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Québec « mal à l'aise » avec la fermeture de la banque de données de l'Institut de la statistique

Le ministère des Finances désapprouve la décision de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) de fermer le site web hébergeant la Banque de données des statistiques officielles sur le Québec (BDSO) et tente de « trouver des solutions ».

Quelques heures après l'annonce de la fermeture du site de la BDSO, le porte-parole du ministre des Finances, Dominic Cormier, a assuré que le ministère avait discuté avec l'Institut de la statistique du Québec, et qu'il y aura une rencontre dès demain matin avec les gestionnaires de l'ISQ pour trouver des solutions afin d'assurer un financement à long terme de la BDSO.

Les 28 organismes et ministères dont les données sont publiées par l'ISQ seront appelés à contribuer davantage financièrement pour maintenir les opérations de la Banque.

Pour justifier cette disparition, l'ISQ invoque les contraintes budgétaires imposées par Québec. « C'est une décision qu'on a dû prendre, compte tenu de notre situation financière. Comme beaucoup d'organismes en ce moment, on doit faire des choix difficiles », dit Patricia Caris, directrice générale adjointe aux statistiques et à l'analyse sociales de l'ISQ. Elle dit que l'ISQ a choisi de fermer le site, plutôt que de réduire la qualité de la production de statistiques. 

Au cabinet du ministre des Finances, on assure que bien que tous les organismes gouvernementaux doivent collaborer pour arriver à l'équilibre budgétaire, l'ISQ peut arriver à boucler son budget annuel autrement qu'en coupant la BDSO.

Selon Dominic Cormier, il en coûterait un million de dollars annuellement pour organiser la BDSO et la garder en ligne.

Patricia Caris affirme que l'ISQ a tout fait pour ne pas avoir à prendre cette décision. « Depuis le début, l'ISQ payait tout. Nous avons cherché à partager les coûts entre les ministères et les organismes. Mais ils ont, eux aussi, des contraintes financières. Ils n'ont pas pu répondre à nos demandes. »

Elle se dit tout de même « rassurée » de voir que le gouvernement et les citoyens s'inquiètent de la disparition de ce service.

Une banque de données très consultée

La BDSO, utilisée autant par des chercheurs que par des membres du gouvernement et des journalistes, fournit des renseignements statistiques issus de la collaboration de ministères et organismes publics, comme Revenu Québec, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), etc.

Sous la coordination de l'ISQ, ces données sont regroupées et formatées, puis diffusées en un guichet unique sur le site Internet de la BDSO.

Ce matériel fournit un portrait statistique du Québec détaillé et varié comprenant :

  • des données démographiques;
  • des indicateurs économiques;
  • des indicateurs environnementaux;
  • des statistiques en culture et en communications.

L'ISQ laisse savoir que des informations statistiques à jour seront toujours disponibles sur le site web de l'Institut, mais précise qu'il faudra aussi s'adresser directement aux différents ministères et organismes québécois, selon les cas. « La fermeture du site ne compromet pas la production des statistiques. Ça les rend moins facilement accessibles », précise Patricia Caris.

Le rôle de guichet unique de l'Institut est donc perdu, et l'on peut craindre que l'information devienne difficilement accessible dans l'éventualité où les ministères ne disposeraient pas de ressources supplémentaires afin de préparer les données pour le public. 

Rien n'indique que les données fournies par les ministères et organismes seront centralisées et accessibles sur le site de données en ligne donnees.gouv.qc.ca, créé par le gouvernement du Québec en 2012. Celui-ci s'était alors engagé à devenir un gouvernement ouvert en « encourageant davantage la transparence, la participation des citoyens et la collaboration entre les acteurs gouvernementaux ».

Une décision qui va à l'encontre de la mission de l'Institut de la statistique du Québec

Dans la déclaration de services aux citoyens de l'Institut, la mission de l'organisme se définit comme suit :

« L'Institut de la statistique du Québec a pour mission de fournir des informations statistiques qui soient fiables et objectives sur la situation du Québec quant à tous les aspects de la société québécoise pour lesquels de telles informations sont pertinentes. L'Institut est responsable de la réalisation de toutes les enquêtes statistiques d'intérêt général. »

Un outil « indispensable tant pour la recherche que pour les citoyens »

Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l'Institut de recherches et d'informations socio-économiques (IRIS), a déploré la perte de cette banque de données, qu'elle juge essentielle autant pour les chercheurs que pour les citoyens.

Le fait que les données soient centralisées et traitées de la même manière est aussi important que d'y avoir accès, a-t-elle soutenu en entrevue à l'émission Pas de midi sans info, sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première.

Elle explique que les chercheurs veulent parfois obtenir des données très précises, mais rencontrent en cours de travail d'autres informations dans la Banque de données. La recherche est ainsi enrichie par le croisement dynamique des données.

La FPJQ dénonce la fermeture de la banque de données

La présidente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Lise Millette, a réagi en traçant un parallèle avec la décision du gouvernement fédéral de ne pas obliger les répondants du recensement à remplir le formulaire long de Statistique Canada.

Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) a indiqué dans un communiqué que « l'argument budgétaire prend le pas sur tout ». Le président du SPGQ, Richard Perron, craint d'ailleurs que ces compressions ne soient que le début pour l'ISQ et que les ministères et organismes risquent de devoir se tourner davantage vers les firmes privées pour la production de statistiques. 

« Nous pourrions perdre aussi des données importantes pour la prise de décision quant aux programmes à améliorer ou à mettre en place afin de modifier des habitudes de vie et réduire des comportements à risque », dit-il.

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