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Quel bilan des années Harper? 4 points à retenir

Stephen Harper était au pouvoir depuis près de 10 ans. En une décennie, il a réussi à imprimer au pays des changements majeurs. Que retiendra-t-on de son passage à la tête du Canada? Survol en quatre points.

1. LA RÉDUCTION DE LA TAILLE DE L'ÉTAT

Pour Denis Ferland, correspondant parlementaire à Ottawa pour RDI, c'est le changement principal. « Ça correspond à sa philosophie : il ne croit pas beaucoup au rôle de l'État », soutient-il. En diminuant les revenus de l'État, les conservateurs ont réduit sa marge de manoeuvre.

Même si le gouvernement Harper n'a pas procédé à une baisse générale des impôts, comme l'avait fait Paul Martin, ses crédits d'impôt ciblés donnent, au bout du compte, le même résultat. La part de l'impôt des particuliers dans le PIB canadien, qui représente maintenant 6,9 %, est la plus basse depuis des décennies.

Pour voir le graphique sur l'impôt des particuliers en pourcentage du PIB sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Les conservateurs voient l'État avant tout comme un entrepreneur, croit Frédéric Boily, professeur de sciences politiques à l'Université de l'Alberta. Selon eux, « son rôle principal est de permettre à l'économie canadienne de se développer selon ses grandes orientations "naturelles" ». C'est pour cela que les conservateurs ont beaucoup appuyé le développement de l'industrie énergétique, pétrolière et gazière.

Ces changements seront très difficiles à renverser, croit le politologue. Pendant la campagne, les conservateurs ont réussi à amener le débat sur leur terrain, obligeant les autres partis à se situer par rapport aux enjeux qu'ils ont décidé de mettre de l'avant. « On se situe à l'intérieur des paramètres du gouvernement conservateur », avance Frédéric Boily.

Jusqu'à maintenant, souligne-t-il, les partis d'opposition n'ont pas présenté de mesures qui permettraient de renverser la vapeur en ce qui concerne la capacité fiscale de l'État. Le ralentissement économique contribuera, lui aussi, à restreindre la marge de manœuvre du nouveau gouvernement libéral de Justin Trudeau.

2. LES LIENS AVEC LES PROVINCES

Lors de son élection, en 2006, Stephen Harper promettait un fédéralisme d'ouverture assorti de nouveaux liens entre les provinces et le gouvernement fédéral. Dans cette interprétation stricte de la Constitution, chaque ordre de gouvernement doit gérer ses propres problèmes et Ottawa ne s'en mêle pas.

En fait, cela signifie surtout un désengagement, croit Denis Ferland. « Ça correspond à sa vision de l'État fédéral », souligne-t-il .« Il fait les transferts nécessaires et se désengage à tous les niveaux. »

On n'est plus dans une ère de collaboration interprovinciale, ajoute Frédéric Boily. « Il y a eu des ententes entre le fédéral et certaines provinces, mais pas de grandes rencontres interprovinciales. » Les premiers ministres ont d'ailleurs souvent reproché à M. Harper de ne pas prendre part aux rencontres du Conseil de la fédération.

3. LA JUSTICE

« C'est là qu'ils se sont le plus distingués, dans ce durcissement au nom de la loi et l'ordre, soutient Frédéric Boily. On arrive avec des principes clairs, une morale, et on choisit entre le bien et le mal. » C'est au nom de cet impératif moral de clarté que les conservateurs ont augmenté les peines minimales, et resserré la vis aux jeunes contrevenants et aux auteurs de crimes graves.

Denis Ferland souligne également une nouvelle orientation de la justice criminelle, qui est maintenant plus tournée vers les victimes, tant dans les discours que dans la pratique. Ce printemps, le Parlement a notamment adopté une loi créant une Charte canadienne des droits des victimes.

De plus, le gouvernement Harper a pris appui sur des cas à haute visibilité. Par exemple, pour annoncer le dépôt de la Loi sur l'arrestation par un citoyen et sur la légitime défense, Stephen Harper s'est rendu dans le dépanneur de David Chen, à Toronto. Celui-ci s'était rendu célèbre parce qu'il avait été accusé de voies de fait et de détention arbitraire, après avoir arrêté et ligoté un voleur en attendant l'arrivée de la police.

Certaines de ces lois sont cependant contestées devant les tribunaux.

4. LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE

Encore une fois, les conservateurs se basent sur des principes et des valeurs pour orienter leurs politiques, croit Denis Ferland. « C'est noir ou blanc, il y a moins de zones grises. » Ainsi, l'Iran a été classé dans la zone des ennemis, tout comme la Russie. « En général, une fois qu'on a pris position, il n'est plus question d'ouvrir des canaux de communication. C'est une politique simplifiée, pour ne pas dire simpliste. »

Par exemple, en ce qui concerne la relation avec Israël, les conservateurs « s'inscrivent dans la continuité, mais ils ont monté ça d'un cran », croit Frédéric Boily. « C'est le genre de politique par rapport à laquelle il sera difficile de revenir en arrière », croit le politologue.

5. QUEL AVENIR POUR STEPHEN HARPER?

Dans les dernières semaines de campagne, les stratèges conservateurs avaient laissé entendre discrètement qu'ils voyaient mal Stephen Harper rester en place pour devenir chef de l'opposition.

En perdant les commandes du pouvoir au profit du Parti libéral du Canada, le soir du 19 octobre, le président du Parti conservateur a annoncé que Stephen Harper lui avait demandé d'enclencher le processus pour lui trouver un successeur.

Il restera toutefois député de la circonscription de Calgary-Centre, qu'il a remportée avec plus de 14 000 voix d'avance.

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