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Québec « règle ses comptes » avec les omnipraticiens pour près de 1,6 G$

Le gouvernement de Philippe Couillard accorde une augmentation moyenne de 1,8 % par année aux médecins omnipraticiens en vertu d'une entente dont le président du Conseil du Trésor, Pierre Moreau, a révélé les grandes lignes vendredi. Au total, Québec versera aux alentours de 1,6 milliard de dollars aux médecins généralistes, d'ici 2023.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

L'entente est complexe, au point où le Conseil du Trésor a par deux fois procédé à des rectifications à la hausse de ses chiffres en cours d'après-midi, vendredi.

Elle prévaut pour la période allant du 1er avril 2015 au 31 mars 2023. Et 96 % des membres de la FMOQ l'ont entérinée, avec un taux de participation de 60 %.

Au terme de ces huit années, c'est approximativement 1,6 milliard de dollars que versera le gouvernement de Philippe Couillard aux 9500 omnipraticiens de la province. L'enveloppe remise aux médecins généralistes comporte des augmentations récurrentes de leur rémunération et, en plus, 500 millions en arrérages et 135 millions de dollars qualifiés de « forfaitaires ».

Les augmentations de rémunération seront en moyenne de 1,8 % par année, soit à peu près l'équivalent de ce qui a été consenti au Front commun intersyndical pour la même période, affirme le ministre Moreau.

De ces augmentations, seule une fraction constitue du financement additionnel. Le reste était déjà dû aux médecins généralistes en vertu d'ententes passées qui prévoyaient d'étaler dans le temps les émoluments.

En clair, les omnipraticiens recevront au moins 4400 $ imposables d'augmentation par an. En 2016, un médecin généraliste gagnait en moyenne 245 000 $ par an. En vertu de cette entente, sa rémunération sera de 280 000 $ en 2023.

Une décennie d'arriérés accumulés

Ce n'est pas tout : l'entente prévoit que le gouvernement Couillard versera de manière non récurrente aux généralistes 635 millions de dollars, une somme englobant notamment des arriérés accumulés depuis 2007.

Québec réglera ces arrérages en deux temps, une première tranche de 135 millions de dollars – imposables – devant être remise aux médecins d'ici deux ans et un demi-milliard d'ici 2023, selon des modalités qui restent à déterminer.

Enfin, l'entente laisse la part du lion au financement des soins à proprement parler, se réjouit Pierre Moreau.

Rattraper l'écart avec le reste du pays

« Il y a 10 ans passés, quand on négociait, les médecins québécois étaient au bas de l'échelle de rémunération de tous les médecins omnipraticiens au Canada, a rappelé Pierre Moreau. « Et la Loi canadienne sur la santé oblige les provinces à consentir aux médecins une rémunération qui soit concurrentielle. »

Selon Pierre Moreau, cette entente d'« une durée remarquable » permet aux généralistes québécois de rattraper l'écart de salaire qui les séparait de leurs collègues ontariens.

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Louis Godin, estime au contraire qu'un écart « encore significatif » de 15 à 20 % subsiste.

Les parties se sont entendues pour confier à un tiers indépendant, soit l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), le soin de mener une étude sur la question. Cependant, les conclusions auxquelles parviendra l'ICIS ne lieront pas le gouvernement. Il reviendra à un arbitre de trancher cet éventuel litige.

L'entente de principe pour le renouvellement de la convention de rémunération des omnipraticiens avait été annoncée le 25 août dernier au terme de longues négociations. Les médecins généralistes souhaitaient notamment réduire l'écart entre leur salaire et celui des médecins spécialistes du Québec, qui gagnent en moyenne 409 000 $ par an.

Le gouvernement du Québec est toujours en négociation avec les médecins spécialistes et c'est l'une des raisons invoquées par le ministre Moreau pour ne pas divulguer dans son entièreté l'entente conclue avec la FMOQ.

« C'est pas une convention collective, donc c'est pas un document qui est public et il y a des informations là-dedans qui relèvent aussi d'une stratégie de négociation, parce qu'il y a une négociation en cours avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec », a-t-il affirmé en conférence de presse.

Le Dr Louis Godin, de la FMOQ, a assuré que « l'entente permettra d'investir dans les secteurs où les besoins sont importants » :

  • la prise en charge dans les soins de première ligne,
  • les centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD),
  • les soins à domicile.

Une entente « inacceptable », pour l'opposition

La porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, la péquiste Diane Lamarre, ne partage pas ces vues.

« On n’a pas de garanties de services, imaginez, a-t-elle regretté. Alors les sommes sont énormes. Et, en plus, on n'a toujours pas la confirmation que le soutien à domicile va être mieux garanti, que la première ligne va être mieux assurée. »

La Coalition avenir Québec (CAQ) a critiqué l'entente conclue avec la FMOQ en la qualifiant « d'inacceptable ». « La préoccupation du gouvernement libéral n’est pas d’améliorer le sort des familles du Québec, c’est de satisfaire les médecins », a affirmé la CAQ par communiqué.

Affirmant que l'entente ne comporte « aucune garantie ni aucune condition pour les patients », le député François Paradis de la CAQ presse le gouvernement Couillard de « revoir le mode de rémunération des médecins afin de la lier à davantage de prise en charge des patients ».

Avec des informations de Sébastien Bovet et de la Presse canadienne

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