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Quatre victimes de l'ex-entraîneur de ski Bertrand Charest sortent de l'ombre

Plus de 20 ans après avoir été agressées sexuellement par leur entraîneur de ski, Geneviève Simard, Gail Kelly, Anna Prchal et Amélie-Frédérique Gagnon voulaient dévoiler leur identité pour partager leur souffrance et sensibiliser le milieu sportif.

Un texte de Geneviève Garon

Les quatre femmes qui ont contribué à faire condamner Bertrand Charest ont maintenant un nom et un visage.

Geneviève Simard avait 12 ans lorsqu'elle a été agressée sexuellement pour la première fois par Bertrand Charest, dans les années 1990. Elle a déjà dormi dans un igloo lors d'un camp d'entraînement, puisqu'elle avait trop peur de passer la nuit sous le même toit que lui. En février 2015, Geneviève Simard a été la première à porter plainte contre Bertrand Charest. Lors de son témoignage au procès, l'an dernier, la skieuse, qui s'est rendue aux Jeux olympiques, avait une rage évidente contre celui qui lui a fait vivre « l'enfer ».

Amélie-Frédérique Gagnon, petite et menue, avait offert un témoignage rapide et structuré au procès. Peu de mots étaient nécessaires pour exprimer le grand drame de son adolescence : elle a dû se faire avorter, après avoir été agressée sexuellement par Bertrand Charest alors qu'elle avait entre 14 et 16 ans. Après l'avoir accompagnée à la clinique médicale, il l'avait reconduite chez elle.

Une autre ancienne skieuse de haut niveau, Gail Kelly, avait été très émotive lors de son témoignage à la Cour. Elle abordait ses problèmes de dépression après avoir été agressée sexuellement et humiliée par son entraîneur à l'adolescence. Il avait réussi à anéantir l'estime de soi de la jeune femme.

Et finalement, Anna Prchal. Elle aussi a été manipulée et agressée sexuellement par Bertrand Charest qui affirmait qu'elle avait été « l'amour de sa vie ».

Des décennies après les faits, elles traînent encore de lourdes séquelles. Dans leur déclaration assermentée déposée à la Cour, chacune écrit: « Ces agressions répétées ont eu des effets dévastateurs sur ma santé, tant physique que psychologique. J'ai vécu et je vis encore avec des sentiments de honte et de culpabilité quant aux agressions que j'ai subies. »

Assainir le milieu sportif

La juge Hélène Di Salvo de la Cour supérieure a rapidement accepté la demande des quatre femmes de lever l'ordonnance de non-publication qui empêchait de révéler leur identité.

Cet interdit avait été imposé par la Cour afin de les protéger pendant le processus judiciaire. Sauf qu'à présent, pour franchir une nouvelle étape dans le processus de guérison, elles ressentent le besoin de sortir de l'anonymat.

« C'est en partageant leur triste expérience avec le public qu'elles seront en mesure de faire progresser la cause de la prévention du harcèlement et des agressions sexuelles dans le milieu des sports et permettre d'éviter qu'il n'arrive à d'autres ce qui leur est arrivé », pouvait-on lire dans la requête des quatre victimes déposée au palais de justice de Montréal.

Les quatre femmes participeront à un point de presse lundi matin afin de prier le gouvernement de mettre en place un programme pour protéger les athlètes.

Bertrand Charest en faveur de la sensibilisation

L'ancien entraîneur de l'équipe canadienne junior, qui purge une peine de 12 ans de pénitencier, approuve la démarche des victimes et ne s'est pas opposé à leur demande.

« Si ça pouvait permettre à des victimes, dans un processus de guérison, de donner des conférences pour prévenir d'autres situations comme celles-là, il était d'accord », a expliqué son avocat Antonio Cabral, à sa sortie de la salle d'audience.

Bertrand Charest, 53 ans, a été reconnu coupable de 37 chefs d'accusation pour des crimes sexuels commis entre 1991 et 1998. Il a fait 9 victimes, âgées de 12 à 18 ans. Il a porté sa condamnation et sa peine en appel.

L'avocate qui représente les quatre femmes, Me Julie Girard, a indiqué à la Cour que d'autres victimes de Bertrand Charest pourraient également demander à être libérées de l'ordonnance de non-publication, la semaine prochaine. Douze plaignantes avaient témoigné au procès.

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