Retour

Qui souffre encore de tuberculose au Canada? La réponse en carte

Tuberculose : le mot frappe l'imaginaire, et nous ramène souvent à des images d'un autre temps, de la toux ensanglantée à l'isolement dans les sanatoriums. Après avoir atteint des sommets dans les années 40, la maladie est en chute constante au pays. Si l'on ne recense maintenant qu'environ 1500 cas par année, les plus touchés sont toutefois souvent parmi les plus vulnérables de notre société.

Un texte de Johanne Lapierre

Montréal est actuellement l'hôte de la Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Des acteurs de différents milieux se réunissent afin de réunir des fonds pour lutter contre ces épidémies dévastatrices, dans le but d'y mettre fin d'ici 2030.

En 2014, environ 9,6 millions de cas de tuberculose ont été rapportés mondialement. Quelque 1,5 million de personnes en sont mortes. Avec le VIH, la tuberculose arrive en tête des principales causes de mortalité dans le monde.

L'Afrique est le continent le plus touché, avec plus de 281 cas pour 100 000 habitants en 2014. À l'autre bout du spectre, au Canada, ce taux était de 4,4 cas pour chaque tranche de 100 000 personnes.

Mais lorsque l'on scrute à la loupe la répartition des cas au pays, on constate que des chiffres dans certaines régions s'approchent dangereusement des taux observés sur le continent africain. Au Nunavut, on a dénombré 84 cas de tuberculose en 2014, soit une incidence de 229,6 cas pour 100 000 habitants, une proportion qui a plus que doublé en 10 ans.

Au Québec, la région du Nunavik, à l'extrême nord de la province, a également connu une forte recrudescence de la tuberculose. Les taux d'incidence de la tuberculose active y avaient diminué entre 1980 et 2003. Mais à partir de 2007, les taux ont monté de nouveau, pour atteindre une incidence de 277,7 cas pour chaque tranche de 100 000 personnes en 2011, et de 239 pour 100 000 en 2014.

« Globalement, c'est bien contrôlé au Canada, mais il faut vraiment redoubler d'efforts où l'on retrouve des îlots de transmission pour faire la transition du contrôle à l'élimination de la tuberculose », croit le Dr Marcel A. Behr, microbiologiste en chef du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et directeur du Centre international de TB (tuberculose) McGill.

Le Dr Behr a mené des études sur le terrain pour tenter d'établir les causes de l'éclosion de foyers de transmission dans le village de Kangiqsualujjuaq, au Nunavik. Il a dans un premier temps analysé la souche de tuberculose présente dans la région. Il en est arrivé à la conclusion que la souche n'était pas particulièrement virulente.

Alors, pourquoi un tel foyer de transmission? « On aimerait avoir une réponse simple, mais je crois que c'est un problème complexe, qu'il y a probablement une combinaison de facteurs », explique-t-il. Le Dr Behr évoque notamment la densité de la population inuite. « À Montréal, on voit des familles de quatre personnes qui demeurent dans des maisons de 7 ou 10 pièces. Mais dans le Nord, il s'agit plus de sept personnes qui demeurent dans quatre pièces. Si on a un cas de tuberculose, il est plus fréquent que les bactéries se transmettent d'une personne à l'autre. »

L'hiver rigoureux dans les régions nordiques fait également en sorte que les gens restent davantage à l'intérieur, dans des lieux clos qui favorisent la transmission. De plus, le fort taux de tabagisme ou encore la malnutrition s'ajoutent aux facteurs de risque.

Selon le Dr Marcel A. Behr, la situation dans le village de Kangiqsualujjuaq est actuellement maîtrisée. « On a donné un rapport à la Santé publique, et aussi au village. Nous sommes allés à leur conseil de village, et cela va beaucoup mieux, parce qu'on a décidé de faire plus de diagnostics de la tuberculose active », explique-t-il. Et les moyens, aussi, ont suivi.

« Avant cette éclosion, les gens étaient obligés de prendre un vol à Kuujjuaq pour pouvoir faire une radiographie des poumons. Maintenant, il y a des machines pour faire des radiographies qui se promènent entre les villages. » Et lorsqu'on croit avoir un diagnostic de tuberculose, plus besoin de faire parvenir les échantillons au CUSM. Des machines qui sont en mesure de détecter l'ADN de la bactérie ont été envoyées dans le Nord-du-Québec. La maladie peut donc maintenant être diagnostiquée en un jour plutôt qu'en une semaine.

