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Québec veut s'assurer que la recherche sur les pesticides se fasse en toute indépendance

Le ministère de l'Agriculture du Québec ordonne la tenue d'une enquête sur les problèmes allégués de gouvernance au Centre de recherche sur les grains (CÉROM).

Un texte d'Antoine Samson

Près de la moitié des employés du CÉROM auraient quitté l'organisation pour protester contre des prises de position de la direction et du conseil d'administration en faveur de certains pesticides jugés dangereux par les chercheurs.

Le conseil d'administration, formé entièrement de producteurs ou de vendeurs de grains, fait valoir que les employés qui ont démissionné avaient du mal à respecter les échéances pour le dépôt des projets.

Le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, dit vouloir s’assurer que le CÉROM « ne soit pas à la merci de l’industrie ».

« Il y aura un travail sur la gouvernance et sur les attentes signifiées puisque (…) nous aurons des ententes signifiées dans le renouvellement de la prochaine convention », a-t-il affirmé lors d'un point de presse.

Équiterre exige une enquête publique

Dans une lettre destinée au premier ministre Philippe Couillard, le cofondateur et coordonnateur général d'Équiterre, Sidney Ribaux, estime que « les chercheurs indépendants de l'industrie sont trop peu nombreux ».

Il réclame la tenue d’une enquête publique « sur le financement gouvernemental de la recherche dans le domaine agricole et la non publication d’études par le MAPAQ sur les néonicotinoïdes au moment même où le gouvernement étudiait un projet de règlement pour interdire ces substances ».

Selon lui, le gouvernement doit « augmenter substantiellement et transférer immédiatement du MAPAQ à un autre ministère la gestion des fonds visant à financer la recherche sur les pesticides ».

Il faut « cesser de financer les recherches qui ne sont pas indépendantes », croit également M. Ribaux.

Il demande aussi de suspendre le financement du CÉROM et que les fonds soient « redirigés (…) au bénéfice de chercheurs, instituts de recherche ou organismes indépendants de l’industrie et sans conflit d’intérêt ».

L’UPA blâme Québec

Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, impute la responsabilité au gouvernement Couillard qui, souligne-t-il, a procédé à des compressions budgétaires au début de son mandat.

« Au-delà des coupures, il y a eu des principes d’inscrits pour aller chercher davantage de fonds du privé. C’est ce qui a amené beaucoup de pression sur les chercheurs parce que pour obtenir des fonds pour poursuivre leurs recherches, ils devaient aller se faire financer à l’extérieur », regrette-t-il.

Le président des Producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek, fait quant à lui valoir que l’indépendance de la recherche scientifique au CÉROM est « au cœur de [ses] préoccupations ».

« Le respect des mandats qui me sont attribués et le respect des mandats et des compétences des personnes que je côtoie sont la fondation de toutes mes interventions », insiste-t-il dans un communiqué.

M. Overbeek estime toutefois qu’il a le « devoir de faire valoir les positions et les préoccupations de [ses] membres dans l’espace public ».

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