Peut-on vraiment faire confiance à nos sens? Des chercheurs se sont intéressés aux mécanismes de défense du cerveau nous permettant de distinguer la réalité de la fiction. Leur découverte pourrait offrir une nouvelle cible thérapeutique aux personnes atteintes de schizophrénie.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Les sons que vous entendez sont-ils réels? Cette question ne vient pas souvent à l’esprit, car le cerveau contre-vérifie constamment les informations provenant de nos sens pour s’assurer qu’aucune erreur d’interprétation ne vienne fausser nos actions. Malgré tout, les hallucinations sont la preuve que ce processus n’est pas sans faille.

Cela peut arriver à tout le monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé, une personne sur 20 en aura au moins une fois dans sa vie. Elles peuvent être déclenchées de plusieurs façons : par manque de sommeil, par un stress élevé, par l’usage de certaines drogues ou même simplement par anticipation; qui n’a jamais eu l’impression d’entendre sonner son cellulaire en attendant un appel, alors qu’il n’en est rien?

Toutefois, les hallucinations auditives ne sont pas toutes bénignes. C’est même l’un des symptômes les plus courants de certains types de psychoses, comme la schizophrénie, pour lesquels elles surviennent dans 60 % à 70 % des cas.

La différence entre une personne psychotique et une personne saine réside dans des mécanismes de contrôle qui permettent à la plupart d’entre nous de réaliser que nous sommes victimes d’une hallucination.

Halluciner sur commande

Afin de percer les secrets de ces mécanismes rectificatifs, une équipe de chercheurs internationaux a rassemblé quatre groupes de personnes : des personnes en santé, des personnes atteintes de psychose mais qui n’ont jamais vécu d’hallucinations, des personnes atteintes de psychose qui entendent couramment des voix et, finalement, des personnes affirmant avoir couramment des hallucinations mais qui ne souffrent pas de psychose.

Pour rassembler ce dernier groupe, les chercheurs se sont tournés vers des médiums ou des voyants. Une sélection rigoureuse a été faite pour ne conserver que ceux qui étaient sincères à propos de leur capacité d’entendre des voix et qui ne souffraient d’aucun désordre mental ni de toxicomanie.

Les chercheurs ont ensuite fait un test semblable à celui du chien de Pavlov, cet animal entraîné à associer le son d’une cloche à la nourriture. Ici, l’association s’est faite en montrant une image quadrillée aux participants tout en leur faisant entendre un son pendant une seconde.

Les participants avaient comme tâche d’appuyer sur un bouton dès qu’ils entendaient ce son. Et plus le participant était certain d'avoir bel et bien entendu le son, plus il devait appuyer longtemps. Pendant ce temps, les chercheurs prenaient des relevés du cerveau des participants à l’aide d’imagerie par résonance magnétique.

Les cobayes étaient prévenus que l’intensité du son varierait d’une répétition à l’autre. Ce que les chercheurs n’ont pas dit, c'est que, parfois, l’image serait projetée sans être accompagnée par le son. À force d’habituer les participants à associer ces deux éléments, ils ont favorisé l’apparition d’hallucinations auditives. Les participants ont donc entendu un son qui n’existait pas, simplement parce qu’ils s’y attendaient.

Lors de l’expérience, les schizophrènes et les médiums étaient cinq fois plus nombreux que les autres participants à affirmer entendre un son inexistant. Ils appuyaient même sur le bouton 28 % plus longtemps que les autres, montrant ainsi la confiance en leur choix.

De l'importance du cervelet

À force de répétition, plusieurs participants ont toutefois compris le piège. En redoublant d’attention, ces derniers ont donc corrigé leurs erreurs, sauf les schizophrènes, qui continuaient d’affirmer que le son était présent même quand on leur disait qu’il n’y en avait pas.

Les chercheurs ont également constaté que les participants qui entendaient le plus les sons imaginaires avaient une activité cérébrale différente dans plusieurs régions du cerveau, particulièrement au niveau du cervelet, une zone qui a un rôle à jouer dans la planification des mouvements.

Plus les hallucinations et la certitude de la personne étaient intenses, moins grande était l’activité du cervelet.

Il est possible que cette baisse d’activité pousse les personnes à croire en leurs convictions plutôt qu’en ce qui se passe réellement. Bien que l’étude doive être répétée avec un plus grand groupe (celle-ci ne comportait que 59 personnes), ces résultats suggèrent que le cervelet est un point de contrôle de nos sens.

Si c’est confirmé, cela pourrait offrir de nouvelles cibles pour le traitement de maladies liées aux hallucinations.

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