gouvernementales en santé publique.

Radio-Canada/CBC a épluché les sites Internet et comptes Facebook professionnels de tous les chiropraticiens enregistrés au Manitoba. Environ 1 sur 10 comportait des affirmations contraires aux recommandations de Santé Canada ou qui sortaient du cadre de la pratique de la chiropractie, tel que défini par l’Association des chiropraticiens du Manitoba (ACM).

Certains chiropraticiens conseillent aux gens de cesser de prendre certains médicaments prescrits et de refuser de se faire vacciner, alors que d’autres offrent des traitements contre l’autisme, la maladie d’Alzheimer et le cancer.

Dans une lettre envoyée à ses membres, l’ACM a rappelé que l’administration de vaccins et d’immunisations ne relève pas du champ de compétence des chiropraticiens.

« Les chiropraticiens peuvent être tenus responsables des opinions qu’ils partagent avec leurs patients et le public en général, là où c’est raisonnablement prévisible que l’individu qui reçoit cette opinion pourrait s’y fier », avertit l’ACM, ajoutant que les assurances professionnelles couvrent seulement les chiropraticiens dans l’exercice de fonctions spécifiques, tel que défini par la province.

Devant les tribunaux, la formulation d’opinions professionnelles au sujet de vaccins et d’immunisations serait probablement classée comme une action qui sort du cadre de la pratique de la chiropractie.

Association des chiropraticiens du Manitoba

L’ACM a refusé la demande d’entrevue de Radio-Canada, mais dans une déclaration écrite, l’organisme promet d’examiner les résultats de notre enquête afin de « déterminer si des mesures correctives sont nécessaires ».

L’organisme ajoute qu’un examen interne a été entamé afin de « déterminer dans quelle mesure les chiropraticiens peuvent discuter avec leurs patients de vaccination et d’autres services de santé qui ne sont pas dans leur champ de compétence ».

Avec des informations de Patricia Bitu Tshikudi, Jacques Marcoux, Katie Pedersen et Katie Nicholson

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