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Quoi garder si l'on perd tout le reste? Le récit d'Étienne Leblanc à Houston

Vous êtes dans votre maison inondée, vous voyez le niveau de l'eau qui monte très rapidement, un bateau vous attend pour vous amener, vous ne pouvez pas prendre un gros sac avec vous. Vous devez partir sur-le-champ, votre vie en dépend. Que prenez-vous avec vous?

Un texte d’Étienne Leblanc, envoyé spécial à Houston

C’est une question intéressante : quel objet est vraiment le plus important pour nous? Qu’est-ce qu’on veut absolument avoir en sa possession si l'on perd tout le reste?

C’est le dilemme auquel ont fait face des dizaines de milliers de Texans en abandonnant leur résidence en catastrophe quand l’eau a commencé à monter en folie dans la nuit de samedi à dimanche.

Est venu ensuite le retour temporaire, qui a commencé mercredi et jeudi. Une semaine après que l’ouragan Harvey a touché terre à Rockport, maintenant que la pluie diluvienne a cessé, de nombreux sinistrés ont accepté l’offre des bons samaritains en bateau pour aller constater les dégâts. Et ce faisant, ils en profitent pour rapporter une chose qu’ils avaient laissée derrière.

Une semaine plus tard, considérant que vous ne pouvez apporter qu’un ou deux objets d’une taille relativement petite, que prenez-vous?

Cette photo à la une de l’article, prise par la réalisatrice à la télévision de Radio-Canada Christine Tremblay, est puissante. Elle en dit beaucoup sur la différence des choix. On peut juger cette photo de deux façons : soit on trouve que, dans le contexte, cette ostentation a quelque chose de profondément choquant. Ou alors, on s’imagine l’histoire qu’il peut y avoir dans ces théières.

Quels sont les souvenirs qui y sont reliés? Sont-ils tristes? Heureux? Nostalgiques? Une chose est sûre : cette femme tient à ses théières. Et d’entre tous les objets qu’elle aurait pu prendre en retournant dans sa maison inondée, c’est ce qu’elle a choisi.

Et que dire de cet homme qui vit dans le même quartier que la dame aux théières? Il n’a pris qu’une seule boîte avec lui, celle remplie de blocs Lego. Ce simple choix nous en dit beaucoup sur ses priorités fondamentales dans la vie. C’est beau, non?

Pour ce qui est de cet homme, rencontré au centre des congrès de Houston (qui sert de refuge pour les sinistrés), le choix n’a pas été difficile : son fauteuil roulant, dont il ne peut se passer. « J’ai deux balles dans le tibia, m’a-t-il raconté lors de notre rencontre lundi dernier. Quand il a fallu que j’évacue ma maison, je n’ai pensé à rien d’autre que ce qui me sert aujourd’hui de jambes. » Dans la nuit de samedi à dimanche, ses deux voisins sont venus le chercher pour qu’il puisse sortir en toute sécurité, avec sa chaise.

Sanaz Rad cherchait le chat de sa voisine. Nous l’avons rencontrée alors que nous faisions une tournée des zones inondées avec de bons samaritains en bateau. Quand les deux hommes lui ont demandé si elles voulaient aller chez elle, elle a dit non. « La chose la plus importante actuellement pour moi, c’est le chat de ma voisine. » Malheureusement, on ne l’a pas trouvé.

Églantine Clocher, une Française qui habite à Houston, a rencontré l’équipe de la télévision de Radio-Canada. Elle a mis tout ce qu’elle voulait rapporter sur des matelas pneumatiques. « On a mis toute notre vie sur les matelas. Mon mari et mes garçons avaient de l’eau jusque-là, ils sont partis à pied, raconte-t-elle. Comme vous voyez, on a que ça, et on a tout perdu. J’ai que ça, c’est ma vie. Et mes trois enfants, et mon mari, et on est en vie. »

De son côté, Racketta Tabocabore n’a pas pris ce qu’elle aurait dû prendre. « Mon départ s’est passé tellement rapidement, je n’ai pas pensé à prendre mes médicaments », dit dans un français parfait cette femme native du Burkina Faso. Quand nous l’avons rencontrée, elle attendait sa fille qui était partie six heures plus tôt en bateau pour récupérer le paquet si désiré. Ici, rien de sentimental, c’est une question de survie.

En se promenant à Houston ces jours-ci, on voit beaucoup de cages d’animaux. C’est normal, personne ne veut laisser mourir son compagnon à poil dans une maison inondée. C’est ainsi que des dizaines de bénévoles sillonnent la ville pour le compte de différentes associations de sauvetage des animaux en cas de catastrophe (l’homme qui transporte la cage, sur la photo). Ils se rendent dans les maisons où des animaux ont dû être abandonnés. Aussi, tous les centres de refuge pour les sinistrés acceptent les petites bêtes, tout comme la plupart des hôtels pendant cette période de crise.

Et lui, qu’a-t-il emporté? « Rien! Je n’ai rien perdu, parce que je ne possède rien! » C’est un sans-abri. Quand le centre des congrès de Houston sera fermé aux sinistrés, il retournera dans la rue.

Peut-être aime-t-il le thé?

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