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Québec défend le retrait de la poursuite contre Air Canada

Malgré les protestations des partis d'opposition, le premier ministre Philippe Couillard défend son intention de se désister de la poursuite intentée contre Air Canada au sujet d'Aveos si le transporteur achète des appareils C Series de Bombardier et met sur pied un centre d'entretien lourd pour ses appareils au Québec.

« La seule façon de conserver les emplois de l'aéronautique à Montréal, de faire croître l'industrie aéronautique à Montréal, c'est de confirmer les commandes pour la Série C », a-t-il soutenu mardi. « Maintenant, notre recours juridique n'est pas levé encore. On doit avoir confirmation sur le centre d'entretien ou d'excellence des Série C. »

Pressé de questions par les journalistes, le premier ministre a réitéré son argument voulant que « les recours juridiques ne créent pas d'emplois ».

« C'est une illusion presque cruelle de laisser penser aux gens qui auparavant travaillaient chez Aveos que si le recours juridique, éventuellement, allait dans la direction souhaitée, qu'ils retrouveraient leur emploi. Ce n'est tout simplement pas comme ça que ça arriverait », a-t-il fait valoir.

Le premier ministre a prévenu par ailleurs que son gouvernement n'avait pas le pouvoir d'exiger le nombre d'employés à embaucher pour les besoins d'entretien des avions Bombardier.

Un « marché de dupes », dénonce Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, soutient pour sa part que le gouvernement Couillard est en voie de conclure un « marché de dupes » dans ce dossier, et que cette décision serait « lourde de conséquences ».

À l'heure actuelle, le seul entretien lourd effectué sur des appareils d'Air Canada au Québec concerne 45 avions Embraer, a souligné M. Legault. Cet entretien s'effectue chez Premier Aviation, à Trois-Rivières, qui emploie 200 personnes.

Or, selon lui, les 45 appareils C Series qu'Air Canada pense acheter remplaceraient précisément les Embraer. Il estime donc que le Québec ne gagne rien en matière d'emploi avec cet échange.

Le chef de la CAQ affirme en outre avoir appris que la compagnie Lufthansa Technik souhaite également ouvrir un centre d'entretien lourd pour les appareils C Series à Hambourg, en Allemagne, où elle est basée. Il dit avoir été informé de cette volonté lors d'une visite dans les locaux de l'entreprise l'an dernier.

« Quand on tient compte du fait que les 200 emplois sur les Embraer vont être transférés par 200 emplois sur la Série C, et qu'il n'y aucune garantie que les autres emplois seront créés, ça veut dire dans le fond qu'on échange 1800 emplois de qualité contre du vent, contre des emplois hypothétiques », a-t-il affirmé.

Empêcher Ottawa de modifier la loi sur Air Canada

M. Legault a par ailleurs annoncé le dépôt cet après-midi d'une motion pour demander à Ottawa de ne pas modifier la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada. C'est cette loi, adoptée en 1988, qui stipule que l'entretien lourd des appareils du transporteur doit s'effectuer au Québec.

« Pour que la poursuite du Québec fonctionne, il faut évidemment que la loi d'Air Canada à Ottawa ne soit pas modifiée », a soutenu le chef de la CAQ. « On doit protéger les obligations d'avoir un centre d'entretien pour les avions d'Air Canada. »

« On a vu la semaine passée que Philippe Couillard s'est fait rouler dans la farine », a conclu M. Legault. « J'espère qu'aujourd'hui il ne va pas s'écraser comme un crêpe face au fédéral. Il faut qu'il se tienne debout pour être capable de défendre notre dossier. »

Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau a aussi critiqué une fois de plus les intentions du gouvernement, prêt à « abandonner » une poursuite en échange des « vagues promesses » d'Air Canada.

« Comment pouvons-nous véritablement faire confiance à une compagnie qui n'a même pas appliqué la loi? » a-t-il lancé.

M. Péladeau déplore aussi la volonté du ministre Garneau de modifier la loi d'Air Canada. « On changerait la loi pourquoi? Pour faire en sorte dans le fond que ce qui était illégal devienne légal? Il semble que ça soit ça le stratagème », a-t-il dénoncé.

Amir Khadir dénonce « du chantage »

Enfin, Québec solidaire, par la voie du député de Mercier Amir Khadir, a demandé au gouvernement du Québec de poursuivre les procédures judiciaires contre Air Canada. De ne pas le faire risquerait de créer un « dangereux précédent », dit M. Khadir, puisque cela pourrait envoyer « le message aux entreprises qu'il n'y a aucune conséquence si elles ne respectent pas leurs obligations envers le gouvernement du Québec et sa population ».

« Pourquoi se mettent-ils tous contre nous? » - Jean Poirier

L'ancien représentant du syndicat des employés d'Aveos, Jean Poirier, compte se rendre à l'Assemblée nationale, à Québec, mercredi, avec un petit groupe d'ex-employés d'Aveos. Son but? Demander aux partis d'opposition de concentrer leurs efforts sur un seul dossier : « la perte d'emplois au Québec, de 2000 jobs », dit-il.

En entrevue sur les ondes d'ICI RDI, mardi matin, M. Poirier a expliqué qu'une association regroupant d'anciens employés d'Aveos vient tout juste d'être créée pour poursuivre la bataille au plan juridique. Cette association n'exclut pas d'intenter un recours collectif. 

M. Poirier dénonce aussi le fait que la mairie de Montréal, le gouvernement de Philippe Couillard et le gouvernement fédéral misent autant sur l'existence d'un éventuel centre d'excellence qu'instaurerait Air Canada au Québec. Ce ne sont pas, dit-il, « des emplois qui vont arriver ». Jean Poirier s'insurge de la prise de position « hors-la-loi » de ces trois paliers de gouvernement : « Pourquoi se mettent-ils tous contre nous autres? » demande-t-il.

Enfin, M.Poirier considère que le maire de Montréal, Denis Coderre, vient « de rejoindre le club de ses anciens amis libéraux, tant fédéraux que provinciaux ». Il affirme qu'auparavant, il s'entendait avec M. Coderre sur le fait qu'il faille ramener à Montréal « le centre de révision, les emplois et les 403 avions qui sont à l'extérieur ». Or, à son avis, le maire a changé de discours. « Écoutez-moi, je n'attends plus après M. Coderre », de conclure Jean Poirier.

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