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Quand des infirmières québécoises vont travailler en Suisse

Depuis près de 40 ans, des centaines d'infirmières québécoises ont mis le cap vers la Suisse pour exercer leur profession. Si dans ce pays d'Europe les conditions de travail semblent alléchantes, il faut dire que la gestion du système de santé est bien différente. Portrait d'une réalité qui pourrait être inspirante pour le Québec.

Un texte de Charles D'Amboise

Née à Québec, Valérie Audet-Rochon vit à Lausanne, en Suisse romande, depuis deux ans et demi. Son quotidien en tant qu’infirmière a changé du tout au tout, affirme-t-elle.

Meilleur salaire, moins de pression, peu d’heures supplémentaires : ses conditions ont non seulement changé sa vie, mais aussi sa façon de soigner ses patients.

« Je pense qu’on a à avoir un questionnement au Québec sur les conditions de travail. Les gens sous-estiment qu’une infirmière reposée, satisfaite de ses conditions, ça vaut de l’or », ajoute-t-elle.

Qui plus est, l’horaire des jeunes infirmières n’est pas déterminé selon leur ancienneté.

« On fonctionne sur des horaires rotatifs. Il y a moins d’effectifs la nuit et les week-ends […] Ça fait en sorte que lorsque tu es une jeune mère, c’est beaucoup plus évident d’avoir une vie familiale », explique-t-elle.

Moins de possibilités

Si l’herbe semble plus verte en Suisse, les infirmières ont moins de possibilités d’avancement qu'au Québec, puisque certaines fonctions, comme celle de « super infirmières », n’existent pas.

Les infirmières suisses ont aussi plus de tâches, qui sont normalement sous la responsabilité des préposées au Québec, comme la distribution des repas.

Financement

Au-delà des conditions et des tâches, ce pays d'Europe bénéficie de plus importants budgets, financés en grande partie par un régime d'assurance maladie obligatoire.

La gestion du système de santé diffère aussi des méthodes québécoises. Les politiques de santé se font par canton en Suisse, et chaque canton regroupe quelque 800 000 habitants.

« C’est une volonté de travailler sur les flux pour analyser et déterminer quelles sont les véritables situations d’engorgements », explique Patrick Genoud, directeur adjoint des soins au Centre hospitalier universitaire (CHUV) à Lausanne.

Grâce à cette gestion mieux adaptée, les gestionnaires de chaque canton peuvent mieux s’ajuster, à petite échelle, souligne M. Genoud.

Des coordonnateurs de gestion des flux, des postes occupés par des infirmières, permettent aussi d'éviter les engorgements. Ces coordonnateurs dirigent les patients vers les urgences ou vers un autre service, en fonction des ressources disponibles.

Immigration

Si des centaines de Québécoises ont quitté la Belle Province pour la Suisse, les nouvelles règles d’immigration pourraient empêcher les infirmières québécoises de s’envoler vers le pays de 8,4 millions d’habitants.

« Les nouvelles règles d’immigration freinent ce type de recrutement. Maintenant, on doit protéger nos jeunes diplômés, mentionne M. Genoud. Nous formons plus d’étudiants en soins infirmiers et ils sont prioritaires. »

Qu’à cela ne tienne, le réseau de santé en Suisse devra aussi s’adapter au vieillissement de la population. Comme le Québec, ils devront faire face aux mêmes problèmes de recrutement et revaloriser le métier d’infirmière.

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