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Quand Trump continue d'agiter le spectre de la fraude électorale

Donald Trump continue de semer le doute sur la solidité du système électoral américain. Il l'avait fait comme candidat. Installé à la Maison-Blanche, il revient à la charge et parle de fraude électorale à grande échelle. Une affirmation sans preuve, contredite par toutes les informations crédibles existantes.

Cette fraude supposée, le président élu y avait fait allusion à la fin novembre sur Twitter : « J’ai gagné le vote populaire si vous déduisez les millions de personnes qui ont voté illégalement », avait-il alors écrit.

L’affirmation avait fait sourciller à l’époque : aucun responsable de la tenue des élections n’a rapporté les signes de fraude électorale massive. Des irrégularités, oui. Quelques dizaines. Mais pas de la fraude organisée à grande échelle. Rien pour changer le résultat final.

Le dépouillement final dans tous les États confirme d’ailleurs que la démocrate Hillary Clinton a obtenu 2 864 974 voix de plus que lui.

Le républicain est président parce qu’aux États-Unis, l’issue du scrutin se décide au Collège électoral. Il a obtenu 306 de ces voix, contre seulement 232 pour son adversaire. Sa victoire est légitime.

Mais Donald Trump ne semble pas satisfait. Bien installé à la Maison-Blanche, il est revenu à la charge dans une réunion avec les leaders du Congrès. Son porte-parole, Sean Spicer, l’a confirmé : le « président croit » que des millions ont voté illégalement. « Il maintient cette croyance basée sur des études et des preuves qu’on lui a présentées », a insisté Sean Spicer.

Quelles preuves? Sean Spicer n’en a offert aucune. Le président non plus. Le porte-parole de la Maison-Blanche a mentionné la « croyance » de son patron. Or, une croyance, ce n’est pas la même chose qu’un fait.

Des études détournées

Les commentaires de Donald Trump semblent s’appuyer sur deux études portant sur le système électoral américain. Deux études dont les conclusions doivent être tordues pour soutenir la théorie de fraude électorale massive.

L’une de ces études est du Pew Research Center. Elle portait sur les problèmes avec les listes électorales. Notamment le fait que le nom de 1,8 million de citoyens décédés y soit toujours inscrit. Or les auteurs n’ont jamais soutenu que tous ces gens aient voté.

L’autre étude tentait d’estimer la quantité de « non-citoyens » (des sans-papiers) qui ont voté par le passé et leur capacité d’influencer le résultat d’une élection. Ses conclusions ont été contestées par de nombreux chercheurs, dont les responsables de la base de données qui a servi à l’étude.

Les avocats de Donald Trump ont aussi affirmé qu’il n’y avait pas eu de fraude électorale en 2016. Ils l’ont fait un mois après l’élection, devant un tribunal du Michigan.

« Toutes les preuves disponibles laissent entendre que l’élection de 2016 n’a pas été entachée par la fraude ou des erreurs », ont-ils écrit dans un document présenté lors de procédures judiciaires entourant le dépouillement judiciaire dans cet État.

Bref, le président véhicule des affirmations sans fondement, démenties à maintes reprises. Des faussetés. Son intention d’ouvrir une « enquête majeure » sur la question ne fait qu’entretenir la confusion.

Elle est peut-être là, la véritable fraude. Un président qui, de manière consciente ou non, sème le doute sur la légitimité du processus électoral. Il remet en question sa victoire et celle de l’ensemble de la classe politique.

Pour ceux qui croient cette théorie, comment alors faire confiance aux élus? Et pour ceux qui doutent de la véracité des affirmations du président et de sa Maison-Blanche, comment leur faire confiance lorsque viendra le temps de justifier des guerres ou de grandes décisions économiques?

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