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Québec d'accord pour que Waukesha puise son eau dans le lac Michigan

Le gouvernement Couillard n'entend pas monter aux barricades pour contester la permission accordée à la municipalité américaine de Waukesha, au Wisconsin, de puiser son eau potable dans le lac Michigan.

Commentant le dossier à son arrivée au Conseil des ministres, le ministre québécois de l'Environnement, David Heurtel, a soutenu qu'il s'agissait là d'un cas « exceptionnel », soumis à des conditions « très importantes ».

Il ne partage donc pas les préoccupations des 120 municipalités membres de l'Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent, qui se disent « profondément déçues » de cette décision, qui constitue selon elles un « dangereux précédent ».

Depuis plusieurs années, seules les villes faisant partie du bassin versant des Grands Lacs pouvaient puiser de l'eau dans l'un ou l'autre de ces lacs. Waukesha, située à 24 kilomètres du lac Michigan, ne fait cependant pas partie de ce territoire.

La municipalité de 70 000 habitants veut avoir accès à l'eau du lac Michigan parce que ses propres sources d'eau potable s'épuisent et que cette eau est contaminée au radium, un métal cancérogène. Elle a plaidé à l'appui de sa requête qu'elle se trouvait dans un comté chevauchant le bassin hydrographique des Grands Lacs.

« Oui, faut faire attention en termes de précédent, s'assurer que ça n'ouvre pas une brèche pour des utilisations commerciales, ou pour envoyer de l'eau je ne sais pas trop où ailleurs en Amérique du Nord », a reconnu le ministre Heurtel. « Mais on parle d'un cas exceptionnel. »

« Imaginez si c'était une ville ici au Québec? » - David Heurtel

« C'est une ville qui est à peine à l'extérieur de la zone où c'est permis de puiser de l'eau », a-t-il ajouté. « Imaginez si c'était une ville ici au Québec, qui a sa source d'eau potable contaminée et qui doit trouver une alternative. Qu'est-ce qu'on ferait? On dirait "non, vous ne pouvez plus avoir d'eau"? »

Selon le ministre Heurtel, la proposition initiale de Waukesha avait été rejetée par le Québec, l'Ontario et certains des huit États américains qui font partie du Conseil des ressources en eau des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent.

La proposition a ensuite été amendée à la satisfaction du gouvernement du Québec. Ce dernier n'avait cependant pas voix au chapitre dans la décision finale qui a été prise par les huit États américains concernés.

« Il y a des conditions très importantes qui ont été imposées à la ville de Waukesha, a-t-il affirmé. Il y a aussi la zone qui a été réduite, la zone initiale où elle allait puiser l'eau. [...] Les rejets, les eaux usées, vont être traités. »

« Il va y avoir des conditions de suivi, de surveillance de l'application des conditions. Et l'eau usée traitée va être rejetée dans les Grands Lacs, dans le lac Michigan en particulier », a encore dit le ministre québécois de l'Environnement.

« Dans ce cas-là, bien exceptionnel, le Québec peut dire oui à cette proposition », qui constitue « la meilleure solution dans les circonstances », selon lui.

Le précédent qui dérange

Réagissant à la nouvelle mardi après-midi, l'Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent n'avait pas caché sa vive déception. Les modifications apportées au projet initial ne modifient pas sa position, selon laquelle la décision « crée un dangereux précédent, ouvrant la porte à plusieurs villes du bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent qui peuvent maintenant se qualifier pour de l'eau. »

Le président de l'Alliance, le maire de Montréal, Denis Coderre, a lui-même qualifié la décision d'« inacceptable ». Il entend d'ailleurs discuter de cette question « hautement politique » avec les gouvernements du Québec et du Canada.

« Quand on commence à jouer dans les Grands Lacs, ça se rend au fleuve [Saint-Laurent]. [...] Il faut être extrêmement prudent. Beaucoup d'Américains aiment bien notre eau. C'est l'avenir... Quand il commence à y avoir une "craque" dans un barrage, l'eau passe à travers », a-t-il commenté.

Interrogé à ce sujet, le ministre Heurtel a tenté de minimiser cette divergence de vues. « Moi, ce que j'ai compris, c'est qu'il est inquiet que ce soit un précédent. [...] Moi, ce que je dis, c'est que c'est une exception », a-t-il réitéré.

« Je crois que la préoccupation de M. Coderre - et je la partage, le gouvernement du Québec la partage - c'est qu'il faut faire très attention à l'eau des Grands Lacs », a-t-il poursuivi, avant de faire valoir qu'il importe de « limiter ce qui a été décidé hier au cas bien précis de Waukesha. »

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