« Les conservateurs en tête », « la chute spectaculaire du NPD », « les libéraux, vers un gouvernement minoritaire » :  voilà des titres que vous avez pu lire ces dernières semaines après la publication de sondages. Mais peut-on vraiment se fier aux enquêtes d'opinion? Et devrait-on les médiatiser au risque de tromper les électeurs?

Un texte de Mathieu Dion

Depuis le début de la campagne électorale fédérale, rien n'est joué pour les partis politiques. Les chiffres sur les intentions de vote sont certainement fort évocateurs, mais d'autres - plus importants encore - ne sont pas mentionnés, sinon que très rarement ou en lettres minuscules sous les tableaux. Il s'agit des marges d'erreur et du pourcentage d'indécis qui peuvent faire tout basculer.

Prenons quelques sondages récents, selon les informations disponibles :

  • Nanos (8 octobre 2015) : 2,8 % de marge d'erreur et 9,2 % d'indécis
  • Mainstreet (6 octobre 2015) : 1,36 % de marge d'erreur et 15 % d'indécis
  • Ekos (6 octobre 2015) : 2,4 % de marge d'erreur, 7,7 % d'indécis et 11 % de réponses non valides

Avec les résultats serrés dans la présente campagne, les marges d'erreur peuvent alors peser très lourd. Quant aux indécis, si les sondeurs les répartissent dans leurs résultats, ils demeurent tout de même susceptibles de voter plus massivement pour un parti ou un autre.

Quand la médiatisation des sondages dérape : le cas albertain

L'élection provinciale de 2012 en Alberta a offert aux électeurs une course spectaculaire entre le Parti progressiste-conservateur et le Wildrose, un parti encore plus à droite. Ce dernier avait le vent dans les voiles dans les sondages. Pour la première fois en plus de 40 ans, un nouveau parti allait prendre le pouvoir dans la province. 

Dans les derniers jours de la campagne, la vague semblait se concrétiser. Le Wildrose demeurait toujours en tête avec, selon certains sondages, la promesse d'un mandat majoritaire.

Mais le soir de l'élection, rien de tout cela n'est arrivé. Le Parti progressiste-conservateur est revenu au pouvoir avec une importante majorité.

Que s'est-il passé? Le Wildrose a été frappé par des controverses pendant les derniers jours de la campagne et les conséquences de celles-ci n'ont pu être évaluées par les sondeurs. Toutefois, lorsque nous regardons les sondages de plus près, à quelques jours du vote, certaines enquêtes d'opinion crédibles faisaient état de marges d'erreur de 2 à 3 % et d'indécis de 10 à 24 %. En analysant les trois grands quotidiens albertains, on constate que ces données n'ont été que très rarement évoquées dans les articles et éditoriaux.

Impossible de savoir réellement dans quelle mesure le vote stratégique a pu influencer le résultat de l'élection. Le nombre d'indécis a été très significatif tout au long de la campagne. Il s'agit là d'une masse critique d'électeurs qui ont pu faire toute la différence.

Il semble toutefois clair que la médiatisation des sondages a mené à une course folle entre le Parti progressiste-conservateur et le Wildrose et généré de nombreuses attentes quant aux possibilités du Wildrose de l'emporter. Or, comment les médias pouvaient-ils soutenir une telle frénésie avec un nombre si élevé d'indécis?

Certes, plusieurs médias ont rapporté combien l'élection demeurait volatile, mais ils n'ont pas suffisamment insisté sur l'ampleur du phénomène. Résultat : des électeurs ont pu, par exemple, être incités à tort à voter stratégiquement.

Autrement dit, soyez prudents!

Les médias ont la responsabilité de donner aux électeurs l'information la plus authentique, juste et équitable qui soit. À priori, l'influence des sondages peut sembler somme toute raisonnable, car les électeurs sont libres de penser et d'utiliser cette information pour exercer leur droit de vote.

Mais à savoir s'ils ont la bonne information lorsque les sondages sont médiatisés, c'est-à-dire une information authentique, juste et équitable pour bien en saisir leur sens et leur contexte, la réponse est non.

En faisant fi de données importantes comme les marges d'erreur et le pourcentage des indécis comme le font plusieurs médias dans la présente campagne, les électeurs voteront le 19 octobre avec une information incomplète.

Mathieu Dion est journaliste à Radio-Canada et l'auteur d'un mémoire de maîtrise sur la médiatisation des sondages lors de la campagne électorale provinciale albertaine de 2012.

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