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Québec Cinéma se donne du temps pour décider du sort des prix Jutra

Québec Cinéma se donne le temps d'étudier les allégations contenues dans la biographie de Claude Jutra avant de prendre une décision sur l'avenir de La soirée des Jutra.

L'organisme qui chapeaute la cérémonie de remise des prix du cinéma québécois a annoncé lundi avoir mandaté un « conseil de sages », qui étudiera le dossier et qui formulera des recommandations à son conseil d'administration.

En entrevue sur les ondes de RDI, Ségolène Roederer, directrice de Québec Cinéma, a soutenu ne pas détenir encore suffisamment de renseignements pour prendre une décision.

« C'est très difficile de réagir à un livre, à des pages qui ne sont pas encore sorties. Ce sont des allégations évidemment très dangereuses et graves que nous prenons avec beaucoup de sérieux, mais nous avons besoin de plus d'informations pour savoir de quoi il s'agit. »

À un mois de la présentation de La soirée des Jutra, animée par Pénélope McQuade et Stéphane Bellavance, Québec Cinéma devra rapidement prendre une décision.

« [La soirée des Jutra] est quelque chose dont il faut être fier. C'est ça, la mission de Québec Cinéma. Je ne peux pas vous dire aujourd'hui la décision qui sera prise. »

Même son de cloche du côté de la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Hélène David, qui prône la prudence dans cette délicate affaire et qui soutient qu'il est encore trop tôt pour débaptiser La soirée des Jutra.

La soirée des Jutra se tient depuis 1999. À cette époque, un regroupement de producteurs, sous l'initiative de Roger Frappier, avait créé le prix Jutra pour protester contre la faible représentation du cinéma québécois au gala canadien des prix Génies.

« L'origine et la raison d'être des Jutra visent à récompenser l'excellence des artistes et des artisans de notre cinéma et, à ce chapitre, notre équipe continuera de valoriser cette mission. La reconnaissance de l'œuvre exceptionnelle de Claude Jutra reste aussi fondée aujourd'hui qu'hier », peut-on lire dans le communiqué envoyé par Québec Cinéma.

La controverse entourant Claude Jutra, un pilier du cinéma québécois, est survenue à la suite de la publication d'une biographie du défunt cinéaste évoquant, en quelques pages, ses relations avec « les jeunes garçons ».

L'auteur de cette biographie, Yves Lever, critique et professeur de cinéma à la retraite, a affirmé en entrevue à ICI Radio-Canada Première que le cinéaste « aimait surtout les garçons de 14 ou de 15 ans et même plus jeunes ».

Voici un extrait de livre : « Si certains de ses amis pensent que ses pratiques pédophiles sont surtout platoniques, de nombreux témoignages révèlent que ce n'est pas le cas. Évidemment, personne ne peut savoir combien d'adolescents ont été victimes de ses passages à l'acte. Personne n'a jamais porté plainte auprès des autorités. »

Réalisateur, scénariste et acteur, Claude Jutra a signé deux des films les plus marquants de la cinématographie québécoise, À tout prendre, en 1963, et Mon oncle Antoine, en 1970. Ce film est régulièrement considéré comme le plus grand film canadien. Atteint de la maladie d'Alzheimer, Claude Jutra s'est enlevé la vie en 1986.

La Guilde canadienne des réalisateurs a créé en 1993 le prix Claude-Jutra, qui est remis annuellement lors des prix Écrans canadiens à un réalisateur ou à une réalisatrice qui signe une première oeuvre.

L'Office national du film a lancé en 2002 Claude Jutra, portrait sur film, un documentaire signé Paule Baillargeon. En entrevue lundi, elle a révélé que les allégations contenues dans la biographie d'Yves Lever étaient connues dans le milieu du cinéma.

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