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Qui sont ces pays qui érigent des murs? La réponse en carte

La Hongrie construit une clôture avec la Serbie pour empêcher les migrants de passer, Donald Trump veut ériger un mur complet entre les États-Unis et le Mexique. La planète se barricade encore un peu plus cette année. Mais la construction de murs frontaliers est loin d'être un phénomène nouveau. Et isolé. Tour d'horizon.

Un texte de Marie Lépine-Loiselle

Les murs se situent sur tous les continents, mais ils sont plus présents en Europe et au Moyen-Orient. Certains pays n'ont construit qu'un seul mur, d'autres plusieurs. Israël, par exemple, a érigé de nombreuses barricades à ses frontières avec des pays arabes.

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Ces barrières ont plusieurs fonctions. Certains murs ont pour but de bloquer l'immigration, comme les murs espagnols en Afrique du Nord ou encore celui de la Hongrie à sa frontière avec la Serbie. D'autres sont érigés pour des questions territoriales, pour une question de sécurité ou encore pour lutter contre la contrebande.

Les Romains et les Chinois ont construit des murs pour protéger leur empire. De nombreux autres peuples aussi. Aujourd'hui, à l'échelle mondiale, l'équipe Frontières de la Chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) en recense une soixantaine, construits ou en voie de l'être.

Certains de ces murs sont nés à la suite de la Seconde Guerre mondiale pour maintenir la paix, comme celui entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, ou encore celui entre l'Inde et le Pakistan.

La chute du mur de Berlin a ensuite ravivé les espoirs d'un monde moins divisé. À ce moment, il ne restait qu'une quinzaine de ces barrières dans le monde. Mais l'histoire nous réserve souvent des surprises.

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont stimulé la construction de nouvelles barrières. « Ces murs sont anti-tout. Ils sont anti-migratoires, anti-terroristes et anti-trafics », explique Élisabeth Vallet, qui dirige l'équipe Frontières de la Chaire Raoul-Dandurand.

Les murs sont-ils efficaces?

Les murs plus anciens qui servent à maintenir la paix sont symboliques plutôt qu'effectifs. Ils signifient la fin d'un conflit.

Quant aux murs érigés à la suite des attentats de New York, ils sont inopérants, puisqu'ils ne font que déplacer le problème et en créer de nouveaux, estime la chercheuse. « Les murs ne sont qu'une illusion d'optique. » Leur fonction : montrer que le gouvernement agit afin de rassurer l'électorat.

Les barrières espagnoles érigées aux frontières des enclaves de Ceuta et de Melilla, en Afrique du Nord, montrent que le problème de migration persiste, car les migrants ne font que changer d'itinéraire et contournent les murs. Ils empruntent un chemin plus périlleux et déboursant une somme plus importante pour parvenir à leur destination.

Élisabeth Vallet relève le même problème concernant la surveillance européenne de la mer Méditerranée par son programme Mare Nostrum. Les migrants font appel aux passeurs qui réclament des prix exorbitants pour une traversée souvent mortelle.

Mme Vallet souligne par ailleurs que les murs rendent plus difficiles les allers-retours. Résultat : ils forcent les migrants à rester dans le pays une fois qu'ils y sont arrivés, plutôt que de repartir. C'est le cas de la barrière érigée à plusieurs endroits entre le Mexique et les États-Unis, où les travailleurs mexicains migraient vers la vallée impériale en Californie pour la saison de la récolte et retournaient ensuite dans leur pays.

Or, la construction du mur mexicano-américain a forcé ces travailleurs à traverser la frontière à l'aide de passeurs, dont les frais sont élevés. Les Mexicains décident donc de rester aux États-Unis plutôt que de payer de nouveau pour traverser la frontière.

La source du problème

Élisabeth Vallet croit qu'il faudrait s'attaquer à la source du problème plutôt que d'ériger des barrières. Les conflits dans le monde et les changements climatiques, qui engendrent par exemple de la sécheresse, sont la source des migrations, et donc de la création de la plupart des murs.

Il est fort probable que ces murs finiront par tomber, ajoute-t-elle. Ce sont des constructions qui sont chères à ériger et à entretenir. Au mieux, ces constructions seront réutilisées comme infrastructure touristique. C'est le cas de la Grande Muraille de Chine, qui servait autrefois à défendre le pays contre les invasions provenant du nord.

Légaux, ces murs frontaliers?

Oui et non. Selon le droit national, les murs sont légaux, puisqu'ils ne sont jamais construits directement sur la frontière séparant les deux pays, mais très près de celle-ci à l'intérieur du territoire d'un pays.

Pour ce qui est du droit international, les réponses sont mitigées. Si l'on considère que la souveraineté de l'État prévaut, la présence de ces murs est légale. Toutefois, certains répondront que ces barrières portent atteinte à des droits fondamentaux, tels que la liberté d'émigrer.

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