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Quel avenir sans coca pour des paysans colombiens?

Des paysans colombiens, habitués à la manne de la culture de la coca, se questionnent sur leur avenir après la signature des accords de paix, le 26 septembre, entre le gouvernement de la Colombie et la guérilla des FARC.

Un texte de Jean-Michel Leprince

L'État colombien est absent d'Argelia, une vaste municipalité située dans la cordillère des Andes, à trois heures de (mauvais) chemins de terre de la route panaméricaine. Les 35 000 habitants, surtout des agriculteurs, ont chassé successivement l'armée et la police nationale, parce que leur présence attirait les attaques des FARC et les exposait à un feu croisé.

« L'État? Pour quoi faire? », disent-ils. Il n'y a rien à protéger, pas de banques, pas de mairie. Ce sont les paysans qui, ensemble, assurent tant bien que mal l'entretien des chemins et des infrastructures. Ils s'en sortent relativement bien grâce aux revenus de la culture illicite de la coca.

La coca, c'est aussi leur malédiction, car c'est un des enjeux des affrontements entre l'armée, ses alliés paramilitaires et les FARC. La guérilla marxiste (le Front 60 des FARC) a fini par prévaloir dans la région, elle y impose sa loi et prélève un impôt sur la cocaïne qui lui permet de se financer.

Conflit meurtrier

Le bilan de 52 ans de guerre civile est lourd pour la municipalité d'Argelia. « J'avais 9 ou 10 ans lorsque mes deux frères ont été tués », raconte la cultivatrice Estela Cano. « Mon fils a été gravement blessé par un explosif, ajoute-t-elle, et je n'ai jamais eu d'aide pour le soigner. »

Les habitants d'Argelia se réjouissent de la première année de paix depuis 52 ans, grâce au cessez-le-feu ordonné par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), en 2015, dans le cadre des négociations de La Havane. Ils vont voter oui au référendum du dimanche 2 octobre qui doit ratifier (ou non) les accords de paix.

Pourquoi la coca?

Le cultivateur Anibal Muñoz explique pourquoi les cultivateurs se sont tournés vers la coca.

Cette plante a une durée de vie de 10 à 20 ans. Elle donne quatre récoltes par an dès le sixième mois. La feuille de coca est transformée sur place, dans des laboratoires, en pâte de coca. On se cache à peine. La pâte de coca est probablement transformée en cocaïne quelque part dans les villages.

Les stations-service - beaucoup sont neuves - sont étonnamment nombreuses. On y vient entre autres y emplir les barils qui serviront à la production de pâte de coca.

Cinq hectares égalent 10 kilos de coca base et rapportent 7000 $, quatre fois par an. Le revenu est appréciable et, surtout, stable. Le prix n'a pas varié en 25 ans, selon Felipe Tascon, spécialiste des cultures de coca. Et, surtout, le produit se transporte facilement.

Pas étonnant que les paysans aient abandonné le café, la papaye ou la canne à sucre. Maintenant, ils savent qu'ils doivent remplacer la coca, mais par quoi? Personne ne sait encore ce qui est possible.

On a déjà voulu forcer les paysans à essayer d'autres cultures : échec total. Par exemple, l'école occupe l'ancienne usine de farine de manioc, un projet de l'ONU. Elle a ses propres champs de coca à côté pour se financer.

« Ces cultures doivent être aussi viables et rapporter autant, sinon plus, que la coca », ajoute Felipe Tascon. « Elles doivent être transformées sur place. Leurs produits doivent avoir une marque distinctive et reconnaissable sur le marché. »

Avec la distribution des terres aux paysans qui n'en ont pas, l'éradication de la coca et la lutte contre le narcotrafic, c'est certainement le plus grand défi de la paix pour l'État colombien et les FARC, transformées en parti politique. Les accords de paix l'ont prévu. Reste à les appliquer.

La misère paysanne et la concentration de la propriété rurale ont été la cause de la guerre civile il y a 52 ans. La concentration des terres est aujourd'hui pire qu'en 1964 et la Colombie n'a jamais produit autant de coca et de cocaïne.

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