Le controversé humoriste français Dieudonné a été refoulé à la frontière canadienne mardi, alors qu'il se préparait à venir donner une série de spectacles au Québec, dont le premier devait avoir lieu ce soir. L'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) n'a pas expliqué les motifs pour lesquels l'humoriste a été renvoyé.

Un texte de Ximena Sampson

La veille, la justice française l'avait déclaré coupable de délits d'injure raciale et de provocation à la haine pour des passages de son spectacle La bête immonde. Il a été condamné à 2 mois de prison avec sursis et 15 000 $ d'amende.

L'ASFC peut interdire de territoire les personnes qui présentent un risque pour la sécurité ou qui ont commis, à l'extérieur du Canada, un acte qui constituerait un crime s'il était commis au Canada.

En janvier, Dieudonné a été interdit d'accès à Hong Kong, où il devait donner ce même spectacle. En Thaïlande, la représentation a été annulée par les autorités.

De nombreuses condamnations

L'humoriste français, qui se dit victime de persécution et d'acharnement, n'en est pas à sa première controverse.

Depuis 2006, il a été condamné à 16 reprises par la justice, notamment pour incitation à la haine, négationnisme et antisémitisme.

Au fil des ans, celui qui était considéré à ses débuts comme l'un des meilleurs humoristes français est devenu de plus en plus polémique.

« C'est un des grands artistes qu'on a connus », déclarait Gilbert Rozon, directeur du festival Juste pour rire, au micro de L'heure du monde en janvier 2014. « À cette époque-là [en 2006, lorsqu'il a été invité par le festival], il se moquait de tout. Un jour, il a basculé dans cette espèce d'obsession face aux juifs. C'est devenu obsessionnel et répétitif. Il a un seul sujet : les juifs. »

Parmi ses sous-sujets de prédilection : le rôle qu'auraient, selon lui, joué les juifs dans la traite des Noirs, la négation de la Shoah et la dénonciation du « pouvoir juif mondial ».

Lors d'un de ses spectacles, en 2008, il a notamment invité Robert Faurisson, un négationniste notoire, à monter sur scène pour recevoir « le prix de l'infréquentabilité et de l'insolence », ce qui lui a d'ailleurs valu une condamnation à 15 000 $ d'amende.

Dieudonné fait aussi parler de lui en dehors de la scène. Il a demandé à Jean-Marie Le Pen, ancien chef du Front national, d'être parrain de sa fille. Il fait également partie du Parti antisioniste, avec lequel il s'est présenté aux élections européennes de 2009 et législatives de 2012, obtenant moins de 1 % des voix.

Dieudonné, le polémiste

Dans la foulée des attentats contre Charlie Hebdo, il a été condamné à deux mois de prison pour avoir écrit sur sa page Facebook « Je me sens Charlie Coulibaly », associant ainsi le célèbre slogan au nom d'Amédy Coulibaly, qui a tué une policière et quatre otages juifs deux jours plus tard dans l'attaque contre un supermarché cacher.

Dans une autre affaire célèbre, il a été condamné pour avoir déclaré à propos d'un journaliste juif : « Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz... Dommage ».

En 2014, son spectacle Le mur a causé la controverse, au point où il a été interdit dans plusieurs villes françaises. Le maire de Bordeaux, Alain Juppé, déclarait alors : « Il ne se comporte plus simplement en humoriste, mais en véritable propagandiste de l'antisémitisme et du racisme. »

Ses partisans soutiennent qu'il ne faut pas prendre ses déclarations hors contexte, qu'il se moque de tout le monde et pas seulement des juifs. Dieudonné demeure d'ailleurs très aimé, comme le démontre l'affluence à ses spectacles. Les billets pour toutes les représentations à Montréal, Québec et Trois-Rivières avaient d'ailleurs été vendus.

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