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Québec songe à autoriser les fourgonnettes 15 passagers pour le parascolaire

Dix ans après avoir banni les fourgonnettes 15 passagers pour le transport parascolaire, le gouvernement du Québec songe à les autoriser de nouveau.

Un texte de Jonathan Lavoie

Ce véhicule controversé a été interdit pour le transport d’écoliers en 2008, après un terrible accident survenu à Bathurst au Nouveau-Brunswick.

Une enseignante et sept adolescents qui revenaient d’un tournoi de basketball ont péri quand leur fourgonnette 15 places a dévié de sa voie pour frapper un poids lourd qui arrivait en sens inverse.

Depuis quelques années, le Regroupement des loueurs de véhicules du Québec (RLVQ) fait pression sur le ministère des Transports pour qu’il autorise de nouveau ces véhicules pour les transports parascolaires.

L’organisme soutient que les constructeurs ont grandement amélioré les caractéristiques de sécurité de ces fourgonnettes. Une étude de Transports Canada a aussi déterminé en 2013 qu’elles n’étaient pas plus dangereuses qu’un autobus scolaire.

Selon le RLVQ, il n’est plus nécessaire d’exiger que le transport pour les activités parascolaires se fasse en autobus jaune ou en autocar nolisé.

Avantages pour les écoles

Pour certaines écoles qui misent sur des programmes de sports-études, comme le Collège Laval, les avantages des fourgonnettes 15 passagers sont indéniables.

Le directeur général de l'institution de Laval, Michel Baillargeon, explique que les coûts de transport pour le parascolaire ont explosé quand Québec a appliqué l’interdiction en 2008. La facture a été refilée en bonne partie aux parents.

« Ç'a à peu près doublé les coûts de transport, c’est considérable. On peut parler de plusieurs dizaines de milliers de dollars et c’est sûr que si le gouvernement devient plus permissif, on va revoir nos pratiques en étant conformes à la loi », explique-t-il, tout en assurant que la sécurité demeurera toujours la priorité du collège.

Michel Baillargeon s’estime chanceux d’avoir pu maintenir l’ensemble des activités pour ses quelque 700  élèves inscrits dans une équipe de sport, mais il avance que la situation est probablement plus difficile dans les milieux moins aisés.

Au-delà des coûts, Michel Baillargeon est d’avis que le format 15 passagers est parfaitement adapté au transport d’équipes sportives dans plusieurs situations. Il permet aussi davantage de flexibilité sur les horaires comparativement à un autobus nolisé.

Sécuritaire ou non les 15 passagers?

Les enquêtes sur l’accident de Bathurst ont identifié plusieurs facteurs ayant contribué au drame : « le plus grave étant que les pneus « quatre-saisons » usés, mal gonflés et montés sur des roues désalignées étaient inappropriés pour la conduite en hiver », peut-on lire sur le site de Transports Canada.

Après la tragédie, certaines familles des victimes ont mené une croisade pour tenter de faire bannir les fourgonnettes 15 passagers au Canada.

Ottawa a plutôt choisi de commander une étude au Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé (CCATM). Plus de 800 tests ont été effectués sur des autobus scolaires, des autobus multifonctions et des véhicules 15 passagers.

En résumé, l'étude conclut qu'à condition d’être muni d’un contrôle électronique de la stabilité et d’avoir des pneus bien gonflés, la fourgonnette 15 passagers est aussi sécuritaire que les autres types de véhicules utilisés pour le transport scolaire.

Les conclusions de cette étude constituent la base des arguments du Regroupement des loueurs de véhicules du Québec (RLVQ).

Le directeur général, Yvan Grenier, ajoute que les conducteurs doivent également obtenir un permis de classe 4b pour conduire ce type de véhicule et suivre la réglementation en vigueur, notamment au sujet des inspections.

« Avec la loi sur les propriétaires exploitants de véhicules lourds vient l'obligation d'avoir une ronde de sécurité tous les matins. »

Selon Yvan Grenier, le transport parascolaire à bord de véhicules 15 places est même plus sécuritaire que d’utiliser les véhicules de parents bénévoles, qui ne sont pas systématiquement inspectés et qui doivent être plus nombreux sur la route pour transporter le même nombre d’élèves.

Les ministres des Transports à Québec se sont succédé depuis que le RLVQ a commencé à faire valoir ses arguments auprès du gouvernement.

Après les ministres Julie Boulet, Sam Hamad, Pierre Moreau, Sylvain Gaudreault, Robert Poëti, Jacques Daoust et Laurent Lessard, le Regroupement tente maintenant d’obtenir une rencontre avec le nouveau titulaire du poste, André Fortin.

Au ministère des Transports du Québec, un porte-parole indique que le gouvernement réévalue actuellement sa position sur l'utilisation des fourgonnettes 15 passagers dans le cadre du transport parascolaire.

« Les travaux sont en cours. On regarde ce qu’il se fait un peu partout avec nos partenaires et à l’extérieur de la province », répond Alexandre Bougie. Il ajoute que la sécurité des élèves demeure au coeur des préoccupations du gouvernement.

Pas question de revenir en arrière

Au Séminaire Saint-François (SSF), dans la région de Québec, la direction ne reviendra pas en arrière si le gouvernement assouplit le règlement, et ce même avec 900 jeunes inscrits dans des équipes sportives.

« On a fait tous les ajustements nécessaires quand on a été contraints d’abandonner ces véhicules-là. Notre réalité fait en sorte que pour des raisons de sécurité, on ne reviendrait pas en arrière », assure le directeur général de l’établissement, Simon Robitaille.

Selon lui, il n’est pas réaliste de demander à un entraîneur de devenir également chauffeur lors des longues fins de semaine de tournoi où il faut parfois parcourir plusieurs centaines de kilomètres.

« On voit difficilement, pour ce genre de déplacements, pourquoi on reviendrait à un véhicule15 places, explique M Robitaille. Il y a vraiment cette question-là de sécurité et d’avoir un conducteur qui est qualifié et embauché pour ça. »

Le SSF estime que de revenir aux fourgonnettes 15 places pourraient permettre d’épargner entre 5000 et 10 000 $ par année, mais que le jeu n’en vaut pas la chandelle.

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