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Québec et les ordres professionnels veulent mieux reconnaître les diplômes des professionnels immigrants

Qu'ils soient dentistes, infirmiers ou psychologues de formation, les travailleurs immigrants auront accès à un guichet unique afin de faciliter la reconnaissance de leurs compétences, a annoncé jeudi le gouvernement Couillard.

En ce moment, obtenir un permis d’exercice semble inaccessible pour Rafael Tinoco, dentiste et chirurgien maxillo-facial venu de Colombie.

« Parfois je regrette d'être venu », dit celui qui a échoué à trois reprises les examens d'équivalence pour devenir dentiste, malgré des mois d'études et de préparation. « Je pense qu’il y a une barrière qui nous empêche de réussir. »

Il n’est pas le seul.

Au Québec, l'écart entre le nombre de demandeurs d'une reconnaissance d'équivalence et le nombre de personnes qui obtiennent un permis d'exercice est estimé à 45 %, selon les données du ministère de la Justice.

« On ne peut pas se permettre de laisser des talents de côté, a déclaré le premier ministre Philippe Couillard, au terme d’une grande rencontre avec cinq de ses ministres et les représentants de 46 ordres professionnels. C'est un enjeu de la plus haute importance pour le Québec. »

Pour faciliter la reconnaissance des compétences acquises à l’étranger, ils ont convenu ensemble de créer un guichet unique pour mieux guider les candidats dans leurs démarches, mais aussi d’identifier les emplois de transition qui permettront aux demandeurs d’équivalence de maintenir leurs connaissances.

Le gouvernement Couillard et les ordres professionnels s’entendent aussi pour renforcer la francisation technique et l’accompagnement académique; partager les meilleures pratiques dans l'évaluation des demandes d'admission ainsi que sensibiliser les employeurs pour améliorer leur appréciation des candidatures de personnes immigrantes.

« Aujourd'hui, c'est un premier pas qui est non négligeable, a indiqué la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. C'est la première fois qu'on avait autour d'une même table tous les acteurs qui ont un rôle à jouer dans la reconnaissance des compétences des professionnels. »

Le même défi, 10 ans plus tard

Dix ans après l’accord qu’avait passé le premier ministre Jean Charest avec la France, l’enjeu est toujours aussi brûlant.

« Il faut mettre en place une planification des besoins de main-d'oeuvre en lien avec les besoins des régions et des domaines de soins, et ce, où les besoins des patients sont les plus criants », a soulevé la présidente de l'Ordre des infirmières (OIIQ), Lucie Tremblay.

L’intégration de infirmières formées hors Canada est devenu aussi plus difficile, passant de 95 % en 2011-2012 à 65 % en 2015-2016, souligne l’ordre professionnel dans un communiqué.

« Plus de 1000 d'entre elles sont en attente de places pour réaliser leur programme d'intégration professionnelle, alors que le réseau de la santé a des besoins urgents en matière de main-d'oeuvre, a ajouté Lucie Tremblay.

Psychologue formée au Brésil, Alyne Barbesa vit les mêmes écueils. Elle doit faire un stage pour obtenir son équivalence, mais elle a frappé à de nombreuses portes, en vain.

« C'est comme si le système est un peu bondé. Il n'y a pas de place pour tout le monde », observe Alyne Barbesa.

En attendant des mesures concrètes, elle et Rafael Tinoco poursuivent leurs cours de francisation tout en s'accrochant à l'espoir d'exercer un jour leur métier en sol québécois.

– Avec les informations d'Annie Hudeau-Friceau

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