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Quand une adolescente autochtone se compare aux autres

Le quotidien d'Amélia-Kariane Papatie ne se compare pas à celui des élèves de sa classe, à Val-d'Or. Sa maison, comme toutes les maisons de sa communauté, n'a pas l'eau courante. Pour l'électricité, il faut compter sur une génératrice. Bienvenue à Kitcisakik.

Un texte de Madeleine Blais-Morin

Amélia-Kariane Papatie a 16 ans. Elle tente de réaliser ce qu'une minorité de sa communauté est parvenue à faire : obtenir son diplôme d'études secondaires. « J'ai comme envie d'aller loin plus tard. »

Mais elle ne peut s'empêcher de comparer sa vie à celle des autres élèves de sa classe. Et elle ne peut retenir ses larmes. « Des fois, tu as envie de tout lâcher », dit-elle, la voix entrecoupée de sanglots.

Il est près de 17 h 30. En revenant de l'école secondaire, après une heure d'autobus, elle doit parfois aller chercher de l'eau au bloc sanitaire de Kitcisakik et la transporter à bout de bras jusqu'à chez elle.

C'est aussi là où elle doit prendre sa douche. Le bloc en compte huit. Huit douches pour environ 250 personnes. La file d'attente devient parfois inévitable.

Sa maison a été rénovée il y a quelques années. Elle est maintenant mieux isolée, mais elle est toujours privée d'eau courante et de lien avec le réseau d'électricité.

Entre deux maux, choisir le moindre

Sa mère, Brenda Papatie, explique - elle aussi les larmes aux yeux - qu'elle veut pourtant le bien de sa fille.

Les élèves de niveau secondaire de Kitcisakik peuvent soit faire le trajet matin et soir en autobus, soit habiter en foyer scolaire à Val-d'Or.

L'année dernière, Amélia-Kariane Papatie vivait en foyer. Mais ses parents ont décidé de la ramener à la maison. « Il y a eu de la consommation, elle a commencé à manquer l'école », raconte Brenda Papatie.

Un souhait, un tabou

Mère et fille ont le même souhait : un village. Un mot qui fait référence au projet de relocalisation de la communauté. Les maisons seraient alors dotées de l'eau courante et de l'électricité. Mais à Kitcisakik, le sujet a divisé. Il est devenu tabou.

Brenda Papatie préfère ne pas trop se mêler des affaires du conseil de bande, mais elle constate que les batailles internes n'en finissent plus et que le projet stagne depuis quelques années.

Un cri du cœur, mais même la chef, Adrienne Anichinapéo, semble affligée. « Qu'est-ce qu'on leur réserve à ces enfants-là, pour des chicanes d'adultes, des chicanes politiques. Un rêve qui fait en sorte que ça a beaucoup déchiré la communauté. À un point tel qu'on ne se parle plus. »

Elle ne blâme personne, surtout pas le gouvernement fédéral. « Moi j'ai des correspondances qui me disent qu'ils attendent la réponse de la communauté. [...] La réponse doit venir de nous autres. »

Québec a promis des fonds pour la rénovation de maisons. Et Ottawa a prévu dans son budget des investissements records pour les Premières Nations. Mais pour le moment, à Kitcisakik, le poids de la réalité est difficile à porter

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