L'immigration

N'en demeure qu'au Canada, la plus grande proportion de cas de tuberculose provient des personnes immigrantes originaires de pays où la maladie a une forte prévalence.

Craint-on que certaines souches de la bactérie plus résistantes aux antibiotiques, dont des cas sont rapportés dans certaines régions du monde, ne s'invitent chez nous? « Actuellement, on est très chanceux. La majorité des cas de tuberculose à Montréal proviennent de l'extérieur, mais la forte majorité est sensible à tous les antibiotiques, et on ne voit pas de transmission de l'extérieur à Montréal », rapporte le Dr Marcel A. Behr.

« C'est sûr qu'on a toujours une crainte pour l'avenir, parce qu'il y a une évolution de la résistance partout dans le monde. Des gens qui ont la tuberculose sont à un vol ou deux de Montréal. Donc, c'est toujours possible qu'on importe des cas avec la résistance. Mais jusqu'à maintenant, la tuberculose des étrangers à Montréal, c'est sous contrôle. »

Le Centre international de TB McGill travaille également à l'étranger, notamment en Inde, au Vietnam et en Afrique du Sud. Le tout dans l'optique qu'un bon contrôle à l'extérieur du Canada fait chuter les risques d'importer de nouvelles souches de la bactérie ici. « On investit beaucoup d'efforts, parce que si on peut prévenir la tuberculose dans ces pays-là, si on peut aider au contrôle de la tuberculose où il y a des foyers de transmission, éventuellement, il y aura moins d'importation au Canada. C'est un peu le même principe avec toutes les maladies infectieuses », expose le Dr Behr.

Source : Association pulmonaire du Québec et OMS

Éclosion dans les milieux marginaux

Certains milieux marginaux peuvent être davantage touchés par la tuberculose, souvent en zone urbaine. Une éclosion est notamment observée à Montréal depuis 2003. « On est à 35 cas actuellement, donc c'est une éclosion qui évolue à bas bruit », explique Marie Munoz-Bertrand, médecin-conseil à la Direction régionale de santé publique de Montréal. « Trente-cinq cas, ce n'est pas énorme, mais c'est quand même trop », ajoute-t-elle.

Parmi les personnes infectées, plusieurs présentaient des facteurs de marginalité : certaines étaient séropositives, d'autres atteintes d'hépatite C. Du nombre, on trouvait des itinérants et des travailleurs du sexe. Plusieurs consommaient de l'alcool ou des drogues, certains cas étaient liés à la fréquentation de fumeries de crack.

Ces conditions médicales ou ces modes de vie peuvent créer des conditions propices à la transmission de la tuberculose. « Les facteurs de risque d'être infecté, c'est d'être en contact avec des gens qui ont la tuberculose active, particulièrement si ces gens-là sont très contagieux. Des endroits fermés, mal aérés et sombres favorisent aussi l'infection », explique la Dre Munoz-Bertrand.

Une personne ayant eu une forme de tuberculose active peut aussi la voir se réactiver. Parmi les facteurs de risque d'une réactivation, on trouve des problèmes de santé qui touchent le système immunitaire, comme le VIH, la prise de médicaments immunodépresseurs, le diabète, la consommation d'alcool, le tabagisme, un poids trop faible ou encore, simplement, un âge avancé.

« Le VIH est probablement le facteur de risque le plus important pour la réactivation de la tuberculose. Ce n'est pas étonnant qu'on ait tant de séropositifs dans notre cohorte », précise Marie Munoz-Bertrand. Pour l'instant, tous les cas détectés ont été étroitement suivis et ont reçu le traitement approprié. Trois personnes sont décédées, deux d'autres causes, alors qu'un des décès pourrait être dû à la tuberculose, bien que ce ne soit pas confirmé.

De son côté, David Champagne-Turcotte, responsable des implications et des communications à l'Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD), montre du doigt la pauvreté. « Il faut peut-être aller en amont et voir les conditions de vie qui président à ces éclosions-là. Quand tu gagnes 630 $ par mois, sachant qu'on ne trouve pas vraiment de loyer sous les 400 $, même pour des chambres, bien s'alimenter et s'assurer de bonnes conditions d'hygiène est extrêmement difficile », constate-t-il.

Plus d'articles

Commentaires