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Quel pays a le plus de femmes ministres dans le monde? La réponse en carte

Avec le nouveau cabinet paritaire du gouvernement Trudeau, le Canada devient un chef de file en ce qui a trait à la présence féminine dans les conseils de ministres, passant du 20e au 3e rang mondial. Est-ce que ça change la façon de faire de la politique?

Un texte de Johanne Lapierre

Dans le monde, seuls la France, le Cap-Vert et la Suède ont une plus grande proportion de femmes ministres que le Canada.

« On est franchement passé d'un statut de dinosaure, d'un conservatisme assez bien assumé, à un statut d'avant-gardisme », estime Manon Tremblay, professeure à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa.

Sous le gouvernement de Stephen Harper, 8 ministères sur 26 étaient occupés par des femmes, ce qui lui valait le 20e rang mondial avec l'Autriche et l'Espagne. Le nouveau Conseil des ministres, qui compte 15 femmes sur 30, fait passer le Canada au 3e rang, à égalité avec le Liechtenstein.

Selon des données compilées par l'Union interparlementaire et ONU femmes, les femmes ne représentaient toujours, au début de 2015, que 17,7 % des ministres à travers le monde. Depuis 2005, cette proportion n'a grimpé que de 3,5 %.

La France, qui s'est dotée d'une loi sur la parité en 2000, fait figure de première de classe dans le domaine. Le nombre de femmes ministres dépasse celui des hommes depuis septembre 2015, quand Myriam El Khomri a été nommée à la place de François Rebsamen au ministère du Travail. Maintenant, le Conseil des ministres compte 9 femmes et 8 hommes.

Si la Finlande menait jusqu'à récemment le bal, avec 62,5 % de femmes au Conseil des ministres, les élections d'avril qui ont mené à la création d'un gouvernement de droite tripartite ont fait chuter cette proportion. La Finlande est ainsi glissée au 14e rang, avec 5 femmes ministres sur 13.

À l'autre bout du spectre, en 2015, huit gouvernements dans le monde sont toujours composés uniquement d'hommes, soit ceux de l'Arabie saoudite, de la Bosnie-Herzégovine, du Brunéi Darussalam, de la Hongrie, du Pakistan, de la Slovaquie, des Tonga et du Vanuatu.

Quels ministères?

L'étude de l'Union interparlementaire et d'ONU femmes montre que le poste ministériel le plus attribué aux femmes était celui des Affaires sociales.

Manon Tremblay a étudié les portefeuilles ministériels attribués aux femmes et aux hommes au Canada, de 1910 à 2010, tant au provincial qu'au fédéral.

Or, si dans le récent Cabinet Trudeau, les Affaires étrangères et les Finances ont été confiées à des hommes, des postes importants comme la Justice, la Santé et le Commerce international ont été confiés à des femmes, souligne Mme Tremblay.

La politologue relève également que si beaucoup croyaient que le ministère de la Famille, des enfants et du Développement social irait de facto à une femme, les libéraux ont plutôt choisi de le confier à l'économiste québécois Jean-Yves Duclos.

« Je n'ai aucune difficulté à imaginer qu'à un moment, si M. Trudeau voit une fenêtre d'opportunité politique, il pourrait réserver les Finances à une femme, cela ne m'étonnerait pas », affirme Manon Tremblay. « Il était vraiment en équilibre entre l'expérience, la jeunesse, et il y a beaucoup d'autres choses qu'il a très bien réussies, comme la représentativité des régions », ajoute-t-elle.

Les quotas : pour ou contre?

Pour hausser la présence des femmes en politique, des quotas sont imposés dans plusieurs pays. Il s'agit parfois d'une décision des partis, ou encore de mesures légales qui imposent d'inscrire un nombre déterminé de candidates dans leurs rangs.

Née en Europe, la pratique a été reprise sur d'autres continents. En Amérique du Sud, par exemple, où le Nicaragua a adopté une loi imposant aux partis de présenter 50 % de femmes dans leurs listes de candidats, le pourcentage de femmes parlementaires est passé de 18,4 à 40,2 %. Le pays s'illustre d'ailleurs quant au nombre de postes ministériels attribués aux femmes, frôlant le 50 % avec 8 femmes sur 17 ministres.

Mais selon elle, la volonté des élites politiques de mettre en application des quotas et de les respecter est primordiale. « Si vous ne mettez pas de pénalité, si les quotas ne sont pas très bien dessinés, formatés, ça ne fonctionne pas. Cela ne fonctionne surtout pas s'il n'y a pas cet ingrédient fondamental, on ne peut s'en passer : la volonté politique », précise-t-elle.

Si des quotas sont donc imposés dans certains pays quant aux candidatures politiques, il est plus rare de voir de telles mesures pour les exécutifs. « L'idée paritaire a été beaucoup appliquée aux élections, aux candidatures, à la représentation au Parlement, mais elle a été peu pensée pour les cabinets », explique Manon Tremblay.

Il faut toutefois faire attention lorsqu'on regarde certains chiffres, prévient Manon Tremblay. L'auteure du livre 100 questions sur les femmes et la politique a notamment beaucoup étudié le cas du Rwanda.

Dans ce pays africain, 63,8 % des députés sont des femmes, qui composent le tiers du cabinet. « Ça, c'est la volonté du président de vouloir bien paraître, à défaut de ce qui se passe dans son pays », expose-t-elle.

Au Canada, l'arrivée d'un cabinet paritaire a découlé d'une simple volonté politique : Justin Trudeau avait fait de la parité du cabinet une promesse électorale, et l'a mis en pratique dès son arrivée au pouvoir.

La question des quotas fait toutefois sourire Manon Tremblay, qui déplore qu'on évoque seulement cette question lorsqu'il est question de femmes. « Si on regarde les autres critères qui ont présidé à la formation du cabinet du premier ministre Trudeau, il s'est bien assuré d'avoir des représentations des différentes provinces, des différentes régions, francophones, anglophones, ce sont aussi des quotas », déclare-t-elle.

La présence des femmes change-t-elle la façon de faire de la politique?

« On l'a cru longtemps, et d'ailleurs, c'est une hypothèse de fond des études "femmes en politique", cette idée que, parce que les femmes ont cette expérience de vie différente, une fois installées au pouvoir, elles vont amener ces expériences, et cela va avoir un effet sur les politiques publiques », dit Manon Tremblay.

Mais le tout est difficile à quantifier. « Je ne peux pas prouver que ça a un impact, mais il y a plusieurs études qui laissent croire que ça en a un, particulièrement sur des questions qui concernent la performativité féminine », explique-t-elle.

Selon elle, la parité du nouveau gouvernement canadien pourrait inciter certaines femmes à se lancer un politique, un monde empreint d'une culture masculine qui en repousse plus d'une.

« C'est une image symbolique. C'est très important de voir des femmes en politique, et de les voir à égalité avec les hommes. [...] Cela envoie deux messages : aux filles et aux femmes, cela envoie le message que c'est possible. Cela dit aussi que les hommes, les garçons, n'ont pas le monopole de la politique, que ce n'est pas une chasse réservée », conclut-elle.

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